La sélection

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Hello les lecteur-z-et-auteurs de Short ! Me revoilou. Fini hhl, bienvenue à Bruno :-). Pour ceux qui me "rencontrent" pour la première fois, inutile de venir mendier des votes. Non mais  [+]

Image de Eté 2016
Je suis pas trop du genre à m’inquiéter pour rien mais là, franchement, ma situation actuelle est pour le moins, comment dire, assez mal engagée. Résumons : douze heures que je me terre dans ce caniveau avec une balle dans la jambe. J’ai perdu pas mal de sang. Et surtout, j’ai froid. Mais qu’est-ce que j’ai été foutre là-dedans, moi ? J’étais bien, dans mon ancienne vie. Pauvre, mais bien. C’est juste qu’on se dézingue joyeusement depuis une semaine, à coup de pistolet, mitraillette, couteau à boucher, lime, enfin, tout ce qui nous tombe sous la main. Vous comprenez que, même si personne m'a forcé, sept jours de tuerie non-stop, c’est un peu long, même pour un amateur de sensations fortes comme moi.
Que je vous explique. Nous étions vingt au départ. Oui, c’est ça, comme dans Koh Lanta. À part que l’élimination, ici, est définitive. Et qu’il n’y a que du rouge. Je ne sais pas ce qui a motivé les autres. Après tout, je m’en fiche. D’après ce que j’ai compris, il n’y avait pas que des crève-la-dalle, comme moi. Je le sais, j’ai buté un odieux fils à papa, pas plus tard qu’hier. Enfin, je dis fils à papa, parce qu’au moment de passer l’arme à gauche, juste après m’avoir assaisonné la jambe, il m’a sorti un truc du style « mon père vous donnera ce que vous voulez, ne me tuez pas ». Mais je m’en cogne, de son pognon. Et puis quoi, quand on s’engage là-dedans, c’est qu’on sait où l’on met les pieds, non ? Mon Uzi a parlé. Bang. Je commence à l’aimer de plus en plus, cette arme. D’ailleurs, je n’utilise que celle-ci depuis le début. On s’attache à des détails, parfois. Bon, de toute façon, Uzi ou pas, il ne peut en rester qu’un. C’est ce qu’ils ont précisé pendant l’entretien préliminaire. Oui, je sais, comme dans Highlander, sauf que là, on découpe pas que des têtes. Merde, ça fait mal, quand même, une balle dans la jambe. Heureusement pour moi que c’était pas dans le buffet, comme cette charmante blonde, qui s’est vidée de mon sang sous mes yeux. Elle a hurlé pendant une heure. C’est un gars de la sécurité qui a mis fin à ses souffrances. Pauvre fille. Moi, j’étais déjà dans mon caniveau, j’ai eu de la chance que personne ne me voit.
Si j’ai bien compté, nous sommes encore deux en lice. Tous les autres sont morts. C’est la règle, après tout. Ce qui me chagrine, dans cette histoire, c’est si je gagne et que je finis boiteux. Vous imaginez, la loose ? Surtout qu’il faut une condition physique au top, pour faire ce que j’aurai à faire.
C’est clair, l’idée me plait pas plus que ça, mais je vais devoir sortir de mon trou, si je veux avoir une chance de gagner. À moins que l’autre soit bouffé par des rats dans les minutes qui suivent, je vais finir par faire une septicémie et je vais caner comme une merde. Allez, un peu de courage. Je m’extraie comme je peux en poussant sur ma jambe valide, j’arrive à me mettre à genoux, péniblement, et quand je me lève enfin, j’entends une voix ricaner : « T’es fait comme un rat, connard ».
Génial ! on m’attendait. Je crois reconnaître la jolie brune qui m’avait tapé dans l’œil pendant l’entretien collectif. C’est con. Je vais mourir, tué par un canon. C’est qu’elle est belle, dans sa tenue moulante. Je lui glisserai bien un petit « c’est trop bête, on aurait pu tomber amoureux, faire des folies de nos corps, fonder une famille, en plus t’es complètement mon genre de meuf. Qui sait, en d’autre circonstances ». Que dalle. Elle pointe son arme sur moi. Un neuf millimètres. Une bien belle arme, faut avouer. Du solide, sans fioritures. Je décide de la regarder droit dans les yeux. Même pas peur. Enfin, de toute façon, ça n’a pas grande importance. Et... Clic. Plus de balle. Je vois la stupeur dans ses yeux. Après un court instant d’hésitation, elle prend un couteau de lancer logé dans sa cuissarde. Trop tard. Mon Uzi a été plus rapide. Si j’ai un fils, un jour, je l’appellerai comme ça, Uzi. En souvenir. Rien à foutre qu’il passe pour un con pendant tout son primaire. Le bonheur est dans la différence, de toute façon, non ? Un gong retentit. Oui, comme dans Hunger Games. Sauf que là, bon, faut avouer, c’est limite du plagiat, je trouve. C’est fait, je suis le dernier. J’ai gagné.
Je savoure un instant le silence qui m’entoure. Putain, j’y suis. Amoché, la guibole en charpie, mais j'ai réussi. C'est con, quand même, que je puisse pas en parler à mes parents. D’un, je crois que c'est interdit par le règlement, et puis ils comprendraient pas, de toute façon. Que voulez-vous, une vocation, ça s’explique pas. C’est comme ça.
Un homme en costard s’avance vers moi, l’air chaleureux, entouré de trois malabars cagoulés et armés jusqu’aux dents. Il me tend la main, presse la mienne vigoureusement, et prononce enfin les mots que j’attendais tant.

— Jeune homme, j’ai le plaisir de vous annoncer que vous avez passé avec succès la dernière épreuve de notre sélection. Félicitations, vous êtes engagé. Bienvenue chez Assassins et associés.

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