La Saint Valentin

il y a
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Aujourd’hui c'est le 14 février, mon jour de sursis. Le cancer m'accorde de jouer des prolongations inespérées. Selon les prédictions des docteurs je devrais être déjà dans ma tombe. Je compte bien me réjouir car j'ai déjoué tous les pronostics. Cette date est donc symbolique pour moi, le jour après le jour de ma mort prévue. Aujourd'hui est donc spécial pour moi, plus encore car le monde entier célèbre l’amour. Les marques d’affections fusent de part et d’autres. Les gens font étalage de leurs bonheurs au vu et au su de tous. À chaque coin de rue on pouvait croiser des couples marchant main dans la main. Même les publicités qu’ils faisaient à la télé nous rappelaient que cupidon était de sortie et guettait des cœurs à flécher. La couleur de ce jour est le rouge, ainsi les vitrines de toutes les boutiques en sont garnies. Tout est beau dans le meilleur des mondes, cependant moi je fête la saint valentin sur mon lit de mort.
Depuis des années je me bats contre cette maudite maladie, je l’ai repoussé plusieurs fois déjà mais elle revient toujours plus forte que jamais. J’ai arpenté tous les couloirs menant au service d’urgence de l’hôpital de la ville dans laquelle j’habite. Sur brancard ou non, je rendais une visite périodique aux personnels hospitaliers. Pour cette fois-ci, le mal qui me ronge de l’intérieur a décidé de me clouer au lit pour de bon. Je suis maintenant à la phase terminale de la maladie, les médicaments que l’on m’administre ne servent qu’à me permettre de supporter la douleur, ou du moins pour avoir moins mal. Nous avons essayé tous les traitements possibles et même ceux expérimentaux et pourtant cette maladie ne voulait pas me lâcher. L’on m’a admis depuis quelques jours à l’hôpital et j’attends la grande faucheuse sur mon lit de mort. Les médecins ont laissé tomber leurs bistouris car mon cas est perdu d’avance. Ils n’ont d’autres choix que de me laisser végéter sur mon matelas. Les plus éminents spécialistes ont défilé à mon chevet mais n’ont rien pu faire pour moi. Toute ma famille s’est résignée sauf ma douce et tendre femme. Moi-même je l’ai accepté, je finirai mes jours dans cet hôpital. Ce qui est le plus triste dans mon état est la perte de mes cheveux, la chimiothérapie m’a fait perdre la tignasse qu’il y avait sur ma tête. J’irai dans la tombe avec le crâne nu.
Aujourd’hui c’est le jour où la terre entière célèbre l’amour, sûrement que c’est la dernière fois que je vais voir cette fête. Vous savez ma femme est une vraie sainte. Du jour où l’on m’a diagnostique ce mal, jusqu’à l’heure où nous parlons, elle a demeuré à mes côtés. Cette femme est resté forte derrière moi et veille à chaque fois à ce que je prenne mes traitements. Pour pleurer, elle ne le fait jamais devant moi, pour pas que je ne me sente misérable. Elle attend la nuit profonde avant de déverser toute sa tristesse et son désarroi. Des fois, elle pleure tellement fort que je l’entends dans mon sommeil. Cette fille passe tout son temps à s’occuper de moi. Les seuls moments de repos qu’elle a c’est quand je m’endors sous l’effet assommant de la morphine. Et même ses laps de temps d’accalmies, elle les passe à prier pour moi. Elle prie comme si un miracle venant de Dieu pouvait me sauver. Lorsque je l’ai connu, elle était plus belle que le mot, cependant à force de s’occuper de moi elle a vieilli. Disons qu’elle fait le double de son âge car elle a délibérément arrêté d’entretenir sa beauté et tout ceci à cause de moi.
Ma maladie et ma condition de mourant imminent me fait souvent m’énerver, et comme si ce n’était déjà pas assez je déverse toute ma colère et ma frustration sur elle. Néanmoins mon épouse trouve toujours la phrase qui me calme. De mon lit de malade, je ne peux me lever pour aller me doucher, d’ailleurs je n’ai plus de force dans mes bras. Donc elle est obligé de me faire la toilette tous les matins avec une éponge et de l’eau qu’elle prend dans un seau. Cette tâche était quotidienne et elle l’accomplissait sans jamais rechigner. Des fois même quand la fièvre atteint son paroxysme et que je commence par délirer, elle me tient la main, tout en me chantant notre chanson à nous. Comme je passe la majorité de mon temps couché, pour me divertir, elle m’allume sur son portable la vidéo de la cérémonie de notre mariage. C’est un plaisir renouveler pour moi de la redécouvrir dans sa sublime robe blanche. Pour récupérer mes selles ainsi que mon urine, il y a un objet ovale en métal qu’elle utilise souvent puis elle s’en va le vidé après usage. Mes amis et ma famille me regardent sans le vouloir bien sûr comme si j’étais déjà mort, cependant ma femme est la seule à me regarder comme si j’étais toujours de ce monde. A voir a qu’elle point ma mère pleure, cela me donne envie de vite partir pour qu’elle soit délivrer du poids d’avoir un enfant mort-vivant.
Ma femme a promis devant les hommes et devant Dieu de m’aimer pour le meilleur et pour le pire et elle est en train de tenir courageusement son vœu. Malgré mon tableau clinique défaillant, elle veille toujours à ce que je sois très bien habiller. Ainsi elle sélectionne avec minutie mes tenues pour que ceux qui viennent me visiter ne l’accuse pas de négligence. Mon épouse me témoigne de l’amour à profusion, disons même qu’elle me montre plus d’amour maintenant que je suis face à la mort. Grâce à elle, je ne rate aucun repas de la journée. Je dirais même que je vais plus mieux de par les marques d’affections qu’elle me témoigne.
La saint valentin est la fête par excellence de l’amour comme les fanatiques se plaisent à le dire, pour moi c’est sûrement le dernier que je vais vivre avec mes proches. J’aurais bien voulu donner plus de moments heureux à ma tendre épouse mais hélas la vie en a décidé autrement. J’ai un pied dans la tombe et d’ici a là le second suivra. Celle que j’ai choisi pour être ma femme et que j’ai désigné comme compagne de vie me dévoue une affection débordante. L’amour est perçu par beaucoup de personne comme une succession de moment joyeux, en revanche si ce que me démontre ma femme n’est pas de l’amour, je ne sais pas ce que c’est alors.
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Tess Benedict · il y a
Un point de vue original, celui de l'homme qui subit la maladie, écrit d'une seule traite, comme sans respirer.
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Fabienne Maillebuau · il y a
La force de l'amour d'une compagne dans la maladie, mes cinq voix, Angelus, je vous invite surhttps://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-jour-dapres-25
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Brandon Ngniaouo · il y a
Un très beau récit assez émouvant. Une femme attentionnée et dévouée comme tout homme en rêve. Triste cette maladie qui divise en souriant les familles tout de même.
Un combat similaire à celui de Marthe que je vous invite à découvrir. Mes 4 voix.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lintrepide-marthe

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Felix Culpa · il y a
Mes 5 voix vous accompagnent Angelus ! Un très beau texte qui mérite d'être lu de tous !
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Sindy Fafolahan · il y a
Félicitations à toi.Du courage pour la suite
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Hassan Damala · il y a
Merci . Aujourd'hui ça fait un an que j'ai perdu un frère mort d'un leucémie. Merci a toi .
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Tokpanou Maxime · il y a
Félicitation mon beau . bonne chance à toi
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Michaël Hangbe · il y a
Coool
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Michaël HANGBE · il y a
Félicitations chef. Bonne chance pour la suite
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Safia Salam · il y a
J'ai un avis assez partagé, mais pas négatif, sur votre œuvre. Je trouve le protagoniste un peu trop froid et détaché, mais vous faites très bien ressortir les sentiments de sa femme. Je pense que plusieurs phrases gagneraient à être reformulées. D'un autre côté, si j'ai bien compris, vous n'écrivez pas dans votre langue maternelle, et c'est une chose admirable que celle d'écrire si bien dans une langue étrangère.
A ce propos, je voudrais vous dire que je condamne le passé colonialiste de la France et que je pense que la francophonie n'a aucune légitimité hors du territoire métropolitain. Mais bon, je m'éloigne du sujet.
Bonne continuation !

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Angelus Ahouandjinou · il y a
Merci