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La rue et les vagins

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Dans le cru de la rue, les vagins tremblent.
Les prédateurs ont la dent longue, carnassiers sans scrupule.

Dans son sac de couchage, Lisa n'a que ses cheveux et le bout de son nez qui dépassent. Elle squatte un parking souterrain, c'est pas le grand luxe mais là au moins à part être l'hôtel des courants d'air, c'est sec et y'a de la lumière. Mais Lisa garde un œil sur les alentours et son sommeil n'est pas profond. Elle est comme une proie sur le qui-vive.
Son portable près d'elle, c'est son repère de vie. Réveil, heure, jour. Avec lui, elle existe encore un peu. Elle sait le temps. Sa seule richesse avec son sac de couchage, ses fringues, quelques pièces dans son jeans.
Elle est craintive, la rue c'est la jungle. La loi du plus fort. Tu perds ou tu gagnes. Tu marches ou crèves. C'est la rue. A chaque ombre, chaque silhouette qui bouge près d'elle, elle a le corps qui a des soubresauts comme si elle agonisait, elle serre les cuisses et se recroqueville en position de fœtus.
Elle n'a pas toujours été comme çà. D'ailleurs, elle n'a pas toujours été dans la rue.
Elle a perdu son job, plaquée par son mec. Elle a pas voulu en parler à ses parents et proches. Honte aussi face à ses amis. Elle a préféré la rue. Au départ, elle a galéré. Il fallait s'habituer à dormir dehors, par tous les temps, mendier pour bouffer, se trouver un coin pour dormir. Il n'y a pas toujours des centres pour vous accueillir par manque de place.
Au début, elle se maquillait, fallait qu'elle reste digne et féminine. Elle ne voulait pas qu'on la traite de clodo. Elle se faisait donc toujours un brin de toilette, se parfumait, se pomponnait dans les lieux publics. Mais un jour, un mec l'a suivi. Elle a fait semblant de pas le voir. Normal, on est dans la rue, y'a du monde partout qui passe. Faut pas être parano. Mais le mec, il a continué à la suivre même quand elle n'y faisait plus attention et la nuit est venue. Le drame aussi. Alors qu'elle s'était trouvée un bon coin tranquille pour se reposer, il a déboulé sur elle. Avec sa force, ses poings aussi. Elle a résisté mais il était costaud. Et malgré sa résistance, ses cris vite étouffés par sa main rêche sur sa bouche, il lui a déchiré ses vêtements et l'a violé.

- Tu en parles, je te tue, ok ?
-...

Et elle a rien dit. Elle a eu peur. Elle avait l'impression qu'il l'épiait partout où elle allait. C'est comme çà qu'elle est devenue craintive et qu'elle a préféré ressembler à un homme. Elle ne s'est plus jamais maquillée et a troqué ses vêtements de femmes contre des vêtements plus amples.

Dans la rue, les femmes sont rien que des vagins à remplir, à faire saigner...
Les vagins tremblent même déguisés.

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Lange Rostre · il y a
Terrible en effet.
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Gladys · il y a
Même excitée, mon compagnon, après m'avoir soignée, me demandait la permission de s'introduire en moi! j'en ai trouvé un qui m'a un peu réconciliée mais prudence et vigilance, ils sont à l'affût avec leur virilité affichée, les yeux plein de nos vagins
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Elena Hristova · il y a
un texte très fort et poignant qui me donne la chair de vagin.
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Gladys · il y a
Merci pour ce texte bouleversant qui appelle le dégoût, la rage et fait renaître chez moi un ancien désir de vengeance. Je vais essayer de le mettre sur ma page sous forme de nouvelle si tu me permets. Merci à toi pour ce cri !
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Laetitia Écrivaine · il y a
Ce cri c'est par solidarité féminine déjà, par dégoût comme toi et pour que les choses évoluent. Le texte au départ a été écrit pour un appel à texte de mon ancienne éditrice qui souhaite mettre en place une pétition. Si tu veux et si tu as un cri tu peux lui envoyer à cette adresse : bernie.dubus@gmail.com
Merci de ta réaction et au plaisir ici ou sur ta page que je vais découvrir :)

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Nadine Gazonneau · il y a
Une histoire vécue dans laquelle l'imagination n'a aucune place . Oui , la rue , est un véritable "coupe gorge " pour les femmes , les prédateurs sont toujours à l'affût . Merci pour ce texte hurlant de vérité .
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Paul Marie · il y a
superbe, bravo !
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Utilisateur désactivé · il y a
terrible poignant et oui la rue un danger permanent où que l'on soit le jour ou la nuit car il y a l'indifférence à toutes cette violence
un texte fort bravo

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Montse · il y a
Poignant de vérité..Alors que la rue devrait être une porte ouverte vers l'autre, l'échange;la communication.... malheureusement elle est devenu la porte ouverte sur tous les dangers ! Texte qui claque à chaque mot !
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Pascal Depresle · il y a
Un texte qu'il fallait écrire !
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Duje · il y a
C'est pire encore que le sujet actuel "balance ton porc"
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Montse · il y a
Je ne pense pas que se soit pire... Ni pire , ni meilleur.... Dans "balance son porc" , il faut oser affronter l'autre , le coupable de tous ces faits, et même des années plus tard, il est dur d'en parler, de faire remonter à la surface tous ces gestes, ces mots qui vous font revivre ces douloureux voire terrifiants moments...je peux vous affirmer pour l'avoir vécu et lorsque arrive le 1er novembre, cela fait 46 ans que je le revis cet instant d'égarement d'un ami de mes parents...Ce qui a changé, notre société ! qui ose affronter les travers et les dérives de la masculinité, du machisme, ou le droit de cuissage est censé disparaitre ...sujet trop dur à traiter en quelques phrases....
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MT Olivieri · il y a
Les agressions ne devraient pas être...ni les viols. Votre sujet est bien mené.!
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Luc J. Vigneault · il y a
Écoutez, Laetitia, je... je trouve votre oeuvre troublante de réalisme et d'actualité. À propos du silence imposé, j'aurais envie de vous confier un petit secret: j'ai eu un oncle (décédé, depuis) qui m'a intimidé psychologiquement dès que j'ai eu l'âge de cinq ans, en s'acharnant sur mon apparence physique et en me répétant sans cesse "Salut, le laid!". C'est alors que j'ai commencé à vivre un enfer que mes camarades de classe ont perpétué en me raillant continuellement sur ma laideur, qui faisait en sorte que je n'avais pas de petite amie de coeur et qui leur donnait l'impression que j'étais gai (alors que je ne l'étais pas du tout!). Puis, ils sont devenus méchants envers moi en s'acharnant sur moi et en m'adressant des propos homophobes, ce harcèlement m'ayant conduit à quatre tentatives de suicide! Voilà, c'est ce que je voulais vous dire. En lisant votre texte, j'ai revu une partie de moi-même et de mon vécu de victime d'intimidation psychologique, sur lequel je ne me suis pas exprimé par la suite, mon entourage immédiat m'invitant à me taire. En outre, bravo pour votre prose!
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Pascal Depresle · il y a
Superbe témoignage, merci, il faut beaucoup de courage.
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Luc J. Vigneault · il y a
Merci, Pascal... mais je pense qu'il aurait été beaucoup plus courageux de ma part d'avoir identifié le coupable! Toutefois, il faut comprendre que mon but n'est pas de dénoncer une personne fautive en particulier, mais bien de conscientiser les gens sur les conséquences de l'intimidation. En passant, sachez que ce délit n'a strictement rien à voir avec les crimes à caractère sexuelle qui défrayent les manchettes, ces jours-ci. Ces gestes sont encore plus dégoûtants que l'intimidation, à mon humble avis... toutes proportions gardées, bien sûr!
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Pascal Depresle · il y a
J'ai pour habitude de ne pas hiérarchiser la douleur ou l'horreur, et le ressenti de celle ou celui qui subit. Merci pour ce partage. Et je persiste à dire que c'est courageux, dans une société qui se cherche des surhommes, d'avouer ses lézardes. C'est ce qui donne son charme au pierres, comme aux fleurs qui poussent sur le bitume.
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Luc J. Vigneault · il y a
Vous avez raison, Pascal. Je ne peux que m'incliner devant votre grande sagesse. Encore merci pour votre support et votre immense compréhension, ainsi que votre compassion.
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Didier Poussin · il y a
Les dangers de la rue
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Un vrai réquisitoire contre la violence que subissent les femmes en tous lieux !!
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Laetitia Écrivaine · il y a
C'était le but mais cela n'a pas ému, ni convaincu le comité de lectures. Soit le texte n'est pas correct, soit ils sont insensibles.
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Utilisateur désactivé · il y a
Ma chère Laetitia, je ne voudrais pas vous faire de peine, mais avec un tel sujet, en moins de trois mille signes, il eût été miraculeux que vous vous en sortiez sans casse. Je ne dis pas ça pour donner forcément raison au comité mais je trouve un peu facile de crier à l'insensibilité et à la dureté de coeur pour expliquer le refus de votre texte. Je suis sûr que vous serez capable d'assez de recul et de lucidité pour le relire avec attention et comprendre très vite à quel point il reste perfectible (tant sur la forme que sur le fond) : à l'évidence il n'est pas assez maîtrisé et eu égard à la gravité du sujet cela ne pouvait que le desservir aux yeux du comité, tout comme il en a été pénalisé aux miens. En suis-je pour autant un monstre froid ? J'espère que non. Bien à vous. HdH
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Laetitia Écrivaine · il y a
Je ne pense pas que ce soit ce que vous dites qui soit rentré en jeu pour le refus car j'ai vu plus d'un texte dont même une fois un des miens retenus et que après relecture, la forme n'était pas la meilleure et l'orthographe également. Je pense que le mieux serait de demander directement. Pourquoi aurais-je de la peine, ici il n'y que des auteurs en devenir et non des écrivains reconnus. Bien à vous et merci de votre réaction qui reste en surface hélas...
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Utilisateur désactivé · il y a
En surface ??
C'est à dire ?

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Laetitia Écrivaine · il y a
Un commentaire plus développé, plus argumenté m'aiderait d'avantage que de me dire que mon texte est perfectible ce que je savais déjà car j'ai envoyé rapidement et c'est le premier jet. Que voyez-vous dans mon texte qui ne va pas?
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Utilisateur désactivé · il y a
Voir MP.
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