La routine du travail...

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Comme le lépidoptérophile épingle ses papillons pour le plaisir des yeux, je dépose délicatement mes mots sur le papier, juste pour le plaisir de rêver... Un conseil ? Allez voir chez  [+]

J'arrive sur mon lieu de travail. Ce matin encore, la grande salle résonne des applaudissements de la veille. Hier ils étaient plusieurs centaines. Aujourd'hui je suis seule. Ce soir tout recommencera, mais pour l'instant, le lieu est à moi.

Je prends mon balai et commence par le côté public. Beaucoup de papiers chiffonnés, un ou deux boutons qui iront dans ma boîte à couture. Comme toujours, quelques pièces que je ramènerais dans le pot de l'entrée, celui de l'association pour les enfants malades. Si j'ai un peu de chance je tomberais peut-être sur une boucle d'oreille orpheline ou un bijou. J'ai l'autorisation de les garder. Encore aujourd'hui quelques chapeaux, foulards, vestes, trousseaux de clefs et portefeuilles iront à côté de l'accueil, avec les autres objets trouvés. Il m'est déjà arrivé de tomber sur quelques petites choses des plus étranges. Une éponge, une chaussette, un verre, des pinces à linge... Cela m'amuse, brise la routine de mon travail.

Maintenant la régie. Ce n'est pas un grand théâtre, il n'y a qu'une salle regroupant tout. Les lumières et le son. Cet endroit me fascine toujours mais m'effraie aussi. Tant de consoles, de boutons et d'écrans ne font que renforcer mon respect pour les techniciens malgré le noir menaçant qui colore tous les objets mis à part quelques bouts de scotch blanc placés au dessus de curseurs ou des couleurs des fils qui courent sur le sol.

Ensuite, comme d'habitude je fais les coulisses. Ici, les étagères se remplissent de produits de beauté, de maquillage et de perruques qui y restent quelques fois. Les portants supportent tous les soirs d'innombrables costumes. Quand j'ai de la chance, j'arrive entre deux représentations et je peux encore les voir puisqu'ils resserviront le soir. Souvent, je dois les imaginer, et me référer aux bouts de fils qui en sont tombés ou qui ont été coupés et que je ramasse pour faire place nette à une autre troupe.

Le moment que je préfère dans ce travail, c'est quand je fais la salle... Là, je ferme les yeux et essaie de sentir les acteurs, qui, de cour à jardin, jouent et offrent à tout un public un moment hors du temps, un moment de distraction. C'est leur métier ou leur passion. Je les envie vraiment. J'aimerais être capable de faire plaisir aux gens en me faisant plaisir à moi-même. Moi, dans mon métier, on ne me félicite jamais pour ce que je fais. Les gens et le temps passe et tout est à refaire.
Quelques fois, quand je balaie, je me dis que mon métier est proche de celui de ceux qui occupent les planches tous les soirs. Ils jouent la même pièce, le même rôle pendant toute une tournée parfois. Moi je nettoie les mêmes pièces, les mêmes endroits pendant toute la journée parfois.
Certains jours, le ménage a déjà été un peu fait. C'est souvent l’œuvre d'une compagnie de théâtre amateur soigneuse et qui pense à moi. Enfin, c'est ce que j'aime me dire. Certains jours, je désespère quand je vois la couche de paillettes ou de confettis qui recouvre le sol. Mais c'est aussi ces jours-là que je rêve le plus. Je rêve que j'ai participé à ce spectacle. Je m'imagine la scène. Il est souvent question de princesses aux grandes robes ou de personnages comme Arlequin ou Cyrano. Je les vois déclamer leurs textes sous les projecteurs et me surprends à réciter quelques phrases d'une tirade de Phèdre que j'avais apprises pendant mon lycée.
Ce monde, j'ai l'impression d'en être à la fois proche et éloignée. Je ne suis jamais allé voir une pièce de toute ma vie mais je me tiens debout sur les planches tous les jours...

Je finis mon travail là où le soir, tout se termine. Après les grands « bravo », les saluts et les rappels, les acteurs retournent dans leurs loges et le public repart en passant par le hall d'entrée. Mais si le temps est aux convivialités et que les comédiens ne sont pas trop fatigués, c'est là que se déroule une autre partie du spectacle. Un pot est offert par le directeur et les spectateurs peuvent parler ou admirer en secret ceux qu'ils ont vus quelques minutes plus tôt jouer devant eux. C'est souvent ici que j'ai le plus de travail. Les morceaux de nourriture écrasés et piétinés et les sodas ou le vin séché qui colle aux chaussures.
C'est là que tout se finit... Pour l'instant !
Ce soir d'autres joueront, d'autres regarderont. Et moi... Moi je reviendrais demain matin, pour recommencer... Recommencer à nettoyer... Continuer à rêver...

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