La rose dans l'âme

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"Les mots sont les passants mystérieux de l'âme" Victor Hugo  [+]

Image de Printemps 2017
Un soupir de résignation envahit l’appartement mais la musique s’élève et prend peu à peu le dessus. Elle me rentre dans la peau, est mon seul amant. Les notes me caressent et me chuchotent des mots au creux de l’oreille. Elles mettent mes sens en éveil et j’éteins la lumière pour aller encore plus loin dans mon étreinte.
Un. Deux. Trois verres de whisky. Pas besoin de diluer pour apprécier. La farandole s’agrandit, je sens des mains sur mes hanches. Les souvenirs dansent autour de moi tels des feux follets, me poussant contre le mur avec l’impression d’être étranglée. M’abandonnant à cette transe étrange, j’engloutis l’alcool et recrache ma détresse dans ce monde de folie sans plus comprendre le pourquoi de mes douleurs.
Encore une nuit assassine qui se profile.
La douleur atteint son paroxysme. Je ne sais plus si elle vient de mon corps et se transmet à l’âme ou est-ce cette dernière qui, saturée, transmet pour que je reste vivante. Je suis fatiguée d’errer dans un monde bombardé. Un monde où des hommes aux têtes de singes s’entredévorent et où des adolescentes supplient des chiens de les chevaucher. L’humanité a le ventre étripé et son fœtus pourri à l’air libre, contaminant toute forme de vie aux alentours.
Je m’appelle Alice et je ne vis pas aux pays des merveilles. Dans mon monde, les fleurs ne chantent pas pour moi et quand d’autres gamines de mon âge pensent à la mode et toutes sortes de fanfreluches, moi c’est la mort qui occupe mes pensées. Il faut bien des princesses et des grenouilles pleines de bave pour remplir ce monde de fou.

Détoxifier les souvenirs au whisky, c’est de la pure connerie. Devant une tasse de café, je me remets doucement de mes émotions de la veille. Mon odorat se fige d’horreur aux âcres relents de ma propre respiration et mes pensées pourrissent sur le plat de ma propre existence.
J’ai encore le goût des baisers éthyliques.
Ce matin, mon miroir a un regard voilé d’indifférence. Je m’aime d’amour et de désinvolture, sans l’ombre d’une illusion. Le regard absent et l’iris alcoolisé, je finirais sous un vieux pont en pavés. Un coin douillet et surprenant où tout s’effondrera dans l’irréel.
Le monde d’Alice.
Les blessures bien qu’éternelles deviendront superficielles. Sous l’arche de celui-ci, les bruits deviendront sourds et lointains et le passé un écho. Ses pierres robustes me seront fidèles et me permettront de retrouver ma dignité parce que même entre les pavés, des roses peuvent pousser.
Pour l’instant dans ce miroir, je ne lis que le vice. Le hors-la-loi, le paria. Autant d’invitations au naufrage, à nager dans l’absence et planer dans la défonce. J’ai une plaie qui s’appelle châtiment. Je bois pour me rappeler à l’ordre, motivée par le désir et la volonté de me punir. A la fois bourreau et victime, j’hurle des mots dans mon esprit mais aucun son ne sort de ma bouche. Le silence, c’est ma punition. Et quand elle devient trop insupportable, je ferme les yeux comme pour choisir de n’être jamais née.

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M BLOT · il y a
sublime ! j'adore!
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Chorouk Naim · il y a
Bravo ❤
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Guilhaine Chambon · il y a
Texte très prenant. Une belle plume
Je vous invite à découvrir Au fait qui est en finale et si le cœur vous en dit de venir visiter ma page. Belle journée

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Saint Sorlin · il y a
Quelle douleur, laideur, souffrance, le monde d'Alice est un enfer. Mais laissez-lui un peut de répit guidez-la vers la lumière!
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Claire Dévas · il y a
Anesthésier la douleur, oublier un moment, même court la souffrance... mais le retour à la réalité est toujours plus terrible ou fini par ne plus être. Court et finement ennoncé. Entre lumière et désespoir. Mon vote :-)
Je vous invite à venir rencontrer mes personnages cherchant toutes deux à sortir de l'anonymat :-)
Votre visite leur ouvrira la porte de l'espoir :-)
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/jeanne-et-le-prete-plume
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/sortie-de-l-ombre

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Utilisateur désactivé · il y a
L'écriture nous permet d'aborder tous les thèmes, notre vision d'un monde, tant dans sa beauté que sa laideur, vous avez su transmettre par votre plume, l'évocation de cette maladie, qu'est l'alcoolisme et de toute la noirceur qui en découle, boire pour oublier que l'on existe...je ne connais point le remède, mais je sais qu'il faut avoir beaucoup de courage et de volonté pour combattre cette maladie, beaucoup d'amour....une grande force en soi...si difficile est le chemin vers la remontée. Merci pour ce partage chargé d'émotion... il y a tant de jeunes, d'hommes et de femmes en ce monde qui se sentent perdus....que n'importe quelle drogue, peut suffire à oublier son chaos existentiel...Mais la rose est la fleur de l'Amour, en son symbole et il y a toujours de l'espoir en cette humanité, en l'Homme. Mon vote
Mon dernier texte si vous voulez me lire :
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/humain-4
Roserimes

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Cram Naréduac · il y a
Cela donne envie de panser, câliner, votre âme recevez un de douceur...
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Bennaceur Limouri · il y a
Un face à face avec soi-même, avec cet autre qui refuse mais dont on jugule l'explosion du mot rebelle, du "non, assez..." en le noyant dans l'illusion offerte par l'alcool et autres produits abrutissants. C'est lors de la redescente du mont pour se coller de nouveau à son rocher tel Sisyphe que le déclic se produit: Résignation ? Folie? Suicide? Révolte?
Un texte qui donne à réfléchir, Bravo.

Je vous invite, si le coeur vous en dit, à lire et à soutenir mon "un jeune tueur en série", en compétition. (Si vous le texte vous plait bien évidemment)

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Sophie Océan · il y a
Mais quel texte fort ! j'ai particulièrement aimé cette déchirure verbale. Bravo !Si vous voulez vous détendre et sourire vous pouvez toujours lire mon "réverbère"
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Pabauf · il y a
Quel cri... Quel appel ! Sans doute trop cruel et trivial pour plaire... Mais a-t-il pour désir de plaire ? Ne s'agit-il pas plutôt d'entendre et de comprendre ?

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