La rivière

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Agenceur novice de mots. Imagination parfois futile, habile, puérile ou fertile  [+]

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Les premiers rayons de soleil pointaient à l'est. Les oiseaux entamaient leur chants comme un signal de réveil pour la nature tout entière. La communauté commençait également à sortir de sa torpeur. Une rumeur parcourait les allées formées par les maisons de torchis, et les premiers commerçants préparaient leurs étals à l'abri de tentes aux toiles ocres et poussiéreuses. Les salutations matinales allaient bon train. Ici tout le monde se connaissait. Les générations se succédaient depuis des décennies et les nouveaux visages étaient rares.
Jonas se promenait déjà depuis plusieurs heures. Il aimait s'asseoir sur la colline qui jouxtait la communauté et observer la course du soleil jusqu'à ce que ses rayons l'éblouissent. C'était un moment de plénitude, loin des questions que son âge imposait. Une période de doute, un no-man's-land entre l'enfance et l'âge adulte. L'envie d'émancipation, de découverte.
Lorsqu'il était temps de rejoindre la communauté, il jetait un dernier coup d'œil aux alentours et plus particulièrement au sud, au-delà des berges de la rivière. Les colonnes de fumée trahissaient la présence d'êtres vivants. Leur existence n'était pas une surprise bien qu'il ne les ait jamais vu. Nombre de légendes et d'histoires sombres dépeignait les peuples habitant par delà la rivière. Depuis sa naissance il avait l'interdiction de la rejoindre sans une présence adulte. Seuls les chasseurs y allaient pour pêcher et piéger les animaux venus étancher leur soif. De temps à autre, certains ne revenaient pas, tués par les cannibales de la rive opposée selon les dires des anciens. Jonas n'avait que faire de toutes ces histoires. Aussi, sitôt les adultes à leur labeur, il s'échappait vers la rivière. Un coin peu fréquenté par les chasseurs de la communauté. L'air y était plus frais et le vent plus présent que dans la plaine.
Allongé sur la berge, Jonas se laissait bercer par le bruissement du vent dans les herbes hautes et le murmure de l'eau.
Un bruit régulier et constant semblant provenir de la rivière le ramena sur le qui-vive. Lorsqu'il se redressa, il aperçut une forme humaine sur l'autre berge. Une femme remplissait un seau qu'elle vidait précautionneusement dans un récipient plus grand. Elle s'arrêta lorsqu'elle remarqua Jonas. Des deux côtés, ils restèrent à s'observer, la tête pleine d'inquiétude et de curiosité. Jonas leva la main et la secoua doucement d'un geste qu'il n'espérait pas hostile. Elle répondit d'un geste similaire, le visage fendu d'un sourire timide.
Ce moment était suspendu dans le temps. L'image de cette femme tranchait avec celle des contes qu'on lui racontait tout petit. Il tenta de lui parler. Celle-ci lui répondit dans un langage qu'il ne comprit pas. Les sonorités étaient douces et envoûtantes. Jonas sentait son cœur battre plus fort. À ce moment, il regretta que la rivière soit là. Le séparant de cet être qu'une envie indicible, le poussait à rencontrer.
Derrière lui, des sifflets et cris se rapprochaient. Les chasseurs de sa communauté arrivaient et le nuage de poussières qu'ils déplaçaient, se faisait de plus en plus visible. Jonas se retourna à nouveau vers la rivière mais la fille avait disparu.
Il rentra avec son groupe à la communauté et n'échappa aux réprimandes des anciens.
Pourtant le soir venu lorsque Jonas se coucha, il rêva de cette rencontre inattendue. Il rêva d'un pont. Il rêva d'une rencontre avec ce peuple. Il rêva que toutes ces histoires racontées par les anciens et prises pour vérité, ne deviennent juste que des histoires pour faire peur aux enfants. Il rêva qu'il y ait plus que cette rivière à partager.
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