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Comme dans toutes les villes de France, aujourd’hui, c’est la rentrée des classes. Jérôme va quitter l’école maternelle pour aller chez les grands. Depuis plusieurs jours, la maisonnée est en effervescence, les parents de Jérôme ne parlent que de cela. Il va enfin connaître l’école : la vraie. Il imagine déjà les salles de classe avec des tables parfaitement disposées mettant en évidence des couloirs virtuels permettant à l’enseignant d’effectuer sa ronde.

Il est bientôt huit heures. Les familles sont réunies dans la cour. Comme d’habitude, il y a toujours les retardataires. Le directeur de l’école prend la parole et répartit les groupes. Quelques minutes plus tard un attroupement de parents se retrouve devant la salle de classe. À l’appel de leur nom, les élèves rentrent un à un. Tout intimidés et sans stratégie, les élèves choisissent une table, sans conviction.

En suivant le flux, Jérôme s’est installé à une table qui se trouve au centre de la salle. Il se souvient des recommandations de sa maman : « tu ne te mets pas au fond de la classe, ce sont les mauvais élèves qui se placent au fond de la classe ». Jérôme est très perturbé par cette recommandation. Il comprend que l’ordre d’arrivée, dépendant d’une liste établie probablement par un despote, compromettrait toutes les chances de réussite scolaire et déterminerait ainsi le groupe des mauvais élèves. En effet, le nombre d’élèves correspond exactement au nombre de places n’offrant aucune possibilité de repentir.

Jérôme tourne la tête vers la gauche et il remarque la présence d’un autre élève. Il s’agit de Martial. Le premier est brun avec des yeux noisette et le deuxième est blond avec des yeux pairs. De ce premier jour de classe naîtra une amitié de circonstance qui dura plus de 20 ans. Par la suite, ils se donneront des nouvelles une fois par an et se reverront à l’occasion de mariages et de baptêmes.

Après quelques jours, les élèves ont pris de l’assurance. Ils ont compris le déroulé des journées. Après quelques semaines, l’amitié entre Martial et Jérôme atteint son paroxysme. Il est temps que Jérôme aille rencontrer les parents de Martial à leur domicile et enfin découvrir la chambre de son meilleur ami.

La maman de Martial a préparé un petit en-cas dont le principal ingrédient est le chocolat au lait. Après quelques instants, Jérôme ne se sent pas très bien et désire rentrer chez lui. Inquiète, avec la peur d’avoir empoisonné son hôte, elle raccompagne l’enfant chez ses parents.

En arrivant chez lui, Jérôme fonce dans sa chambre. Il est assis sur son lit, il se tient la tête dans les mains et pleure de longues larmes qui perlent sur ses joues. Très inquiète, sa maman tente de comprendre la situation. Jérôme finit par expliquer à sa maman qu’il est obligé de rompre toute relation avec Martial. Il ne peut pas avoir comme camarade le fils de parents qui exposent des sculptures représentant des personnages morts, ce n’est pas une maison, c’est un véritable cimetière.

La mère se met à imaginer que le papa Martial est, par exemple, commissaire de police et qu’il aurait laissé traîner un dossier avec des photos de cadavres ensanglantés, des scènes de crimes les plus répugnantes. Elle imagine même qu’il a peut-être laissé son pistolet chargé et posé sur le buffet la salle à manger. Elle trépigne, elle est inquiète.

Jérôme ajoute : « je ne comprends pas, comment est-ce possible d’accrocher, dans toutes les pièces de la maison, un cadavre transpercé de clous au niveau des poignets et des pieds ». Il faudra de longues heures à la maman de Jérôme pour trouver des explications et prouver que le comportement de la famille de Martial n’est pas monstrueux.

Pierre Tomy Le Boucher

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