La rencontre du parc

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Alors il prit sa plus belle feuille, la bleue, celle qu'il n'employait que les jours de nuit sans lune. En guise de craie, un bout d'étoile, tombé un soir de pluie de ses yeux si forts. Sa main  [+]

Image de Eté 2016
Samedi seize heures, Parc Georges Nouelle. J’ai presque une heure d’avance. Le soleil est au rendez vous et des joggers fous arpentent les allées ombragées. Des gosses font du roller, d’autres courent après un ballon, des rêves de gloire plein la tête. Les bancs publics tendent leurs bras à des couples heureux, Brassens s’invite. Le lieu du rendez-vous me plaît, mais elle, vais-je lui plaire ? Nos derniers messages trottent encore dans ma tête.
« Je porterai une robe blanche. Rendez-vous vers les jeux d’enfants. »
« Pantalon clair, chemise bleu, dix-sept heures, j’ai hâte. »
Je profite du temps qu’il me reste pour flâner dans le jardin géo-botanique. L’endroit est magnifique. Je m’assois dans l’herbe au bord de l’eau. Des carpes koïs, des ides et même un héron, pour le plaisir des yeux.
Je repense à notre rencontre virtuelle, tout a été si vite. Elle avait lu ma présentation, le courant était passé. Message personnel, affinité, numéro de portable. Complicité immédiate, on était sur la même longueur d’onde, passion commune. Toutes ces années de solitude devaient cesser, mais pourrais-je aimer à nouveau ?
Pour la vingt-huitième fois, je regarde ma montre. Enfin, l’heure est arrivée. D’un pas que je voudrais plus sûr, je me dirige vers le jardin d’enfants. Elle est là, je ne vois qu'elle. Encore plus belle que dans mes rêves.
— Laura ?
— Vous devez être Michel alors ?
Elle me tend sa main que je serre chaleureusement.
— Et voici Fanta...
— Mon Dieu qu’elle est belle, je peux... ?
Laura a ce rire cristallin qui m’avait tellement plu au téléphone.
— Bien sûr ! Fanta, pas bouger !
L’ordre est exécuté aussitôt, Fanta se repose sur son train arrière et me regarde de ses beaux yeux marron. Je lui caresse le museau, la belle apprécie, me donne un coup de langue, énorme, mouillé, collant. Je crois que je l’aime déjà.
Laura me tend la laisse, fouille dans son sac et me donne une enveloppe.
— Tout est là, attestation de vente, certificat de naissance, carnet de santé, certificat du véto et la carte de tatouage.
Je suis comme un gosse devant le sapin, c’est Noël.
— Elle est magnifique !
— Alors elle vous plaît ?
— Oui, beaucoup, c’est décidé, je vous la prends.
Voilà, depuis quelques jours, Fanta, jeune femelle boxer, a rejoint ma solitude. A nous les grandes balades le long du canal, dans les bois ou les champs fleuris. A moi les chaussures mâchouillées, déchiquetées et l’appartement dévasté.
Qu’importe, je serai tout seul à râler.

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