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"La rencontre", chapitre III, extrait

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Luc Dragoni

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Aussitôt je remonte sur le pont. Comment vais-je présenter tout cela à la Brigantine? Je sais bien que le plus souvent mes requêtes ont tendance à l’agacer, mais je crois que celle-ci sera la pire de toutes! Le hasard m’est favorable car elle se tient à l’extérieur, à proximité du timonier; en effet, je n’aime pas du tout aller la déranger dans sa cabine...

— Madame? Je viens d’apprendre une nouvelle qui ne manquera pas de vous intéresser!
— Décidément vous m’étonnerez toujours! Vous savez, généralement les nouvelles en provenance du fond de la cale ne sont guère captivantes. Mais parlez, je vous écoute.
— Le prisonnier Barbaresque est un charpentier et il est aussi chirurgien. Peut-être pourrait-il nous être utile?
— Quel heureux hasard! Précisément au moment où je vous apprends la perte de notre Maître Charpentier vous en rencontrez un nouveau, et en plus il se trouve déjà à bord de notre navire... belle coïncidence n’est-ce-pas?

Je vois bien qu’elle ne me croit pas, elle a repris ce ton dubitatif que je déteste. Après tout, je suis sûre de ce que j’avance et je préfère insister :
— Avec cet homme nous ne parlons pas la même langue mais nous parvenons tout de même à nous comprendre et je suis certaine qu’il m’a dit la vérité!
— Je ne mets pas en doute vos affirmations mais ce sont ses dires qui me surprennent.
— Dans sa condition de prisonnier il ne pouvait pas savoir qu’il nous manquait un Maître Charpentier...
— Vous êtes bien naïve! Depuis qu’il est resté à fond de cale, il aura pu remarquer que personne n’était jamais descendu pour vérifier l’armature du navire. Et je n’oublie pas non plus que la vente de ce Barbaresque au marché aux esclaves peut nous rapporter jusqu’à cinq cent Pièces de Huit. 
— Madame, le fait de le garder parmi nous pourrait nous rapporter bien davantage. Un bon Maître Charpentier vaut bien plus que cela...
— Bon, admettons qu’il soit réellement un homme pratiquant ces difficiles métiers... nous allons donc le mettre à l’épreuve! Notre prochaine escale durera plusieurs semaines et nous verrons alors quelles seront ses connaissances pour réaliser un bon échouage et caler le navire afin d’exécuter les nécessaires travaux de grattage, nettoyage et calfatage de la coque. S’il ne donne pas entière satisfaction nous pourrons toujours retourner le vendre comme esclave au marché de l’île voisine, à peine distante de quelques lieues de notre échouage.
— Soit Madame.
— Pour l’instant laissons-le à fond de cale; mes pirates ne comprendraient pas pourquoi soudain je déciderais de le libérer, d’autant plus qu’il est Barbaresque et que mon équipage, en particulier le Colosse, risque de ne pas du tout l’apprécier. De toute façon, même s’il se montre compétent et adroit, sa présence parmi nous sera soumise à un vote, mais comme je viens de vous le dire ne vous faîtes pas trop d’illusions car mes hommes n’aiment pas ces gens-là. Ce sera tout! Désormais évitez de lui rendre visite. Vous avez pu constater qu’il avait été bien traité; nous autres, nous respectons nos prisonniers.
— En effet Madame
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