La rencontre

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L’auteur a fait preuve d’une originalité remarquable pour nous livrer cette histoire particulière, d’abord difficile à approcher, puis

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Enseignant en Arts Appliqués, avec une pratique artistique personnelle quand j'ai le temps, ma vie associative et festive étant bien fournie. Je vis en Ardèche, dans le magnifique village d'Alba La  [+]

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Le jeune géant, après son court repos, se déplia dans un bruissement de tissus et de fourrures. Les bras en croix, étirés comme pour atteindre chaque bord du Grand Cercle, le torse levé vers le ciel, il laissa échapper un énorme bâillement, d’une sonorité aiguë comme seuls peuvent le faire les jeunes Géants du Sud. Son animal fétiche dormait en boule, appuyé contre une roche de granit. Sa masse épineuse se soulevait sous les coups de boutoir de la respiration, et des ondes colorées zigzaguaient sur son corps. Dans un soupir, le géant frappa dans ses mains pour faire réagir le Ganawak, mais, celui-ci, accablé de sommeil, ne bougeait pas. Dédaignant sa bestiole il se tourna vers le garçon endormi. Grattant sa tignasse rousse et bouclée dont les multiples parures se mirent à tinter, il s’interrogea sur le sort du jeune homme qu’ils avaient trouvé sur le lieu de leur halte. Décharné, en haillons, le garçon semblait plus proche de la mort que du sommeil. L’empathie étant le trait souverain des Géants du Sud, il avait décidé de le sauver. Après avoir fait un feu, il réveilla son fétiche à grands coups de pied. L’animal sursauta et, frémissant encore de l’onde de choc, changea plusieurs fois de couleur. Ses pointes se rétractèrent sous le coup de l’émotion et sa peau granuleuse vira au vert jaune, couleur du désarroi et de l’affolement. Le géant, honteux de son geste de colère, s’adressa à l’animal dans son langage alambiqué.

— Écoute Ganawak, nous sommes tous désolés du coup que j’ai créé. Change ta couleur s’il te plait, ne nous fais pas honte. Regarde avec tes yeux l’homme couché, Balk moi-même a décidé de s’en occuper.
Le Ganawak, sans doute par pitié, changea de couleur, non sans produire un très long soupir. Du vert jaune il passa au délicat vert prairie pour finir avec un bleu ciel très réussi, puis s’approchant du garçon, le reniflât et lui lécha le visage.
La langue dure et râpeuse réveilla le jeune homme. Un peu effrayé, il recula puis s’adossa au tronc malléable d’un arbre bulle.
— Ah, le petit truc se réveille à nous ! Le petit truc n’a pas mangé depuis longtemps, il partagera avec Balk et son Ganawak le repas et nous parlerons ensemble. Tu nous diras comment tu t’appelles là-bas d’où tu viens. Après avoir bien mangé, nous nous raconterons ce que tu fais ici. Approche, le Wak est notre fétiche. Maintenant, mange, car ton corps ne supporte plus ta tête.
— Je n’ai rien à dire, je voulais juste mourir en paix ! Et je ne suis pas un Petit Truc mais un prince, un prince dont personne ne se préoccupe mais un prince quand même !
— Tu as toi le temps pour mourir. Un jour viendra qui sera le tien et tu pénétreras la terre qui te soutient, prince ou pas. Le Cercle est grand et je l’ai parcouru et continue encore. Tu es toi le premier que je vois et tu vas raconter pourquoi tu veux t’enfoncer dans la terre du Grand Cercle. Mange, dit-il en jetant à ses pieds un morceau du gibier rôtissant sur le feu.
Le jeune prince préféra ne pas le heurter et saisit la viande brûlante.
— Eh bien, j’ai quitté mon royaume il y a de nombreux disques, pour, enfin… à cause d’une histoire d’amour !
Le géant ouvrit de grands yeux et s’arrêta de manger. Il tapota le sol de ses mains immenses en faisant un signe au Ganawak.
— Viens là Wak, c’est une histoire d’amour »
L’animal s’approcha, plutôt morose, mais se coucha, la gueule sur les pattes, à côté du géant. Celui-ci lui caressa la nuque en attendant, impatient que l’histoire commence. Sous l’effet du plaisir, la Ganawak changeait de couleur, alternant bleu, mauve, vert.
— Elle s’appelle Osiana, nous avons grandi ensemble, mon père le Roi l’a prise sous sa protection après la mort de ses parents. Voilà, elle est belle, je l’aime mais elle ne veut pas de moi et se livre à tous les hommes. Elle m’ignore et mon père aussi, il n’a d’yeux que pour elle, c’est comme si je n’existais plus ! Lui, c’est une brute, je suis trop frêle, trop petit, trop timide me dit-il, « tout le monde t’oublie dans une conversation, un prince doit exister, s’imposer… ». Je ne peux plus supporter cette situation, je me suis enfui. Depuis, j’erre sur le Grand Cercle en quête d’aventures pour oublier tout cela et prouver à moi-même que j’existe. J’ai failli être enlevé par des esclavagistes, lutté avec un monstre cornu qui me crachait des bulles collantes, je me suis enfui de grottes où vivent les énigmatiques Latachak qui creusent des trous depuis des millénaires, échangé de la nourriture avec une créature lumineuse dans les marais de Stownforg, combattu un magicien qui voulait me transformer en cheval pour tirer son attelage et bien d’autres choses encore. Mais tout cela est inutile, regarde-moi, je ne suis plus rien, c’est pourquoi je voulais finir ma vie ici, loin de tout ! Après tout, tu as raison, Petit Truc me va très bien....
— Balk lui-même te dit que tu n’es pas rien. Un rien n’aurait pas pu faire ce que prince a fait. Tu vas rentrer chez toi où tu vis, le cœur rempli des exploits de toi-même. Ton père qui est le tien te verra maintenant et Osiana aussi.
Le jeune prince ne put s’empêcher de sourire. Cette grande carcasse de 4 mètres était pleine d’amour pour les autres.
— Et toi, que fais-tu ici avec ton Ganawak ?
— Mon peuple qui m’appartient devient fou et malade et les enfants meurent vite. Ils ne grandissent plus comme nous et moi et sont tous tordus ! Le Talim nous envoie, moi et mon fétiche, pour trouver d’autres géants pour nous faire vivre.
Le jeune prince commença à comprendre. À force de consanguinité et d’ancêtres communs, une forme de débilité voyait le jour chez les enfants. Le groupe avait besoin de sang neuf. Il se souvint que son père avait accueilli des géants qui fuyaient des incendies au nord. En échange de leur aide pour combattre des créatures monstrueuses qui les avaient précédés et qui ravageaient villages et champs, il leur avait donné des terres. Ils étaient toujours là !
— Je sais où se trouvent des géants ! dit le jeune prince.
Balk se souleva d’un bond, dans un nuage de poussière et dans les crépitements bleutés du Ganawak qui lui aussi s’était redressé, sa queue venimeuse fouettant l’air à la recherche d’un ennemi.
— Calme Wak, il n’y a pas combat contre Balk. Dis-moi petit prince, me dis-tu à moi-même la vérité ?
— Oui, je le jure. J’étais un enfant quand mon père les a accueillis.
— Alors, Balk et son fétiche vont te suivre. Ton père verra l’homme que tu es devenu avec tes exploits à toi. Tu grimperas sur mon Wak qui m’appartient pour rentrer dans ton royaume et je serai à tes côtés. Osiana n’aura des regards que pour toi et mon Wak. En chemin, Balk tuera un Kalbaras et te fabriquera un manteau et des bottes avec sa fourrure. Balk capturera aussi un Tortarok et avec sa carapace moi-même te fera un bouclier… si le Grand Cercle le veut, je te trouverai une arme à toi ! Ainsi, avec toutes ces choses ce n’est plus un petit prince qui rentrera dans le royaume qui est le sien, mais un guerrier et tous te regarderont toi !
Le géant fouilla dans l’une des nombreuses poches qu’il avait autour de la taille et en retira un tube gravé de multiples signes.
— Maintenant tu vas être une partie de Balk et de son fétiche. Balk signifie « celui qui gravit les montagnes », donne-moi ton nom !
Le regard brillant, presque halluciné du jeune prince se perdit dans les yeux verts du géant.
— Altan, je me nomme Altan, mais ce nom ne veut rien dire…
— Si, pour Balk, Altan signifie « celui qui rentre ».
La conversation terminée le géant s’agenouilla au sol et creusa un trou dans lequel il inséra le tube. Se penchant dessus il y nomma le jeune Altan puis, prenant sa respiration en se redressant, il souffla dans l’orifice. Le sol se lézarda en étoile à partir du trou jusqu’à faire trembler les quelques arbustes.
— Maintenant, le Grand Cercle sait que tu es avec moi-même, et le Talim de mon clan, le sait aussi. Partons !
Balk pointa son index en direction du nord, royaume du jeune Altan, qui, maintenant associé à la quête du géant, trouva enfin une raison de vivre.

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Ozias Eleke · il y a
Joli conte. J'ai aimé. Ce fut un plaisir.
Je vous prie de lire mon texte pour le compte du Prix des Jeunes Écritures https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/homme-tas-le-bonjour-dalfred

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DEBA WANDJI · il y a
Très beau texte, Jean!
j'adhère par mes voix et je vous invite à découvrir mon texte en course pour le prix jeunes auteurs https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/etoile-perdue-2
N'hésitez pas de laisser vos impressions en commentaires. Merci!

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Arnaud-Christ EKONE · il y a
Sincèrement, Il y'a de la percutance dans Les mots employés dans ce texte et une certaine maîtrise des nuances linguistiques, bravo.
J'aime.


Je te convie à me lire dans «les cieux, la cime et la prairie» et de me donner ton avis.
N'hésites pas de laisser des voix si jamais je t'ai transporté dans le flot de ma fable.

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Elysé GODO · il y a
Très bon texte avec un Francais séduisant et facile à comprendre.
J'ai envie de te lire plusieurs fois.
.
Si tu as 4 mins, viens me lire aussi pour faire tes apports.


https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/morte-par-amour-1?all-comments=1&update_notif=1588264788#fos_comment_4196425

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Annemarie Crespi · il y a
Un beau conte humaniste. Des personnages attachants.
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Jean Amos · il y a
Merci beaucoup Annemarie!!
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Eric Lelabousse · il y a
J'ai beaucoup aimé. Avec tous mes encouragements. Eric
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Chantal Sourire · il y a
Bravo !
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Jean Amos · il y a
merci!!
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Patrick · il y a
Un peu de reve!! et bien écrit!
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Jean Amos · il y a
Merci beaucoup!!
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Jean Amos · il y a
Un grand merci à tous pour vos commentaires, votre soutien, c'était une belle finale et ma foi...je suis très fier de ce macaron!
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Julietta Julietta · il y a
Mince j'ai loupé le coche pour voter…
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Liam Azerio · il y a
Félicitations Jean :)

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