La rencontre

il y a
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Minibulle ? J'aime bien buller... Lire beaucoup, écrire aussi, écrire beaucoup. Merci à tous ceux qui passent me voir et qui aiment. Et puis peut-être  [+]

Image de 6ème édition
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Il faisait sombre dans cette boutique où elle était depuis des semaines. Le temps n’avait plus d’importance alors elle se souvenait. Elle se prenait pour le centre du monde et elle l’était. Tout le monde la regardait tellement elle était jolie. Joliment parée de fleurs, elle attirait tous les regards. Un monde la séparait de ce qu’elle était devenue. Reléguée dans un fond de pièce où personne ne faisait attention à elle, elle se demandait ce qu’elle allait devenir. Elle n’avait pas compris pourquoi du jour au lendemain, elle s’était retrouvée dans ce camion, brinquebalée en tous sens. Elle avait pris des coups, perdu ses couleurs, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même.

Angélina descendit de son fourgon. Elle soupira. Allait-elle enfin trouver ce qu’elle cherchait. Quand retentit la clochette qui annonçait son arrivée, elle dut s’habituer à l’obscurité qui régnait dans la boutique. Un vieux monsieur la salua et la laissa regarder sans lui poser de questions. Blasé, parce qu’il ne vendait jamais grand-chose, pourquoi perdre son temps et sa salive à vanter ce qui de toute façon n’intéresserait personne et surtout pas cette jolie femme en jeans et pull qui avait le sourire jusqu’au bout des yeux. C’est son sourire pourtant qui lui fit lui demander ce qu’elle désirait. Un véritable rayon de soleil, cette jeune femme, avec son accent du sud qui lui rappelait sa femme bien aimée disparue il y a des années. Ecoutant sa requête, il ouvrit la porte qui donnait sur l’arrière- boutique.

La lumière du jour la fit briller légèrement, signe de sa splendeur passée. Mais voilà que ça recommençait. Pourtant cette fois-ci ce n’était pas comme avant. En effet, elle se retrouvait emmaillotée avec douceur. Elle sentait la chaleur de la couverture et ses articulations ressuscitées craquaient de bonheur. Elle ne se sentait quand même pas très rassurée sur son sort. Il y avait de la musique, elle en reconnaissait le son et Il y avait en plus, une voix qui fredonnait. Et cela la rendait toute chose.

Angélina coupa le moteur et descendit en trombe de son fourgon en appelant Joe. Il apparut accompagné de son labrador Black. Elle ouvrit la porte arrière et d’un geste théâtral montra sa trouvaille.

Elle se sentit découverte, mise à nue, regardée de tous côtés, caressée. Sous leurs regards, elle se sentait mal à l’aise, car elle n’était pas au meilleur de sa forme. Qu’elle était belle celle qu’il appelait Angélina. Telle une apparition dans le soleil du matin, elle représentait son sauveur. Elle se sentit à nouveau transportée toujours avec douceur. Les voix chantantes la laissaient rêveuse. Mais quand elle se retrouva à nouveau dans un hangar, elle se dit que décidément elle n’avait pas de chance. Pourtant l’atmosphère n’était pas la même. Ici, elle n’était pas seule. Black la regardait et tournait autour d’elle en faisant de drôles de bruits. Elle connaissait ce son. Dans son ancienne vie, il y en avait beaucoup, ils annonçaient souvent les prémices d’une grande fête autour d’elle. Mais ici, pas de fête, juste quelque chose qui ressemblait au bonheur.

Les jours qui suivirent son arrivée, elle craignit pour sa vie. Décapée, elle perdit complètement sa couleur d’avant. Ce n’était pas agréable, mais ce qui suivit lui fit un bien fou. Toutes ses imperfections furent cachées avec tendresse. La jeune femme qui s’occupait d’elle avait des gestes si doux qu’elle se sentait revivre. Peu à peu, elle reprenait des forces. Elle ne serait plus jamais la même, elle le sentait, mais finalement sous les doigts d’Angélina, elle avait envie de ronronner de plaisir. Surtout que l’œil bienveillant de Black surveillait sa transformation et Joe passait la regarder tous les jours. Sous son regard elle rougissait de plaisir tellement il était heureux de voir le travail accompli par Angélina. Elle sentait bien qu’elle allait vivre quelque chose de nouveau. Elle espérait bien qu’elle ne resterait pas toujours dans ce hangar, mais pour l’instant, il semblait qu’elle n’était pas prête à être présentée. Qu’est-ce qu’elle était douce sa peau maintenant qu’Angelina la touchait d’une main caressante. Elle était fière d’avoir perdu sa rugosité grâce à la jeune femme qui n’avait pas ménagé ses efforts pour la rendre de plus en plus agréable au toucher. Elle comprit qu’elle ne se parerait plus jamais d’apparat quand un nouveau produit fit son apparition. Etalé sur elle, il la protégerait contre tout parait-il. Elle était ravie, elle n’aurait plus besoin de se cacher et elle ne craindrait plus d’avoir des traces indélébiles qui mettaient en colère ceux qui la regardaient avec mépris.

Un jour enfin, la porte du hangar s’ouvrit en grand. Il était tôt. Le soleil était à peine levé et le chien Black avait encore tous ses poils ébouriffés de sa nuit. Joe et Angelina par contre étaient très excités. Elle sut qu’elle allait quitter cet endroit quand elle vit les regards extasiés des jeunes gens. Elle sortit au soleil et là... Sa splendeur d’antan réapparut. Elle le comprit quand elle sentit sur elle l’eau qui coulait des jolis yeux de son ange. Elle eut peur pour sa peau mais d’une simple pichenette, la trace disparut et l’éclat de rire de la jeune femme lui fit comprendre que désormais elle ne risquait plus rien.

Elle trônait maintenant au milieu d’une grande pièce où le soleil avait sa place. Terminées les chaises autour d’elle en habit d’apparat, mais deux bancs se faisant face à face lui tenaient compagnie. Finis les grands bouquets d’artistes et bonjour les fleurs des champs qui ornaient son cœur et étaient renouvelés régulièrement.
Les caresses d’Angélina maintes fois prodiguées sur son plateau lui faisaient comprendre combien elle était fière d’elle. Un lien indéfectible s’était créé entre elles et maintenant que le ventre de la jeune femme s’arrondissait, elle savait que bientôt elle accueillerait des petites mains qui la décoreraient à leur manière. Mais elle ne risquait plus rien, elle le savait.
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Les Histoires de RAC · il y a
Rafraîchissant !
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M BLOT · il y a
Je me suis laissé emporté par votre texte du début à la fin , bravo pour m'avoir absorbé ! amitié des mots
Je vous invite a écouter un air de rock : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/sur-un-air-de-rock bonne écoute ;)

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Zou zou · il y a
Histoire d'un renouveau... retour...mes voix
En lice aussi si vous aimez

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Joëlle Brethes · il y a
Vous nous menez par le bout du nez (et des neurones) depuis le début jusqu'à la fin de votre récit ! :)
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JAC B · il y a
Une restauration réussie pour un objet du quotidien dont je ne dévoilerai pas le nom, suspens oblige. Atypique et charmante cette apparition/renaissance.
Ma cavale est en bleu et jaune mais il me tiendrait à coeur d'avoir votre soutien pour:
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-femme-est-l-avenir-de-l-homme# en finale de la DDHU.
Merci et bonne chance à vous.

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Patrick Peronne · il y a
Texte bien écrit, agréable à lire ; chute réussie. Je vote.
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Chantal Sourire · il y a
Une jolie chute pour un beau texte, je vote !
Et vous invite sur ma page, merci !

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Madyline Rose · il y a
Toujours aussi beau. Bravo Isabullette. J'ai voté :)
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Minibulle Minibulle · il y a
Merci Madyline
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Barbara Laurame - Auteur · il y a
Tu sais que tu as de jolis mots Isabulle ? Quand on te dit que tu devrais aller plus loin.... A voté !
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Minibulle Minibulle · il y a
Merci Barbara
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Randolph B. · il y a
Un beau texte, tout à fait réussi, bravo !
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Minibulle Minibulle · il y a
Merci beaucoup