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La rencontre

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Mila

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La vie trépidante de la Citadine que je suis m'avait conduite dans les Pyrénées. Mes amis soucieux de mon bien-être m'avaient convaincu.

Un retour aux sources me serait bénéfique.

Pour cela ils avaient réservé 4 jours dans un de ces hameaux perdus au milieu d'un paysage lunaire, sans habitants permanents, sans eau ni électricité.

La vraie vie quoi, le pur bonheur.

Nous arrivâmes tôt le matin. De la petite route constellée d'arpents de vignes nous pouvions distinguer quelques ruines de châteaux d'autrefois.

Y aurait-il de la vie ?

Un peu plus haut, s'étendait un paysage où les jaunes et les gris déroulaient sur les ondulations de cette terre ancestrale une palette à la Van Gogh.

Nous nous arrêtâmes dans un de ces hameaux perdus et plus précisément devant une vieille bâtisse qui autrefois faisait office d'école et aujourd'hui de salle commune.

Geneviève bénévole et passionnée de montagne vint nous accueillir. Elle nous ouvrit les lieux et nous expliqua que ce bâtiment était à ce jour le seul à pouvoir nous servir de refuge, les autres étaient en cours de restauration.

Geneviève nous présenta Estelle, c'est elle qui faisait la popote alors que Martin âgé d'une dizaine d'années prenait son bain au cœur même de la cuisine.

Le tableau était surréaliste.

Elles nous expliquèrent qu'ils étaient un groupe de bénévoles passionnés, qu'ils louaient les lieux pour 4 ans et qu'ils restauraient peu à peu ces ruines.
Comme il n'y avait pas d'eau courante excepté les citernes de récupération, il fallait monter des bidons de 10 litres depuis le village plus bas de 6 km. Les produits utilisés devaient impérativement être naturels et les toilettes étaient sèches.

Il faut se débrouiller à l'ancienne s'amusait à dire Geneviève.

Les chantiers de bénévoles étaient ouvert à tous et j'espérais secrètement que l'on ne me donnerait pas à gratter de la terre. Celle-ci avait un effet déplorable sur mes mains dont l'entretien me coûtait déjà une fortune.

Mon couchage fut installé dans une pièce du bâtiment. C'était champêtre à souhait, aucun confort et le comble du bonheur, je n'avais pas de réseau, j'étais coupée du monde.
En mon for intérieur je pensais survivre 2 heures ensuite j'agoniserai en maudissant Marc et les deux amis qui m'accompagnaient dans cette aventure.

Le soir venu après avoir dégusté les produits du terroir nous nous sommes retrouvés pour la traditionnelle veillée. Francine la doyenne des lieux nous raconta les histoires du pays qui nous faisaient soit frémir, soit pleurer de rire.

Le lendemain, après avoir petit déjeuner copieusement je décidais d'aller gratter du papier. Adolescente, je dessinais beaucoup et je souhaitais profiter de l'occasion pour remettre cela.

J'empruntais un sentier qui se défilait dans une forêt et après m'être installée sur un rocher, je commençais à croquer avec application tout ce que la nature proposait. Fleurettes et autres bourgeons, insectes, oiseaux, finalement c'était agréable de se détendre de la sorte, quand un bruit plus que suspect attira mon attention.

Je levai les yeux en cherchant la source pensant rapidement aux histoires de Francine quand j'aperçu du mouvement en contrebas.

C'était magnifique !

Un ourson se faisait les griffes sur un arbre en laissant échapper de petits grognements trop mignons.
La peur enserra aussitôt ma gorge, je savais que ourson voulait dire maman ours cependant, j'étais hypnotisée par ce spectacle exceptionnel.
Mes mains croquaient toutes seules, je voulais saisir l'instant pour ne pas qu'il m'échappe.

C'est alors que derrière moi un grognement d'une autre nature se fit entendre, beaucoup plus mature cette fois.

Le temps s'arrêta net et moi avec.

Paralysée j'entendais des bruits de pas lourds s'approcher. Les battements de mon cœur raisonnaient si fort à mes oreilles que je pensai furtivement qu'il allait lâcher. Mes pensées défilaient à toute vitesse, reverrais-je les gens que j'aimais ? Ma famille, mes amis, Hypolite mon poisson combattant, Zoé la chatte de ma voisine ?

L'ours brun passa juste à 2 mètres de moi. Une fois à ma hauteur, elle tourna sa grande gueule vers moi, renifla bruyamment, grogna bizarrement comme pour me dire si tu respires, tu meurs, puis elle s'éloigna paisiblement suivie par ses oursons.

Moi je restais là, les yeux baissés, abasourdie par mon cœur en panique, le corps en sueur et tremblant.

Quand la petite troupe eut disparu, je remis de l'ordre dans mes idées. J'étais vivante, vivante pour l'instant, c'était juste magique !

je rassemblai mes affaires pour ensuite déguerpir vitesse grand V.

À mon arrivée au hameau, Geneviève comprit de suite qu'il y avait eu un problème. Je fonçai vers ma couche pour boucler mes bagages mes mains tremblaient encore, je revins en cuisine mon sac à mes pieds.

— Marc peux-tu me ramener à la gare la plus proche, je rentre à Toulouse.

Devant les regards consternés et surpris de mes amis je poursuivis d'une voix calme.
— La montagne est belle vous aviez raison, très belle mais je n'aime pas la nature. Je préfère musarder dans les rues de ma jungle urbaine. Le béton, les soirées, les chips, les boutiques, la toile et je ne vous parle pas de celle de l'araignée ! Tout cela, j'aime ! J'aime tout ! je veux rentrer ! L'ourse me l'a très bien fait comprendre.

Un vent de panique souffla alors dans la maisonnée, les questions fusaient à me vriller les tempes. Sans réellement tout comprendre je réitérai ma requête.

— Marc on y va ? !

Il se leva, prit mon sac, j'embrassai tout le monde en les remerciant sincèrement pour leur gentillesse puis nous partirent.

Enfin rassurer d'être dans le train, je conclus en souriant à Marc.
— Si je veux voir la montagne je demanderai à Google !

Les portes du train se refermèrent.
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Elisabeth Marchand · il y a
Séjour express... mais on peut comprendre... j'aime bien votre façon d'écrire, Mila...
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Mila · il y a
Merci vraiment, j'ecris depuis quelques mois, je dessinais surtout.. vous savez tout^^
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Fred Panassac · il y a
Excellent, c’était dans l’Ariège ? Oui, sur Google c’est moins risqué, moi c’est comme ça que je fais du ski. J’habite non loin de ces montagnes. Merci d’être passée sur ma page, je passerai te lire dans les Paysages.
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Joëlle Brethes · il y a
Bah : plein de mecs font du sport... par télé interposée en regardant les matchs télévisés ;-) Alors la nature grâce à Google (ou aux très beaux reportages animaliers !) pourquoi pas ! ;-) ;-) ;-)
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Grenelle · il y a
L'autre jour un lion s'est échappé du zoo et s'est promené en ville. Vous la dépeignez bien cette citadine, curieuse et suspicieuse, courageuse mais peureuse, idéaliste mais matérialiste. (je dis vous ou on se tutoie camarade syndiquée ?)
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Mila · il y a
D'ailleurs j'avais été impressionnée par cet événement !
Restons simple, on se tutoie. Merci pour ta visite :)

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Ludmila Constant · il y a
Pauvres de nous.:-))
En ce moment je lis Sylvain Tesson: lui, il voudrait bien être à la place de votre héroïne.

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Mila · il y a
Il faut de tout pour faire un monde... Merci beaucoup pour votre visite Ludmila :)
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Ludmila Constant · il y a
En vous lisant, je me rappelle...http://short-edition.com/fr/auteur/ludmila-constant
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