La Recherche

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Un petit "pouet" à la Recherche du bonheu  [+]

Rien ne pèse plus lourd sur l'âme que le silence tombant sur nos crânes lorsque nous pénétrerons dans la Bibliothèque Universitaire.
Ce n'est pas vraiment exact, la cacophonie extérieur, le bruit du vent, des trams et des discussions multiples des étudiants, s'apaisent quelque peu mais persiste tout de même lorsque l'on entre dans le hall de ce bâtiment. Les gens discutent, mangent parfois, profitent de l'abri, du cocon de chaleur qui leur est proposé comme d'un manteau à la fraîcheur des journées de Février. Il est vrai que ce petit air chaud réconforte d'abord, encourage à entrer.
Arrivé dans les escaliers cependant, le bruit des discussions s'atténue jusqu'à disparaître en haut de ceux-ci. Infime persiste seule la voix de quelques rebelles ne se limitant pas complètement aux normes imposés en ces lieux semis-sacrés.
La première salle, au premier étage, est celle des Lettres, avec un grand L, de la Littérature dans tout ce qu'elle a de plus vivant et passionnant. Pourtant en y entrant la première impression relève presque de la suffocation : l'air vient à nous manquer. Éloigné de l'entrée aux vitres tournante, elle se fait plus rare, recherchée, chaud surtout. Les battements du coeur s'accélèrent alors pour compenser ce manque d'oxygène, pour nous alerter aussi, ou simplement dû à l'anxiété qui s'empare des esprits qui pénètrent ces lieux. Le silence n'a jamais été aussi riche, aussi puissant, il résonne. Et alors qu'au-dehors tout semblait inaudible, ici tout s'entend : le moindre craquement de BD que nos doigts séparent les unes des autres, les pages qui se tournent, le moindre mouvement de bassin impatient sur sa chaise, une respiration enrhumé... tout s'entend.
L'Homme est nu face à lui-même, responsable de ses actes, existentialiste et apeuré par son existence.
Il ne veut quitter ces lieux qui le fascinent mais souhaiterait disparaître, être aussi invisible que silencieux. Une peur inconnue l'envahit alors, une peur autrefois essentielle mais qu'on ne retrouve aujourd'hui qu'ici : la peur de déranger autrui.
Toutes ces personnes qui travaillent d'arrache-pied sur leurs ordinateurs, leurs feuilles griffonnées, leurs ouvrages annotés... on en vient à oublier qu'avant de s'y être accommodé ils ont subi le même tiraillement intérieur que nous à présent.
Instinctivement nos pas se ralentissent, s'allègent le plus possible, et l'effarement quitte peu à peu nos crânes engourdis par le froid extérieur. On va s'assoir, discrètement, sans ignorer cependant ces regards qui semblent nous épier.
A vrai dire il n'en est rien, preuve en est une fois assis nous ne prêtons nous-même plus attention aux autres personnes qui viennent s'installer autour de nous. C'est l'alzeihmer des lieux sacrés, ou l'ignorance d'autrui, ou bien est-ce plus profond que cela ?
L'Homme est nu, l'espace d'un instant, face à ses peurs.
Peut-être ce lieu enferme-t'il toute personne qui y pénètre dans une sphère transparente, invisible aux yeux mais pas à l'âme, qui, elle, conçoit sa solitude nouvelle et s'y adapte. On se croit seul, on se sent seul et on s'y complaît.
Parfois, en levant les yeux de notre travail, ou de notre activité, l'illusion se brise, on redécouvre alors un monde froid, on découvre que nos mains sont gelées et peinent à écrire... tout cela nous était bien imperceptible avant. C'est l'illusion des bibliothèques universitaires.
Souffler sur ses doigts, dans le creux de ses mains, pour les réchauffer n'y changera rien, il est sûrement temps de partir... Si tôt ? Déjà ? Mais cet espace est aussi hors du temps et les heures se sont écoulées sans véritablement que nous ne l'apercevions.
Certains même se perdent dans l'abîme temporel que représentent ces lieux.
Alors une nouvelle fois la peur, on plie bagages rapidement, mais toujours sans bruits, et on fend notre cocon de soie déjà fêlé pour redécouvrir la fraîcheur de l'air et comprendre un peu mieux l'état de nos doigts. Parfois on ouvre la bouche pour laisser échapper ce soupir irrespectueux de celui qui pense trop en faire, mais souvent on se rappelle de la valeur du silence, le prix à payer y est ici bien trop élevé. Alors on quitte l'endroit doucement, retrouvant au fil de chaque marche sous nos pieds un petit peu plus de notre Humanité, mais perdant peu à peu en nous cette infime part de Sincérité.
Nous redevenons Hommes, nous ne somme plus qu'esprit.
Et souvent cet endroit devient regrettable, on outrepasse cet instant de malaise qui nous a saisit entre ses griffes à notre arrivée et, attiré par cette infime part de Sincérité on souhaite peut-être y retourner, explorer plus encore ces lieux, nous transcender nous-même pourquoi pas ?
Mais rien de tout cela n'est possible, c'est une illusion de plus, une tentative mesquine de nous garder, de nous enfermer un peu plus loin de toute sociabilité.
Ce royaume illusoire est fort bénéfique pour se voir mis face à soi-même et face aux conséquences de nos actes, il laisse une place plus importante aux esprits qu'aux corps, ouvre de nouveaux horizons intellectuels.
Mais il détruit systématiquement tous ceux qui ont l'audace de penser pouvoir résister à sa tentation en restant en son sein.
Rien n'est plus lourd sur l'âme que le silence tombant net sur notre néant.
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