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La randonnée

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Alain d'Issy

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Chaque année nous partions en famille pour un week-end de randonnée. Famille avec un grand F, femme, enfants, sœurs et beaux-frères, cousins, cousines et le chien aussi. Chaque année nous randonnions paisiblement à travers les plaines, les côteaux, les champs et les forêts.

La troupe était joyeuse, quelques-uns claironnaient de vieilles chansons, faisant taire sur notre passage les charbonnières et les lapins de garenne. La troupe était joyeuse et avançait d’un bon pas.

Dans une clairière le ciel s’assombrit brusquement et fit taire les chants. Une nappe de brume s’installa en quelques secondes. Un nuage un peu jaune comme éclairé de l’intérieur. Face à cette situation étrange, la troupe se concerta :
- Qu’est-ce qu’on fait ? dit Emma en brisant le silence,
- Hum, on avance ! affirma Nicolas, ce n’est qu’un pauvre nuage égaré,
- C’est laid ce jaune pisseux, chuchota Léa
- Bon, ça n’a pas l’air très épais, rassura Gildas, en deux minutes nous sommes de l’autre côté,
- Il n’y a pas d’autre solution, sinon il faut faire demi-tour et repartir au petit hameau où nous avons pique-niqué expliqua Sarah.

Les regards se croisèrent pour évaluer l’état d’esprit de chacun. Les enfants décidèrent pour tout le monde en manifestant leur impatience. La troupe se remit en marche.

La brume était épaisse, une odeur de lait de coco écœurante prenait les narines. Chaque nouveau pas nous enfonçait dans cette mélasse, la troupe avançait en silence sans aucune visibilité. J’étais tétanisé. Le seul point positif était cette lumière blanche à vingt ou trente mètres qui laissait penser à une sortie, une sorte d’éclaircie.

Je progressais avec difficultés, mon sac à dos semblait peser des tonnes. Les limites du nuage de brume étaient assez nettes, je franchis ce dernier rideau. Je découvris une clairière resplendissante aux couleurs chatoyantes. Nous sortions de la mélasse un par un comme surpris de se retrouver, ma femme, mes sœurs, mon cousin,...
- Bon vous voyez, ce n’était pas si terrible que ça, clama Sarah,
- Nicolas, les enfants sont avec toi ?
- Non je n’ai rien vu, ils doivent suivre,
- Je ne vois pas Gildas non plus.

Je trouvai que ma sœur Léa avait un air juvénile avec ses petites taches de rousseur.
- Ohé les enfants, sortez de là, guidez vous avec la lumière blanche,
- Gildas, ne fais pas l’imbécile, hurla Sarah.

Un silence glacial s’installa, la troupe avait perdu la moitié de ses membres. Ma femme me prit le bras, je ne la reconnus pas tout de suite. Nous avions l’air d’adolescents égarés. Je pris la parole,
- Evitons de paniquer, les enfants ont dû rester à l’intérieur du nuage de brume, il y en a peut-être un qui s’est blessé, les autres sont restés à côté de lui,
- C’est drôle je me sens légère comme l’air dit en riant Léa,
- Bon, Léa, ce n’est pas le moment, il n’y a qu’une solution, nous allons faire demi-tour, nous allons traverser en sens inverse ce foutu nuage de brume et tout redeviendra comme avant,
- Oui il n’y a rien d’autre chose à faire, c’est évident.

La petite troupe, rassembla ses forces et prit le chemin du retour en pénétrant l’épais nuage jaune. La progression était tout aussi difficile qu’à l’aller, mes yeux étaient irrités sous l’effet de cette brume, des sons étranges klaxonnaient dans mon crâne. J’arrivais enfin au bout de ce calvaire. La lumière blanche me guidait à nouveau. Je n’avais plus que quelques pas à faire. Je sentis une fatigue profonde m’envahir.

Arrivé de l’autre côté, je ressentis le besoin de m’asseoir. Le silence était oppressant. Les arbres étaient gris, comme couverts de cendres. J’étais seul. J’essayai d’appeler. Ma voix était sourde, éraillée. Mes sœurs avaient disparu. Ma femme n’était pas là. Mon corps semblait n’être qu’un bloc de douleurs. J’essayai à nouveau d’appeler. Personne ne venait à moi. Le rideau de brume jaune ne laissait paraître aucune ombre, aucun signe de vie. J’avais envie de pleurer. Je me dis que je devais à nouveau m’enfoncer dans la brume pour espérer retrouver ma famille, mes enfants. Mais mon corps désarticulé ne pouvait plus bouger. Je regardai une dernière fois le ciel.

PRIX

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Cannelle · il y a
moi aussi je vous lis grâce au festival OFF , lancé sur le Forum. J'aime beaucoup
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Alain d'Issy · il y a
Merci pour votre visite
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Françoise Grand'Homme · il y a
Un nuage temporel où la vie devient coton ou s'effiloche...
Original et bien écrit.
J'ai aimé les répétitions au début : "chaque année..."
Comme une boucle qui qui se referme.
Je viens vous lire tardivement grâce à un lien posté sur le forum.

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Alain d'Issy · il y a
Merci c'est sympa d'être passé - merci pour les commentaires
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Thara · il y a
Encore, un texte que j'avais oublié de lire...
+ 4 voix !

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Alain d'Issy · il y a
Merci
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Petitpoizonrouge · il y a
mon soutien, sur le fil !!!
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Alain d'Issy · il y a
Merci
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Roxane73 · il y a
Bravo, Alain pour ce récit qui commence par une banale randonnée en famille et ne vous lâche plus jusqu'à la chute inquiétante. Le thème "brume" est respecté. L'écriture est parfaitement maîtrisée afin de doser le suspens . Cette lecture me fait penser à certaines nouvelles de Stephen King. Frissons garantis ! J'ai beaucoup aimé et vous souhaite bonne chance pour la suite !
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Alain d'Issy · il y a
Merci Roxane pour ce commentaire complet et chaleureux - mon challenge était bien de "doser le suspense" - la référence à King est sympathique mais un peu exagérée - bonne journée
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Roxane73 · il y a
Je ne sais pas si c est exagéré mais j ai ressenti cette impression en vous lisant. Je trouve que vous avez là le départ de ce qui pourrait être une intrigue plus développée, avec comme principal personnage une brume malfaisante ☺...bonne journée à vous aussi!
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Bernard Boutin · il y a
Perdu dans la brume éternelle !
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Alain d'Issy · il y a
Merci Bernard pour votre visite
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Serge Debono · il y a
J'aime bien l'atmosphère étrange et déroutant de votre histoire. Une brume jaunâtre sentant le lait de coco, c'est original. Bravo et bonne chance ! Si ça vous tente http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-prix-imaginarius
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Alain d'Issy · il y a
Merci Serge
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Laurence GDN · il y a
Étrange et bien vu ! J'aime et vote !
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Alain d'Issy · il y a
Merci et bonne année
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Yann Olivier · il y a
J'aime. Je vote.
Je suis aussi en compétition :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ainsi-soit-il-2

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Alain d'Issy · il y a
Merci et bonne année
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