La rando

il y a
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J'apprends que je suis vivant... je dois cette bonne nouvelle à l'air qui circule sous une phrase très légèrement, en faisant flotter ses mots, au-dessus de la page  [+]

Silence... douceur... un souffle tout ouaté sur mon visage... Le bonheur de me retrouver là, dans cette campagne estivale.
Instants magiques à portée de cœur... Ce chemin, souvent emprunté lors de saisons froides a toujours ce petit plus ajouté, sûrement pour qu’on revienne lui rendre visite. Aujourd’hui, je ne sais pourquoi, je le trouve guilleret et c’est avec gaité et élan que j’arpente ce sentier, sac à dos et regard lointain. En avant... C’est parti pour quelques heures de solitude, d’idées à éclaircir et de blanchiment d’âme !
Marcher... flâner... Un je ne sais quoi qui m’invite à poursuivre mon errance, le sourire aux lèvres et la chaussure alerte. Les oiseaux m’accompagnent de leurs chants. Le léger bruissement des peupliers me berce. Des canards et des grenouilles sur l’étang... Leur cri me fait rire et s’arrête sur mon passage : je dérange... Plus loin, la citronnelle et la menthe exhalent leurs arômes. La chicorée sauvage m’offre son bleu limpide. J’enlace de mes bras trop courts un chêne plus que centenaire : je me sens submergée par une sensation de bien-être étrange, entre ciel et terre ! Et c’est envoûté par ces senteurs, ces musiques et ces couleurs que mon pas se fait plus lent, jusqu’à s’arrêter.




Je ne veux rien manquer de ce rendez-vous avec la vie... je me laisse inonder par ces sensations, douce lumière bienfaisante et réconfortante... Je ferme les yeux... et je sens...je ferme les yeux et... j’entends... un chuchotement, tout près :
« Bonjour ! Il fait un peu chaud cet après-midi, tu ne trouves pas ?
-Baisse la tête et ne bouge plus... Et toi ma jolie, mets ton chapeau ! »
Deux drôles de personnages, très élancés, penchés l’un vers l’autre font la causette... et m’interpellent. Je m’approche mais plus rien ! Qui me parle ? Où suis-je ?
« De toute façons, je l’ai oublié mon chapeau... et puis je ne les supporte pas les chapeaux. »
Je poursuis ma route et en contrebas... un attroupement comme une grande nappe déployée... une nappe bordée de vert, d’un vert intense... une nappe en relief, décorée d’une multitude de gros motifs aussi dorés les uns que les autres, et figés, tête en l’air.
De cette foule immobile, monte un brouhaha monocorde. A perte de vue, ce public bien aligné, studieux. Rien ne dépasse ! De ma scène, je lève les bras au ciel et déclare :
« Je vous ai compris ! »
Pourquoi ai-je dit cela ? Par compassion, par empathie ? Pourtant, le brouhaha s’interrompt... et les grosses têtes s’inclinent, d’un commun accord, solennellement. Ce n’est quand même pas une armée, avec cet accoutrement loufoque ? Et qui commanderait cette troupe ? De qui recevrait-elle les conseils ou les ordres pour faire bloc ? Envers qui manifeste-t-elle tant de servilité ?


Cependant, ces curieux personnages n’expriment rien de triste, ni d’angoissant ! Toutes ces figures, hautes en couleurs, paraissent bien dans leur peau... Lumineuses sont ces têtes au port très élégant, qui ne cherchent rien... sinon peut-être un signe de l’astre, au- dessus d’elles. Aucune trace de détresse... plutôt une belle impression de sérénité, d’élégance, de savoir-vivre ou de savoir-être, face à leur destinée.
Quelle noblesse ! Quelle splendeur ! Peut-être un rien d’arrogance... car je commence à comprendre que ce ne sont pas des spectateurs, mais des acteurs sous les feux de la rampe : ils rayonnent dans ce beau théâtre à ciel ouvert ! Leur habit en forme de cœur et leur visage buriné, entouré de cette couronne de soleil me donnent à penser qu’ils ont acheté leurs costumes en gros.
Je fais mine de continuer ma balade... je reste clouée sur place... je ne parviens pas à quitter cette féerie quand j’entends à nouveau des voix.
« Madame, madame... Réveillez-vous ! Il va pleuvoir ! »
Au –dessus de moi, deux promeneurs. Arrachée à ma torpeur, j’écarquille les yeux et tout autour, sous les nuages... me tirant leur révérence... des tournesols.
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Françoise Cordier · il y a
Promenade bien bucolique et planante, j'aurais juste préféré qu'il n'y ait pas les deux promeneurs à la fin, seulement la voix des tournesols... mais cela ne me regarde pas.
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Mo Girou · il y a
C'est le retour à la réalité !
Merci pour ce commentaire

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Les Histoires de RAC · il y a
Merci pour cette balade dépaysante ♫
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Mo Girou · il y a
Merci
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Les Histoires de RAC · il y a
Avec plaisir. Bonne année ♫
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Ginette Flora Amouma · il y a
Une randonnée pleine de poésie , un zeste de fantastique qui donne au texte un côté irréel fascinant .
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Mo Girou · il y a
Merci de votre appréciation ! Bonne chance pour la finale
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Christine Borie · il y a
Curieux que cette histoire n'ait pas eu plus de lectures. Je comprends cette symbiose avec la nature, ce rêve du marcheur...Voilà un très bon texte qui n'a pas l’écho qu'il mérite!
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Mo Girou · il y a
Merci de votre appréciation... J'ai pris plaisir à décrire cet enchantement et pour l'instant c'est le plus important pour moi !