2
min

La puissance des mots

Image de Ilona.c

Ilona.c

14 lectures

1

C'est alors que j'ouvris les yeux, prête à affronter un nouveau jour. Je n'en verrai malheureusement pas la lumière, cachée dans cette cave depuis des jours, ou peut-être même des mois. Enfermée ici, j'ai perdu toute notion temporelle. Je survis désormais plus que je ne vis, me questionnant souvent sur mon acte. Pourquoi moi, une jeune femme juive parmi toutes les autres, aurais-je le droit d'être épargnée , au péril de ces bibliothécaires qui sont si aimables de me couvrir ? Ne devrais-je pas affirmer ma religion, qu'importe la peine qui me sera infligée ? Après tout, qu'avais-je à perdre ? Ma vie. Peut-on réellement appeler cela une vie de rester dans l'ombre jour et nuit, sans ne pouvoir faire aucun bruit, étant obligée de minimiser mes mouvements, sans aucun loisir, aucune parole ? Je me demandais justement si je n'en avais pas perdu l'usage. Plongée dans mes pensées, c'est avec effroi que j'entendis la porte de la cave claquer, et je me retrouvais face à face avec cette dame passionnée des livres depuis maintenant bien des années. Il était rare que je la vois. C'était son mari qui descendait mon repas quotidiennement. Ma surprise était d'autant plus grande que la sexagénaire était connue pour sa douceur remarquable. Elle s'avança d'un pas lent et déposa à mes côtés quelques livres ainsi qu'un mot où il était dit : «  Je vous apporte quelques distractions. En espérant qu'elles vous plairont. ». Je restais bouche bée face à cette attention inattendue, et elle su lire mon regard rempli de gratitude. Je pus observer ses lèvres s'étendre en un mince sourire, puis elle repartit en fermant la porte d'une même poigne que précédemment. Malgré la gentillesse naturelle dont elle a fait preuve, je trouvais son comportement brusque très étonnant. C'était comme si elle avait voulu témoigner de toute la violence de l'extérieur. Alors la guerre l'avait rendue ainsi... Je commençais alors à lire la première œuvre. Et depuis ce jour, j'absorbais chaque mot que je lisais. Je m'étais découvert une véritable passion jusqu'alors enfouie. Désormais, je ne vivais que pour cela, j'en demandais toujours plus. Jusqu'à ce matin, à cet instant où j'entendis la porte claquer. Mais cette fois-ci ce n'était pas celle de la cave mais bien la porte d'entrée. C'est alors qu'une voix allemande assez dure parvint à mes oreilles. Néanmoins je n'avais pas peur. Au fur et à mesure que les pas se rapprochaient, une force intérieure s'élevait en moi. Ainsi je me levai et embrassai chacun de mes livres. Je marchais vers la fin. Cependant, c'était ma fin et je ne pouvais me résigner à mourir comme tous mes frères et sœurs de religion. J'ouvris la porte, et affirma d'une voix emplie de fierté : «  Je suis juive. ». Et voici comment je mis fin à mes jours. Je ne regrettais rien, les mots m'avaient donner le courage.
1

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,