La poule du chef

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Intermittente de l'écriture, dans la catégorie Supersenior. Des mots, des phrases, qui jaillissent parfois, qui viennent sans qu’on les cherche, allez savoir pourquoi  [+]

On prête au roi Henri IV la promesse que tout laboureur de son royaume ait sur sa table, le dimanche, une poule dans son pot. La légende ne dit pas s'il donna aussi la recette.
Non, inutile de chercher dans Marmiton. Voici, pour vous, défenseurs du tout bio, le secret bien gardé jusqu’à ce jour de la recette « poule au pot de ma grand-mère ».

Préparation ( la veille) :

Achetez une poule, mais pas n'importe quelle poule, et surtout pas un vulgaire poulet élevé en batterie, (confiné, lui aussi !), nourri aux hormones de croissance, caquetant, parmi des centaines de confrères, puis mis à mort, empaqueté sous vide et vendu dans son emballage plastique au super-marché du coin.

Mémé achète sa poule sur le marché. Elle a passé sa commande à une fermière dont la volaille se nourrit entièrement bio, de grains bio, de vers bio qui n’ont jamais reçu d’antibiotiques, dans une totale liberté, grattant du bec avec délices le tas de fumier bio dans le coin de la cour de la ferme.
Les chefs étoilés ont les mêmes exigences.

Rapportez, dans votre cabas, la poule rousse, les pattes liées, afin qu'elle ne s'échappe pas d'un coup d'ailes imprévu. Oui, la poule vit là ses dernières heures, même si elle ne le sait pas encore.
Attention ! les lignes qui suivent risquent de choquer les âmes sensibles. Si des enfants sont près de vous, il est conseillé de les éloigner.
Mais mémé accepte que j'assiste à la mise à mort. Espère-t-elle que je prenne la suite un jour ?
Va-t-elle étrangler la volaille, l'assommer contre le mur ou sur un coin de table ?
Je tremble d’effroi, mais pour rien au monde, je ne manquerais le spectacle.
Mémé s'assoit, une bassine à ses pieds.
Et moi, je regarde, à la fois fascinée et horrifiée, les derniers instants de la poulette coincée entre les cuisses de son bourreau qui s'est armé d'une paire de ciseaux.
Un dernier sursaut de la poulette : la langue tranchée net par les ciseaux du bourreau, elle se vide de tout son sang dans la bassine.
(Au cinéma, scène accompagnée d'une musique tragique, avec roulements de tambours.
Brigitte Bardot n'est pas encore entrée en campagne contre les sévices infligés aux animaux. Elle ne tardera pas : «  Indignez-vous ! » )

Vous pouvez maintenant passer à la phase n° 2 : déplumage.

Arrachez d’un coup sec une à une toutes les plumes du volatile - Prévert s’est contenté, lui, d’arracher tout doucement une seule plume de l’oiseau -, et cela ne se fait pas en cinq minutes. Des plumettes voltigent à travers la cuisine.

Tristesse que de voir la poulette toute déplumée, toute nue, misérable.
Il ne reste plus qu’à brûler les derniers petits duvets à la flamme d’un briquet.
Roussette est prête à passer à la casserole.
Cuisson :

Demain, dimanche, vous laisserez mijoter la poule dans son bouillon de légumes tout en savourant le fumet qui envahit la cuisine.

Comment ? Vous renoncez à suivre cette recette bio ? Parce que vous...
Pardon mémé, je dois te faire un aveu qui me coûte. Mon poulet, je l’achète, moi aussi, tout cuit, tout chaud, chez le traiteur de mon quartier.
Mais un poulet « fermier ». Forcément... en souvenir de Roussette.
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