La poudre des harems

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Jérôme Dumont aimait rendre visite à sa voisine Marie-Laure de temps à autre. Surtout l'hiver, quand aucune occupation dans leur jardin respectif ne leur permettait de faire la causette par-dessus la haie. À la mauvaise saison, ils étaient convenus de se voir une fois par semaine, le jeudi, chez elle, puisque Jérôme, retraité et veuf, s'était avéré incapable d'assurer correctement le cérémonial du thé auquel Marie-Laure tenait tant.

Quand il arriva, ce jeudi-là, il trouva Marie-Laure, alerte septuagénaire, occupée à épousseter sa collection de petites boîtes en métal. Elle ne possédait pas grand-chose de valeur, mais tenait plus que tout à ses deux cent cinquante boîtes publicitaires (au dernier recensement) qu'elle avait trouvées, le plus souvent dans des vide-greniers. Elles ne valaient pour la plupart que quelques euros. Pour lui plaire, il fallait qu'elles soient anciennes et, au fil des ans, elle s'était spécialisée dans les plus petites.

Elle s'émerveillait devant l'une d'elles, rectangulaire, haute de quatre centimètres, sur laquelle on voyait une petite fille aux nattes brunes, de dos, écrire sur un mur « Cacao Meunier », mais d'autres la ravissaient. Comme, par exemple, une minuscule boîte illustrée d'un dromadaire où on pouvait lire « Cachou Le Nil ». Celle-ci lui venait de sa grand-mère qui y avait conservé la première dent que son fils avait perdue. Une autre annonçait des « Grains de Vals » et, au dos, on pouvait lire « Prendre un ou deux grains au milieu du repas du soir, résultat demain matin ». Que de promesses pour des grains qui devaient être minuscules pour tenir dans un aussi petit contenant ! Elle possédait aussi plusieurs boîtes d'aiguilles en acier « La voix de son maître » sur lesquelles on voyait un chien blanc, assis devant un pavillon de phono. Mais elle chérissait également une boîte de pastilles à l'eau de Lourdes représentant une Bernadette au milieu de ses moutons sur un joli fond bleu et tant d'autres, toutes plus charmantes les unes que les autres.

Cependant, à l'arrivée de Jérôme, Marie-Laure lâcha son plumeau et, après avoir installé son invité dans un confortable fauteuil club qui avait beaucoup vécu, elle se dirigea vers la cuisine pour y préparer le thé.

En l'attendant, Jérôme s'approcha de la vitrine où son hôtesse enfermait ses trésors, mais qu'elle avait oublié de refermer. Il examina quelques boîtes et fut attiré par l'une d'elles. Ronde, elle ne devait pas faire plus de deux centimètres de diamètre. Sur un fond orange foncé, il parvint à lire « Poudre des harems » et, en dessous, non sans difficulté, il arriva à déchiffrer « Une pincée dans un liquide rend amoureux ». Intrigué, il se demanda s'il restait de la poudre dans la boîte et allait s'en assurer lorsque Marie-Laure revint avec des petits fours et le thé, qu'elle versa dans leurs tasses. Elle s'aperçut alors qu'elle avait oublié le sucre et retourna dans la cuisine le chercher.

Profitant de cet instant, Jérôme ouvrit la boîte, constata qu'il restait de la poudre, se prit à rêver, à se dire qu'après tout on ne risquait rien à essayer, que sa voisine ne lui était pas indifférente, que, seule, la peur de perdre son amitié l'avait retenu de se confier, et l'envie lui prit d'en mettre une pincée dans chacune de leurs tasses. Mais il n'eut pas le temps d'en verser dans celle de Marie-Laure qui revenait avec le sucrier. Il dissimula prestement la boîte dans sa poche et lança une conversation sur l'actualité. Ils étaient le plus souvent d'accord et avaient une passion commune pour critiquer toutes les nouveautés d'une société dont ils ne cessaient de déplorer la décadence.

Puis vint le moment de la dégustation du thé. Un peu ému, Jérôme porta le breuvage à sa bouche, et à peine en avait-il avalé une lampée qu'il fut pris d'un irrépressible éternuement suivi de plusieurs autres d'une violence hors du commun qui précipitèrent sa prothèse dentaire – qu'il n'avait que trop différé à faire recoller par sa dentiste – dans la tasse de Marie-Laure.

Cette dernière, interloquée et inquiète devant les éternuements de son ami qui n'avaient pas l'air de vouloir se calmer, comprit de quoi il retournait quand il lui tendit la boîte de poudre des harems tout en la suppliant d'appeler les pompiers.

— Mais enfin Jérôme, dit-elle, vous n'avez pas lu ce qui est écrit au dos de la boîte ? « Le diable farceur » ! C'est un fabricant de farces et attrapes. C'est très certainement de la poudre à éternuer, vous vous en remettrez. Et puis, ajouta-t-elle d'un air pincé en extrayant la prothèse de sa tasse de thé, permettez-moi de vous rendre cette chose, elle vous sera plus utile qu'à moi.
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Vyat de loin · il y a
Ses espoirs et sa prothèse dentaire se sont noyés dans une tasse de thé :-) Merci.
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Juliette Gallier · il y a
Merci pour toutes ces boîtes magiques ou non elles ont le mérite de réveiller des souvenirs. J'en ai pour ma part côtoyé quelques unes
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Daisy Reuse · il y a
Je viens de découvrir votre texte original et drôle que j'ai lu avec plaisir.
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Lange Rostre · il y a
Du coup, il a tout faut le Jêrome !..
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Bob Pollen · il y a
Content également d'avoir découvert votre texte.
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Randolph B. · il y a
Comment ai-je pu passer à côté de votre texte ? Le trop grand nombre, et je suis content que la recommandation m'ait incité à vous lire ! Vives félicitations ! A bientôt, Mary.
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Odile ANIZET-DERUSSY · il y a
Amusant et inattendu
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Ombrage lafanelle · il y a
Bravo pour la recommandation. J'adore ce texte très drôle où tel est pris qui croyait prendre
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Félicitations Mary !
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Jeanne · il y a
Une bien jolie collection de boites anciennes, infiniment précieuses aux yeux de sa propriétaire, qui nous font voyager dans le temps, sur les cinq continents.
Parmi elles une boite au nom exotique, au contenu mystérieux, un hypothétique filtre d’amour, prémices, promesses de mille et une nuits, qui se révèle être...
une poudre à éternuer. Un instant T délicieux, délicieusement désuet, un moment de détente autour d’une tasse tchin-tchin qui réserve bien des surprises,
un récit charmant empreint d’humour et puis de délicatesse. Un bouquet de cœurs et tous mes vœux Marie pour la suite des événements.

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J.M. Raynaud · il y a
dacodac Jeanne, mais moi j'aimerais bien vous lire lors du prochain concours. Promettez d'y participer !
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Jeanne · il y a
Vous aimeriez bien... soi-dit en passant un bien joli temps que ce conditionnel présent oui mais pour mille et une (bonnes ou mauvaises) raisons , je ne peux JM satisfaire à votre demande, exaucer votre souhait. À l’inverse :
Je promets… solennellement d’être et rester fidèle à ma promesse de ne plus concourir, tourner au manège désenchanté, me mirer au miroir des alouettes, de ne pas céder à la tentation, ne pas écouter le chant des sirènes, les trompettes de la renommée. Suivre le dicton empreint de sagesse et de bon sens : Qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de soi. :-)

En vertu de quoi je suis aux regrets de vous dire que je ne concours plus, j’écris toujours mais désormais j’évolue en roue libre, parallèlement je commente et/ou soutiens les textes d’auteurs concourants ou non et puis à mes heures perdues et retrouvées quand S. Éditions me laisse un peu de répit, je tente de reprendre l’écriture d’un roman... inachevé, réanimer mes personnages tombés aux oubliettes, lysés dans les abîmes de l’espace-temps. :-(

Confidence... j’avais commencé à écrire sur le thème de la boite, fort inspirant au demeurant (juste pour le plaisir de participer... en candidate libre) mais entre mille et une choses je n’ai pas eu le temps de finir, d’achever mon récit.
Mercis JM pour votre sollicitude, ce message qui me ravit, merci à Mary de nous avoir laissé emprunter sa page le temps d’un instant, un brin de causette. Belle fin de semaine… au soleil ou sous la pluie.

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