La porte... ou quand le psychopathe devient bourreau officiel

il y a
3 min
112
lectures
111
Qualifié

Bonjour. Qui suis-je? je pense que cela importe peu. J'espère seulement me dévoiler un peu plus au fur et à mesure de mes publications. C'est vous dire la difficulté pour moi de publie  [+]

Image de 2019
Image de Très très court
Il sait que s’il franchit cette porte, il ne pourra plus rebrousser chemin. Ce qu’il était avant, il devra le cacher, l’oublier, il ne devra pas en faire référence. C’est déjà ce qu’il fait puisqu’il ne parle à personne de son activité, de son hobby. Mais dans le cas présent, il y aurait aussi un conflit d’intérêt. On ne peut pas travailler à son compte et travailler pour l’Etat. Sans être juge et partie, on ne peut pas travailler pour soi-même et pour la concurrence en même temps. Être postier et être chauffeur livreur pour UPS, par exemple. Pour être plus précis dans le cas d’aujourd’hui, on ne peut pas être tueur psychopathe à son compte et être bourreau pour le ministère de la justice. Et Natas le sait. Il en a rêvé, il en a cauchemardé de ce poste. Ah ! pouvoir assouvir ses fantasmes au vu et au su de tous. Se révéler enfin. Pas complétement mais même un petit peu, quel soulagement. « Qu’est-ce que tu fais toi ce soir ? Moi, mais tu le sais bien voyons, je vais tuer quelqu’un, pardon je vais tuer un coupable. Je ne tue pas n'importe qui non plus, sic. » Enfin pouvoir se libérer par la parole. Mettre des mots sur des actes. Mais pas sur des pratiques. Le cheminement n’est pas le même entre l’honnête travail de l’artisan et celui du fonctionnaire. Même si le fonctionnaire est tout aussi honnête, son travail est plus encadré. Il y a moins de place à l’imprévu, à l’originalité, à la patte, la signature, à la reconnaissance de celui qui fait le geste. Le travail est haché, pardon le travail est mâché. Que ce soit Pierre, Aaron ou Ahmed, le protocole sera respecté, il n’y aura pas de fantaisie, pas de marque de fabrique. Celle là même qui fait que l’artisan est artisan. Qu’il est unique. Il sera se faire reconnaitre entre tous. Que ce soit par le choix du chalumeau ou de la pince, ou encore de la lame effilée ou large, avec ou sans dent. De la contention ou pas. Du peu de temps passé sur l’ouvrage, si le geste est pulsionnel, instinctif, intuitif, rapide. Ou au contraire, si celui-ci est plus dans la passion, dans l’art de la mise en scène où chaque détail a son importance et trouve sa place dans l’œuvre.
Natas sait qu’il ne pourra plus consacrer tout son temps à son art. Qu’il ne pourra pas offrir toutes ses années de recherches, mettre à profit tout son savoir et toutes ses compétences pour son nouveau job. Il devra respecter les règles, se soumettre ! Ah, quel terme vilain, inapproprié pour ce dominateur, ce prédateur qui a mis tant de personne à terre. Qui en a tant souillé, tant humilié. Là, rien ! même pas une petite mesquinerie, un croque en jambe pour déstabiliser son adversaire. Adversaire, qui ne sera plus adversaire mais coupable avant d’être exécuté. Plus de jeu, plus d’adrénaline dépensée à savoir si la souris peut s’en sortir ou pas. Natas sait qu’il va devenir bourreau, un bourreau sans torture puisque les aveux ou les preuves auront déjà parlé. Un bourreau avec un échafaud et une corde. Un simple travail. Un acte qui devra être bien fait. Peu de préparation, peu de pénibilité. Un matériel simple à entretenir ; une corde et un mécanisme de trappe à huiler de temps à autre. Il devrait donc avoir encore du temps libre pour lui. Et s’adonner à sa passion. Assouvir ses fantasmes, gérer, et non régler ses pulsions internes. Reprendre la route en quête de gibier. L’avilir pour qu’il devienne son nouveau jouet du moment. Le torturer ; « Ah ! le torturer, quelle magnificence, quel terme tout de même. Et dire qu’en tant que bourreau je ne pourrai pas l’utiliser. Avouez que le monde est mal fait, mal articulé ! »
« Qu’importe, je vais franchir cette porte ! je ferai feu de tout bois. Si je dois être sur mes gardes encore plus qu’avant, soit ! je veux bien me l’imposer ! Mes RTT et mes vacances seront plaisir. Mon travail sera... mon travail. Je ne serai qu’un pantin, une marionnette. Mais sans être attaché, un peu de tenue tout de même. Le reste du temps sera à moi, il sera tout à la maîtrise de mon art. Et si vous me demandez pourquoi aller chercher du déplaisir alors que je peux avoir que du plaisir ? Pourquoi perdre du temps pour ces fadaises ? Je vous répondrai « double joie » ! oui, double joie, en écho à la double peine ! Car je veux susurrer à l’oreille de celui que je préparerai sur l’échafaud que je le crois. Je m’entends déjà lui dire : je ne peux pas t’absoudre du crime que tu n’as pas commis. Ce n’est pas mon rôle. Cependant je peux et je vais t’envoyer rejoindre celui que tu n’as pas connu. Mais que j’ai bien connu, moi, sur la toute fin de sa vie. Si tu le croises, dis-lui que je ne l’ai pas oublié. Tout comme je ne t’oublierai pas, jamais ! Et encore merci d’être ici, avec moi, à ma place !
Mais je jubile et je m’attarde. Je n’ai que le temps pourtant de passer cette porte et d’aller chercher mon diplôme qui fera de moi un honnête bourreau. Et de temps en temps un bourreau heureux. Heureux de pendre un innocent.
Heureusement que notre justice est longue et jonchée d’appel et de renvoie vers de nouvelle cour. J’ai ainsi pu postuler pour ce poste dès que j’ai su que l’assassin d’une de mes victimes avait été arrêté. Et bientôt ce sera grâce à moi que justice sera faite. Pour le coup, le monde est bien fait ! »
111

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,