La porte des histoires

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JCJR parce que ce sont mes initiales. Mon stylo court sur le papier,ayant parfois une vie propre et je ne sais pas toujours où il peut m'emmener...bonne lecture. Jean-Claude.  [+]

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Le visage noirci surmonté d’un chapeau, ils étaient décorés, déguisés, habillés d’un veston ou d’une redingote. Les pieds dans des bottines surmontées de collants. Les enfants du village rentrèrent dans cette ferme, noyée dans le brouillard. Un vieux monsieur les attendait des bonbons à la main.
– Tenez, leur dit-il, mais pas tout de suite, ils sont magiques. Vous devez attendre d’être rentrés chez vous.
Les enfants rigolèrent et firent des grimaces, les mangeant aussitôt avant de repartir. C’est alors, que dehors, le ciel s’obscurcit, les nuages se désintégrèrent dans une poudre blanche qui descendit sur terre dessiner une sorcière, montrant de son balai une porte magnifique.
– Venez les enfants, venez, je vais vous expliquer ce qu’il va se passer, dans cette nuit d’Halloween. Il existe un autre monde et qui n’est pas le nôtre, ni celui de l’au-delà. Un monde intermédiaire, qui n’appartient qu’à lui et ne vit que pour lui. C’est aujourd’hui la fête de Samain et si vous n’y prenez pas garde, vous pouvez réveiller cet univers et le faire passer dans notre temps. Attention, il s’agit de pouvoirs, que l’on ne contrôle pas, qui transforment les animaux et rend les gens méchants. Mais c’est aussi la porte des histoires et si vous la franchissez, vous viendrez les vivre avec les personnages. Vous allez pénétrer dans le livre de la vie, vécue de l’intérieur et en faire sortir ces histoires, qui n’attendent que çà. Allez voir Pinocchio, Peter Pan et la belle au bois dormant, où les possibles de l’imaginaire n’ont plus de limites. Il vous suffit d’oser aller ouvrir la porte et de suivre le chemin. Mais en êtes-vous capables ? Saurez-vous survivre dans ce monde parallèle, où se passent des choses extraordinaires ?
– Oui, répondirent tous les enfants en chœur !
– Alors, suivez-moi, je viens du livre de contes et je vais vous y emmener.
Elle sortit une clé et alla ouvrir la porte.
– Filez, les enfants, filez sur le chemin.
Et ils traversèrent tous, joyeuse ribambelle, enfin pour le moment...
Elle referma la porte, puis se désintégra.
Le chemin les mena au bord d’une forêt sombre éclairée par des lucioles. Ils croisèrent le petit chaperon rouge et se mirent à le suivre, discutant avec lui. Soudain surgit le loup en arrêt, la bave aux lèvres.
– Qui êtes-vous, leur dit-il, que faites-vous dans l’histoire et de quel droit venez-vous changer le scénario ?
Il était gigantesque et menaçant. Il leur courut après et en attrapa un par la jambe.
– Non, tu n’as pas le droit, ce n’est pas dans l’histoire, dit l’enfant !
– Apprends, mon petit, que c’est moi maintenant, qui l’écrit et il le dévora aux yeux des autres, qui s’éparpillèrent en criant.
Ils rencontrèrent la sorcière, qui leur avait ouvert la porte.
– Donnes-nous la clé pour sortir, dirent-ils
– Je vous avais prévenu, dit-elle, mais toi, prends la pomme et tu pourras sortir.
Il la prit, la croqua et fut pris dans des souffrances terribles, jusqu’à la mort.
– Je suis la sorcière de Blanche Neige, dit-elle en ricanant, faisant fuir tous les autres.
Ils traversèrent la forêt pour arriver au pied d’un mur, où filait une liane.
– Nous allons passer par là, dit l’un d’entre eux, et à force de monter, nous arriverons à sortir de ce monde par le haut, il doit bien y avoir un passage !
Ils montèrent le long de la liane, cela dura longtemps. Ils étaient épuisés jusqu’à ce qu’ils entendent les grognements du géant. Ils escaladaient le haricot magique. Certains redescendirent, d’autres ne bougèrent pas. Ils furent cueillis par une énorme main et mangés. Ceux, qui avaient continué vers le haut, se retrouvèrent coincés au bord du livre et ils se voyaient eux-mêmes en train de lire les histoires de l’autre côté. Ils firent beaucoup de bruit pour attirer l’attention et qu’on vienne les chercher. Mais plus rien n’était possible, ils n’étaient plus dans le même monde. Ils virent leurs mamans venir faire un câlin et prendre le livre. Ils essayèrent de s’accrocher aux doigts de la main, mais celle-ci partit, comme s’il n’y avait plus d’amour. Ils étaient abandonnés. Ils se mirent à pleurer sans discontinuer et sombrèrent dans la folie des enfants.
Ceux qui restaient partirent à la recherche d’une histoire, qui les ferait sortir et ils tombèrent sur petit ours, qui avait peur du noir. Ils vinrent le voir et essayèrent de le consoler, mais à trop se pencher, certains furent happés par le trou noir, basculèrent dans leurs peurs et furent ensevelis par leurs propres angoisses avec personne pour les consoler, abandonnés de tous, pendant que papa ours rigolait.
Ceux qui restaient essayèrent de s’endormir dans leur désespoir pour trouver un sommeil, qui ne viendrait pas. Il devait bien y avoir des histoires, où il n’y avait pas que des méchants. Ils partirent dans le livre de la jungle pour rencontrer Rama, le loup, qui avait accepté Mowgli et lui demandèrent, s’il pouvait les adopter. Rama montra les dents. Un petit d’homme, c’était déjà beaucoup de problèmes.Ils ne feraient jamais parti de la meute et il leur hurla de partir. Ils étaient rejetés et acceptés nulle part. Ils étaient perdus dans ce monde, qui n’était pas le leur.
Comment se fait-il, qu’il y ait des histoires, qui se terminent par : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. ». C’était donc faux et s’il n’y avait pas de gentils dans les livres, il ne risquait pas d’en avoir dans la réalité. Tout le monde était méchant, même le Père Noël. Les cadeaux ne devaient pas être vrais. Certains enfants se suicidèrent. Leurs parents ne les avaient jamais aimés.
Ils erraient dans les chemins du livre comme des âmes en peine, perdues à jamais. Ils n’avaient plus qu’à s’endormir pour ne jamais se réveiller. Au hasard de leur route, ils trouvèrent une porte, la poussèrent et virent sur un lit une petite fille toute pâle, terrorisée et possédée. Le diable sortit de son corps et leur demanda ce qu’ils faisaient là.
– On est perdus dans les histoires et on cherche la sortie, dirent-ils.
– Vous êtes ici dans un livre de grands, qui s’appelle l’exorciste. Il n’y a qu’une sortie. C’est la mienne et je vais vous damner.
Un seul en réchappa et il continua son chemin, ne croyant plus en rien. Pourquoi les grands lisaient-ils de tels livres ? Le monde était déjà bien assez horrible.
– Qui es-tu et que fais-tu ici, lui demanda une voix ?
– Et toi, tu es un méchant ?
– Réponds à ma question.
– Je cherche mon chemin dans ce livre.
– Mais tu es dans l’envers du décor et ce n’est pas ton monde. Ne sais-tu pas, qu’il y a des chemins à ne pas prendre et des portes à ne pas ouvrir ? Comme tu es le dernier, je vais te renvoyer chez toi, dans la réalité de l’amour de tes parents. C’est la seule chose, qui te guérira. Et apprends que certains domaines de ton imaginaire ne doivent jamais passer dans la réalité.
Et Merlin l’enchanteur, d’un coup de baguette magique renvoya cet enfant dans la chaleur de son lit pour qu’il y termine sa nuit.

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cendrine borragini-durant · il y a
J'ai adoré avoir peur. Bravo pour cette subtile réflexion sur les portes (à ouvrir...ou pas) de l'inconscient :-)
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Brandon Ngniaouo · il y a
Merveilleux votre texte. Quel agréable instant de plaisir. Bravo à vous. Vous-avez ma modeste voix.
Je vous prie de me soutenir en allant voter pour mon texte en compétition pour le prix des jeunes auteurs.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-chose-11
J'adoreraiségalement lire vos commentaires avisés qui m'aideront à me parfaire.

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N'guessan K. · il y a
Quel beau texte ! C'est merveilleux de vous lire. A cela, je vous invite à découvrir mon œuvre par ce lien et à donner vos impressions si possible un vote https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/confusion-15
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Norah L'Hirondelle · il y a
Génial et original, j'adore !!
Un super moment passé à vous lire =)
Mon vote
Je vous invite à me lire et à voter pour mon texte en finale des 11-14
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-cabane-5

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LES HISTOIRES DE RAC · il y a
Très original & plein d'allusions pertinentes. Et en plus, ça fait peur... Brrrr....
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Vallerie · il y a
ah! tuer les enfants, mais quelle horreur ;-) ; les contes de fées sont terrifiants, ils traitent souvent de dévoration, de meurtres et d'abandon, permettant d'aborder ainsi les thématiques classiques des jeunes enfants pour qu'elles soient traitées dans l'imaginaire, sublimées et donc supportées dans la réalité. et quand la réalité rencontre le conte, l'horreur survient.... j'ai apprécié la référence ux contes des adultes qui sont, pour le coup, horrifiques! bravo JC!!!
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jc jr · il y a
À lire, la psychanalyse des contes de fées de B. Bettelheim, qui montre très bien comment les enfant ont besoin de monstres et de méchants, pour asseoir leurs peurs.
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Laurent Lagarde · il y a
C'est original et haletant. Mais, comment s'appelle le dernier enfant ?
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Lililala · il y a
Le merveilleux jouxtant l'horreur qui fait merveilleusement frissonner ... J'aime beaucoup comment vous avez su manier tout ça ainsi que la morale et la chute !
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M. Iraje · il y a
Du fantastique bien à la page ☺☺☺ !
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Michèle Thibaudin · il y a
Bon moment de lecture, merci à vous.