La porte de la folie

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Nous sommes en 2040 et après des années d’études de médecine et une spécialisation en neurologie, me voilà médecin-chercheur dans un institut psychiatrique américain du Massachussets. Depuis mon arrivée, le travail ne manque pas... Je suis responsable « du quartier » des schizophrènes comme ils l’appellent ici. Le nombre de résidents dans ce ghetto de Varsovie nouvelle génération pour les patients souffrant de maladie mentale s’élève à 5 êtres. Des personnes aux profils et au passé très éclectiques mais qui pourtant sont parqués dans cet endroit si exigu. Il est ainsi commun et quotidien de voir des disputes éclatées, des cris entendus... Ils expriment divers intentions grâce aux différentes intonations utilisées. La colère, la peur, la tristesse, la possession notamment... Chaque jour le même rituel pour essayer de connaitre au mieux ces patients qui sont devenus mes cobayes. Cerner leur personnalité pour améliorer leur quotidien. Ou tout du moins essayer... Essayer également de se mettre à leur place, de se frayer un chemin dans leur pensée pour en comprendre le fonctionnement et trouver des remèdes adéquates... Mais grâce aux avancées technologiques des dernières années, l’Homme a pu développer des techniques révolutionnaires qui nous permettent de connaitre les facettes les plus reculées de la machine humaine et surtout de son noyau moteur si complexe. L’une d’elle, nous en faisons l’acquisition, en ce jour d’automne. Ce matin-là, je me rends dès l’aube au centre, empreint d’une énergie nouvelle et emplie d’une excitation inhabituelle. Bien que mon métier me passionne, il y a des jours où cette ambiance calfeutrée, pesante et maladive devient obsédante. Ainsi un brin de nouveauté ne fait pas de mal. Avant de poursuivre ce récit, il me faut vous conter en quoi cette innovation risque de changer la face du monde à jamais... Ce qui est sûr c’est que celle-ci va changer la face de mon monde dans un premier temps et la vision de mon travail... Je vais pouvoir allier les résultats de mes recherches (qui m’ont provoqué tant de nuits blanches et de frustrations) avec un appareil inventé par un des plus grands érudits que cette terre est portée. Cette méthode si innovatrice couple des électrodes posées sur le crâne du sujet observé avec une puce plantée sous la peau du chercheur (ici, moi). De plus, je suis munie de lunettes 3D connectées à un ordinateur, le donneur d’ordres afin de me diriger dans les divers lobes du cerveau du patient, en observer ses forces et ses faiblesses et l’appréhender. Voici la description du matériel et des humains dont nous avons besoin pour réaliser cette expérience mais rentrons à présent dans le vif du sujet avec la mise en situation. Nous avons sélectionné un homme, Warren, âgé d’une quarantaine d’années. Il a été placé ici par sa femme il y a 10 ans environ. Warren était ouvrier dans une usine et Petula, son épouse, mère au foyer. Warren n’a jamais été d’une nature très expansive, très enjouée, très positive mais c’était une personne de confiance, calme, gentille, un poil dépressive les jours de pluie. Ce qui n’enlevait rien au fait que c’était un mari correct et un ami sur qui on peut compter. Jusqu’au jour où, un soir après avoir chercher les enfants à l’école, sur le chemin du retour, la voiture de Warren se trouva nez à nez avec un 38 tonnes. Le chauffeur du poids lourd c’était endormi et l’engin avait chassé sur la voie du père de famille. Résultat de l’accident : un des enfants, le cadet avait péri sous le choc, l’autre était lourdement handicapé mais en vie. Warren était contusionné mais conscient et en voyant l’ampleur des dégâts mais surtout la mort des êtres auxquels il tenait le plus au monde, il sortit de ses gonds et se mit dans une rage folle, il alla trouver le chauffard et lui assainit tellement de coups qu’il mourut sur le parpaing dans ses bras. Warren fut jugé pour la faute qu’il a commise et écopa de 10 ans de prison mais il fut libéré après 5 années passées derrière les barreaux pour bonne conduite. Depuis sa sortie, son état mental ne fit que s’aggraver... Il voyait dans ses rêves comme dans ses cauchemars son fils décédé, il était somnambule et durant ses crises croyait apercevoir le chauffard mort également donc il tapait dans tout ce qui pouvait se trouver sur son passage.... Il ignorait sa femme et son fils encore vivant... Il parlait tout seul... Buvait beaucoup... N’allait plus travailler... Se laisser aller complètement... Son âme et son esprit partaient à la dérive submergés par le chagrin et la démence... Il était malheureux d’avoir perdu son fils, malheureux d’avoir tuer de sang froid un homme même s’il a récolté ce qu’il a semé... Il l’avait sa vengeance mais ça ne lui ressemblait pas.... Malgré les médicaments, les thérapies cognitives et comportementales, Warren a tenté de se suicider en se faisant écraser par le tracteur de son père, agriculteur et c’est à ce moment précis que sa chère et tendre a décidé de l’envoyer en cure... Au commencement, ça na pas été pour lui une révélation, c’était comme un lion en cage... La nuit, à heure fixe, c’était un homme possédé par une telle souffrance et un tel dédoublement de personnalité qu’il me faisait peur mais j’ai appris à l’apprivoiser et aujourd’hui c’est un homme plus apaisé qui me fait face. C’est pour cela que c’est sur lui que c’est porté mon choix... Je ne cours aucun risque en entrant dans son subconscient... Car il faut savoir quand s’y frayant un chemin, on ne peut jamais en ressortir, emprisonné à jamais ou tuer.... On ne sait jamais vraiment ce qui peut y avoir dans le cerveau d’un homme en général et encore plus dans celui d’un homme en peine. Vient le moment tant attendu... Mon supérieur branche tout le système... Mon cœur bat la chamade... C’est la première fois que nous testons cet appareil et c’est moi qui suis le meneur.... Deux émotions s’entrechoquent en moi : la peur et l’excitation. Ça y’est, je me lance... Un dernier briefing avec Warren pour le réconforter, le rassurer et lui expliquer ce qu’il va advenir et hop je rentre dans son lobe frontal, lobe à l’origine d’un grand nombre de ses problèmes... Il y a des fils comme des toiles d’araignées entremêlées. Pire qu’une carte mère d’un micro-processeur... Beaucoup de couleurs sont présentes également mais il y a une dominante de rouge et de noir, couleur de la tristesse et de la passion... Ces mêmes sentiments qui se déchainent si ardemment en lui. A l’horizon, je peux distinguer du blanc et du bleu, quelques notes de paix et de pureté.... Notes qui notifient qu’un léger chemin a été parcouru.... Après avoir enjambé tous ces fils sans encombre, j’arrive à une première porte. Son lobe frontal en compte 2 alors que tout lobe n’en compte qu’une ... Je demande à mon supérieur ce que je dois faire... Après 5 minutes d’attente et sans réponse de sa part, je décide d’ouvrir cette porte car le temps m’est conté (nous avons en notre possession que 45 minutes maximum pour monopoliser le cerveau de nos « partenaires » par séance sinon il pourrait nous arriver le pire...). Cette porte semblable à une porte blindée ou coupe-feu est difficile pour moi, femme haute comme 3 pommes à empoigner.... Mais je m’y attèle et après quelques kicks bien placés, cette dernière cède sous mon acharnement.... La pièce est extrêmement sombre mais je distingue au fond un homme entouré d’une lumière rouge sang... Il se retourne... Son visage est tuméfié, immaculé de sang, ses vêtements sont déchirés, son regard est ampli de haine et d’esprit de vengeance, il tient à la main une barre de fer et de l’autre un cric de voiture.... Cet homme.... Cet homme... C’est le chauffard que Warren a tué et tous ce qu’il souhaite c’est le punir.... Et c’est ce dit chauffard que Warren essaie de combattre toutes les nuits durant... Il pousse un hurlement en me fonçant dessus et referme la porte...
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