La porte au fond du jardin

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AMICXJO prononcer amite-chiot Retraité, jeune (ou presque : couvée de 1950). Agnostique mais avec des idoles : Jacques Brel, Vincent de Paul et ses réincarnations : Henri Grouès, Madeleine  [+]

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Le jardin était entouré d’un mur en moellon. Je ne m’étais jamais préoccupé de ce mur, mais ce soir je cherchais en courant mon chien, qui avait entreprit, une nouvelle fois, de chasser Satan le chat noir de la voisine que mes enfants appelaient, sans respect pour son grand âge : ‘la sorcière’.
Le mur, ce soir, m’apparut bizarre. Je n’arrivais pas à définir ce qu’il avait de différent ce banal mur, envahi de lierre suceur de pierre, vampire des arbres. Le faisceau de ma lampe trouait la nuit sans lune.
— Fox au pied...
Mon chien s’appelle Fox ce qui ne dénote pas, de ma part une véritable originalité d’appeler ’Fox’ un fox terrier approximativement pur jus, pardon pur race ou presque.
Au détour d’un buisson la porte m’apparut. Je délirais sûrement : il n’y avait jamais eu de porte au fond du jardin. Et puis pour avoir une porte, il faut avoir une ouverture donc une porte pour en contrôler l’accès.
Je m’approchais : Il y avait vraiment une ouverture qui justifiait cette porte entrebâillée sur la noirceur de ce soir d’halloween. Sans doute une mauvaise blague de mes enfants. La veille, je leurs avais affirmé que les fantômes, sorcières, morts vivants et autres monstres n’existaient que dans les l’esprits des marchands de bonbons dans le but d’éponger les excédents de sucre. Et que les enfants, crédules, vidaient ce jour-là les bocaux à bonbons des honnêtes adultes. Je leurs avais aussi expliqué qu’à cause de la cupidité des vendeurs de sucre, les caries apportées par le poison qu’est le sucre, enrichissaient les dentistes démoniaques, armés de leur roulette infernale, qui riaient de torturer les enfants.
La porte entr’ouverte m’effrayait mais mon chien devait l’avoir franchie pour poursuivre Satan.
— Fox... Fox au pied.
Je tentais de réfléchir, cette porte n’était que l’objet de mon imagination. Et puis il y avait ce concours d’écriture débile que venait de lancer short édition sur une histoire de porte, que je n’avais pas eu envie d’écrire en moins de 6 heures. Cette porte était diabolique, elle se vengeait de mon mépris en se mettant à exister. Je criais :
— VADE RETRO PORDEGO (tire-toi porte du diable, note du traducteur de néo-latin)
Rien ne se produit, j’alternais des :
— FOX AU PIED. Et des — VADE RETRO PORDEGO tonitruants.
J’allais partir en courant et abandonnant ma pudeur et la virilité qui va avec, appeler ma femme au secours.
Non, je devais faire face. Je n’avais jamais fait attention à cette porte probablement dissimulée sous le lierre, voilà tout ! Soudain j’entendis mon chien dans un grognement qui se terminait en gémissement, derrière la porte.
— j’arrive Fox, ‘pas bouger’.
J’avançais, mort de trouille. J’écartais la porte d’un coup de talon vigoureux.
Mon chien se débattait dans une monumentale toile d’araignée. Une gigantesque araignée s’approchait pour injecter ses sucs digestifs pour digérer mon pauvre Fox, vivant, de l’intérieur, puis se délecter de l’infâme bouillie et réduire mon fidèle chien à l’état d’une vielle peau fripé et vide. L’araignée avait une tête de chat : celle de Satan. Je ramassais une grosse pierre pour écraser l’horrible bête. Je levais mon bras. Mon chien me regardait, les yeux pleins d’espoir et de peurs, moi son seul espoir.
Mon bras allait s’abattre. Derrière la toile apparut la voisine : C’était bien une sorcière avec son chapeau pointu, ses dents jaune, noire et marron, son nez crochu. Elle brandit son balai qui frappant mon bras me fit lâcher ma pierre vengeresse. Je me ressaisis, je tirais Fox aussi fort que je pus. La toile céda. Je cramponnais mon chien. Un squelette hideux armée d’une faucheuse apparut. La sorcière se mit à rire. Une terreur incoercible s’empara de moi, mon chien hurla à la mort, J’étais paralysé, c’était fini... La faucheuse levée haut allait opérer une séparation de mon corps et de ma tête. L’horreur était là...
J’allais sombrer dans la folie quand je sentis de petites mains me tirer en arrière très fort. D’autres repoussèrent la porte quand, moi et le chien que je serais dans mes bras, furent en sécurité du bon côté du jardin. Mes enfants. Les braves petits venaient de nous sauver... Je posais le chien au sol. Je me retournais pour embrasser mes enfants... Ils avaient disparu...
Je courrais à la maison.
— tu es tout pale, me dit ma femme en riant, on dirait que tu viens de rencontrer une sorcière.
— les enfants ?
— ils dorment depuis un moment, allez viens te coucher.
J’allais voir dans les chambres : ils dormaient...
Je rejoignis mon épouse, j’étais hébété...
— la porte du jardin ?
— quoi la porte du jardin, il n’y a pas de porte dans le jardin, il n’y a jamais eu de porte dans le jardin, viens te coucher.
— j’arrive.
Je mis mon pyjama et avant de rejoindre le lit conjugal, j’allais caresser mon chien roulé en boule dans son panier.
— Fox dis moi que je n’ai pas rêvé...
Il leva son museau froid :
— Il n’y a jamais eu de porte dans le fond du jardin...
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