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La porte

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P.A.J

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Assise sur son lit en tailleur, éclairée par la lueur d'une bougie, Zora parcours les quelques pages d'un très ancien grimoire. Presque toutes les pages sont déchirées et les textes ainsi que les images sont pratiquement effacés mais elle en distingue malgré tout quelque détails. Sur toutes ces pages, sont décrits des endroits qui n'existent désormais plus. Des immenses océans s'étendant à perte de vue, aux impénétrables forêts profondes et grouillantes de vie, tout n'est plus que légende et autre histoire depuis que l'atmosphère hostile à pousser les hommes à vivre sous terre.
Zora se lève de son lit et marche le long d'un étroit couloir vers la cuisine afin de se servir de l'eau. La bougie à la main, les ténèbres devant elle s'écartent au rythme des danses de la flamme jusqu'à faire apparaître une immense porte en fer forgé. Zora sursaute et s'arrête la main sur le coeur.
La porte surgissant de nulle part semble démesurément grande par rapport à la taille du couloir. Zora s'approche à pas de loup et lève la bougie afin d'en observer les traits.
Les gravures qui couvrent sa surface sont d'une immense qualité. La majorité des inscriptions semblent être une écriture indéchiffrable et le reste représente une succession personnages qui entoure une porte qui ressemble justement à celle qui se tient devant elle.
En baissant le regard vers la serrure, Zora remarque qu'une clé, en fer forgée en forme de feuille, y est insérée. Hésitante, la jeune fille approche ses doigts de la clé. Elle s'arrête avant de la toucher. Elle la regarde à nouveau, songeuse, et la saisit enfin. Avant même qu'elle n'ait pu la tourner, la clé se casse dans la serrure, la feuille lui restant ainsi dans la main.
Dans un immense craquement, la porte bouge. Zora, figée, la regarde s'ouvrir en retenant son souffle. L'immense bloc à double battants s'ouvre lentement, libérant un vent frais qui s'engouffre dans le couloir, enveloppant la jeune fille dans une étreinte d'une extrême douceur. La bougie est soufflée et les ténèbres ainsi revenus laissent glisser sur les murs une lumière de plus en plus vive. Zora se jette sur la porte et la referme brutalement. Elle suffoque et tremble de tout son long. Elle tente de remettre la clé à sa place mais n'y parvient pas. Le morceau cassé l'empêche de l'insérer. Elle s'adosse à la porte les yeux pleinement ouvert, le cœur tentant de s'échapper de sa poitrine. Elle se calme petit à petit et se redresse. En libérant ainsi les battants, ceux-ci se ré-ouvrent lentement. La fillette les referme une fois de plus, mais cette fois la porte résiste. Malgré ses efforts, celle-ci s'ouvre et inonde une nouvelle fois le couloir de lumière. Zora tombe aux pieds de la porte et recule. La lumière remonte jusqu'à elle jusqu'à venir lui lécher les pieds alors qu'elle se couvre le visage pour se protéger de cet éclat.
Puis le silence revient. Sa peau est caressée par un filet d'air léger qui étrangement l'apaise. Son souffle ralentit et son cœur se calme jusqu'à redevenir totalement muet.
Zora baisse sa main lentement et expose ses yeux à cette lueur vive qui parvient jusqu'à elle. Elle commence à distinguer des formes, des couleurs. Trop de couleurs se fait-elle d'ailleurs remarquer. Elle regarde ses pieds qui sont baignés par la lumière. La sensation est agréablement chaude. Elle se lève enfin et se dresse. Elle regarde enfin devant elle et voit l'incroyable. L'ancien grimoire qu'elle parcourt depuis des années prend vie à cet instant devant ses yeux émerveillés. Une forêt se prolonge derrière cette porte et elle semble interminable.
Zora avance de quelques pas. La lumière grimpe sur elle à mesure de son avancée et semble embrasser chaque centimètre de sa peau avec la même chaleur. Elle finit par s'arrêter sur le seuil de la porte totalement baignée de lumière. Elle lève le menton et expose son visage à celle-ci. Son visage est habillé d'un large sourire alors qu'elle regarde pour la première fois un ciel bleu au-dessus d'elle. Des nuages passent tranquillement, semblant glisser au-dessus de la forêt. Elle baisse cette fois les yeux vers le sol et pose son pied nu sur l'herbe. La moindre brindille vient lui chatouiller la plante du pied et glisser entre ses orteils. Elle traverse complètement la porte et marche sur plusieurs mètres. Tout ce qui l'entoure semble respirer, se mouvoir, vivre. Elle continue de marcher, en se laissant combler par cette vague de sensations nouvelles quand elle finit par se réveiller. Elle se retrouve assise en tailleur sur son lit, le grimoire posé sur les cuisses. Elle regarde autour d'elle et semble désorientée. Sa chambre ne lui offre de nouveau que l'obscurité partiellement brisée par la flamme d'une bougie. Elle se lève d'un trait et fonce vers la porte de sa chambre. Quand elle l'ouvre, elle retrouve avec une pointe de déception son habituel couloir débouchant vers la pièce de vie. Elle soupire, se frotte les yeux et retourne vers son lit. Elle regarde le grimoire ouvert et remarque la page exposée. Une forêt riche et verdoyante y est représentée. Elle s'assoit sur le bord du lit, se masse les tempes et attrape le grimoire. En le saisissant, elle entend un le tintement d'un objet frappant le sol. Elle attrape la bougie, et se penche sous le lit et aperçoit un petit objet métallique. Elle le saisit et se lève lentement, les yeux écarquillés. Au creux de sa main, elle tient la clé cassée en forme de feuille. Elle se retrouve figée au milieu de la pièce le regard plongé vers l'objet. Zora peine à rassembler ses idées plus perturbées que jamais. Elle se laisse tomber sur le lit. Son regard se tourne alors vers le grimoire toujours ouvert. Elle s'en saisit et le pose sur ses cuisses. Son regard bascule entre la page et la clé dans sa paume. C'est alors que du couloir se fait entendre un nouveau grincement. La porte partiellement ouverte de sa chambre laisse apparaître une lueur, faisant naître sur le visage de Zora un nouveau sourire.

PRIX

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Keith Simmonds · il y a
Jolie histoire pleine de poésie! Un grand bravo! Mes votes et bonne chance! Merci de passer lire et soutenir “Coques de Noisettes” qui est en FINALE: http://short-edition.com/oeuvre/poetik/coques-de-noisettes
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Arlo · il y a
L'exploration du rêve. Bravo. Très bien écrit et agréable dans sa lecture. Vous avez les cinq points d'Arlo qui vous invite à découvrir son TTC "le petit voyeur explorateur" ainsi que son poème "découverte de l'immensité" dans la matinale en cavale. Bon après midi à vous..
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Rostaim Yavari · il y a
Derrière la porte c'est le Monde perdu des hommes ? Le dehors finalement ?
Récit asphyxiant (super intense, j'adore) et mystérieux, c'est le premier de ce genre que je lis dans les œuvres de la Matinale. Mes votes et bonne chance !

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Kryss99 · il y a
Bonne chance !
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P.A.J · il y a
Merci beaucoup
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CoraL · il y a
J'ai aimé cette histoire, on aimerait connaître la suite :-) Mon vote!
J'ai une petite poésie gourmande en compétition si le coeur vous en dit : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/l-explorateur-de-gourmandises-1
ainsi qu'un texte fantastique autour de Noël, hors compet juste pour le fun : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/un-noel-en-mer
Bonne continuation! :-)

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P.A.J · il y a
Bonjour merci de ce retour. La suite viendra un jour...qui sait ^^
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Philshycat · il y a
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Mathilde Towii · il y a
Très poétique et onirique, on reconnait bien là le style PAJ !^^
Je regrette un peu que Zora soit "une fillette", cette notion d'âge apparaît assez tard, ça m'a surprise et faite sortir un peu de l'ambiance en m'obligeant à ajuster mon image mentale.

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P.A.J · il y a
Merci pour ce retour. ^^