La Photo de la séparation

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LA PHOTO DE LA SEPARATION

Je me souviens très bien de ce cliché en noir et blanc. Comment pourrait-il en être autrement.
Je venais de m’installer dans le wagon vide et froid du train qui devait me conduire à mon régiment. J’avais fait des adieux un peu brusques à celle qui deviendrait ma femme, dans un an, au terme de ce foutu service militaire. J’avais écourté les effusions pour ne pas craquer devant elle, et je l’avais presque chassée en lui disant : « Rentre vite, je t’écrirai en arrivant à la caserne ; prends soin de toi ; je t’aime.... », je ne sais plus très bien. Et j’avais retenu mes larmes en jetant ma valise, mâchoires serrées, au-dessus de ma tête, avant de m’affaler sur la banquette en mauvais plastique vert, sans même jeter un regard sur le quai. Honteux, déjà, de cette séparation à la va-vite....
Il était cinq heures du matin ; une pluie glaçante ruisselait sur les vitres épaisses de la voiture 13. Déjà plongé dans mon chagrin de partir si longtemps sans elle, je ne la vis pas revenir en douce pour me prendre en photo, et arracher ce dernier instant. Il me semble aujourd’hui que les gouttes de pluie sur la fenêtre du wagon, ce sont ses larmes lorsqu’elle a fait ce portrait de moi à mon insu. Je devais attendre ma première permission, au mieux pour Noël, avant de la revoir.
Quelques heures seulement après mon arrivée à la caserne, je me vis convoqué par le colonel qui commandait le 4e Régiment du Génie. Il venait de recevoir un télégramme de mes parents m’annonçant que ma promise avait eu un grave accident en rentrant de la gare ; sous cette maudite pluie verglaçante et la vue probablement troublée par ses propres sanglots, m’étais-je dis aussitôt. Qu’il fallait que je rentre d’urgence, si l’on voulait bien m’y autoriser.
Cette photo de moi, elle n’a jamais vue développée. Elle était morte pendant son transfert à l’hôpital, ce que mes parents n’avaient pas eu le courage de me dire dans leur télégramme. Ce sinistre portrait de moi est désormais ma croix. Il m’est un reproche permanent de ne pas lui avoir dit au-revoir plus longuement. C’est la trace cruelle du dernier jour de mon bonheur, du dernier jour de ma foi aveugle en l’avenir et en la vie, et c’est aussi le dernier regard amoureux qu’elle ait porté sur moi.
Comment pourrais-je m’en séparer, c’est la dernière chose précieuse que je garde d’elle avec les si beaux portraits d’elle, lorsqu’elle me souriait tendrement.

A paraître, comme il se doit, en Roman de gare...

Retranscrit le 19.12.2016, Publié le 5.03.2018
Claude d’Aix
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