La photo de classe

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J'aime la solitude qui permet le rêve et l'évasion, les rencontres qui font grandir, la vie qui chaque jour me surprend. J'écris aussi parfois  [+]

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Demain, c’est les vacances !

Mademoiselle Berthon, la jeune et sémillante institutrice a bien du mal à canaliser les quelques trente têtes blondes de sa classe pour la photo de fin d’année.

Elle en compte et recompte vingt-neuf, jamais les mêmes, il en manque toujours un.

Comment motiver ces petits de six ans à graver pour l’éternité leur image sur le papier ?

Sans parler de ce drôle de monsieur qui répète à l’envi : « A mon signal les enfants, dites ouistiti ! » Mais comme ils sont tous excités comme des puces, il s’énerve…

Malgré son jeune âge, Melle Berthon a plus d’un tour dans son sac. Elle a soudain une idée.

— Venez les enfants, écoutez-moi. Quand vous serez grands, vous serez contents de voir vos copains sur la photo et d’imaginer ce qu’ils sont devenus.

Les enfants écarquillent les yeux, ils n’avaient jamais pensé que leurs camarades seraient un jour des adultes. Comme leurs parents, des personnes âgées ! Ils vivent dans l’instant. Avec de graves préoccupations. Billes et poupées. Gaufres et beignets. Bobos et dents de lait.

— Vous direz en regardant la photo : là c’est Théo, il est docteur, tout en vous souvenant du jour où il a emmené Amélie à l’infirmerie. Justement là c’est Amélie, elle est avocate, elle venait toujours en aide aux petits de la maternelle ; et là Fabien, sûrement footballeur…

Les enfants hochent la tête en signe d’acquiescement. Ils se souviennent de cette récréation où leur ami a cassé le carreau du directeur en envoyant le ballon un peu fort. Ça avait fait du grabuge.

Amélie lève le doigt.

— S’il vous plaît, maîtresse, c’est quoi avocate ?

Melle Berthon explique gentiment, la défense des plus faibles, la robe noire et le jabot blanc.

— Comme une pie ?

— Oui Amélie, comme une pie.

L’institutrice ajoute :

— Et puis vous direz : là c’est Romain avec Léa, ils sont certainement mariés…

Les petits pouffent de rire en se tortillant tandis que les deux inséparables rosissent de plaisir et de confusion.

— Oh les amoureux…, reprend toute la classe.

Soudain une petite voix cristalline s’élève dans l’air léger de ce mois de juin. C’est Arthur, un blondinet aux yeux bleus, le visage d’un ange ciselé sur une enluminure.

— On dira aussi : et là c’est la maîtresse, Melle Berthon, mais elle est morte…

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