La petite robe noire de Noël

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Noël approche à grands pas. Quel cliché ! Louise entonne le refrain : Ho, Ho, Ho fait le Père Noël à la télé, gentil bonhomme joufflu au sourire accrocheur. Tout le monde s’aime à Noël.
La petite robe noire de Guerlain crisse all over Louise. Les yeux noirs et noircis d’Yves Saint Laurent-Paris la terrifient et les lèvres entrouvertes de l’égérie de Dior 2019 la repoussent un peu : elle ne peut pas fermer la bouche quand elle parle ? Paco Rabanne lui promet toujours des millions mais cette année, il ne la déshabille pas en un claquement de doigts: pourquoi mettre une petite robe pour ça, quelle que soit la couleur ?
La petite robe de Louise est noire, elle est veuve. Elle l’a rangée dans le placard et elle n’en sortira que si la porte d’entrée s’ouvre sur ses invités.
Dans la cuisine, Louise s’essuie les mains sur son tablier puis éteint la télé en passant à côté. Les clochettes et les tintinnabulements l’assomment à vrai dire. Dommage pour Rudolph, elle aime bien les animaux. Elle voudrait bien l’inviter, lui aussi, elle garderait du pain rassis.
La grève des trains ne lui ramènera peut-être pas ses enfants. Pourvu qu’elle ne s’éternise pas.
Louise regarde les gamins qui jouent dans la cour de l’immeuble. Comment se peut-il que d’autres enfants naissent après les siens ? La vie ne s’arrête pas pour tout le monde. Louise sort les cartons remplis de guirlandes et de boules multicolores. Elle trie celles qui sont cassées. Elle achètera un sapin – plus petit cette année –, qui trônera au milieu du salon, comme avant. La neige ne tombera pas. Réchauffement climatique, disent-ils aux informations de 20 heures.
Louise ne se souvient pas du dernier Noël blanc qu’elle a passé, ici ou ailleurs, seule ou pas. Par l’autre fenêtre, elle voit les gens qui s’affairent dehors. Les rues sont pleines de consommateurs pressés. Les cadeaux s’amoncellent mais il en manque toujours un, vite, dépêchons ! Tout doit être parfait.
Le clochard avec son carton déplié et graisseux cherche la bouche de métro, la porte cochère ou l’abri d’un pont. La concurrence est rude pour le couchage et la pitance : il y a les collectes dans les hypermarchés, les timbales rouges devant les grands magasins, les passants n’en peuvent plus de sortir la main de leur poche. Le cœur y est pourtant, c’est pour lui tout ça !
Louise rallume la télé pour ne pas rater la romance de Noël qui va commencer : comment s’appelle-t-elle déjà ? Un Fiancé pour Noël ou Le Miracle de Noël ? Elle ne sait plus, elle a oublié. Peu importe, l’histoire finit bien. C’est Noël.
Ensuite, elle ira au centre commercial respirer les odeurs du dehors, les parfums des gens bien habillés et les effluves qui s’exhalent des magasins de cosmétiques. La magie de Noël opérera et elle se sentira belle, comme eux.
Mais un caddie la bouscule et ne s’excuse pas. Elle sort brutalement de son rêve, elle gêne, elle ne voit pas que les gens ont autre chose à faire ? Leur chariot déborde de victuailles. Louise tire son cabas de ménagère. Elle ne l’a pas rempli. Les enfants viendront-ils ? Il faut acheter saumon fumé, dinde farcie et truffes au chocolat. Mais s’ils ne viennent pas ? Elle en aura une crise de foie.
La musique semble se répéter, Louise est restée trop longtemps au supermarché, ça doit tourner en boucle. Elle s’en va.
La petite robe noire pend dans le placard, elle est défraîchie. Tout le monde aime Noël.
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