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La petite fille qui voulait se transformer en fleur

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Gerardp

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Ses parents étaient très fiers du prénom qu’ils lui avaient donné. Eux qui étaient proches de la nature avaient nommé leur fille Fleur. Ils étaient sûrs qu’elle serait belle, fraiche, épanouie, naturelle.
En fait, elle grandit prématurément telle un champignon. Sa large tête domina rapidement le reste de son corps étonnamment long. Et cette tête était couronnée de deux oreilles imposantes qui formaient une sorte d’auréole étrange au sommet de son crâne.
A l’école, les moqueries ne tardèrent pas. « Alors Fleur ! Tu devrais plutôt t’appeler Chou-fleur » ou « Dis donc, t’es encore fanée ce matin » et aussi « Salut grande tige. T’as perdu tes pétales ou quoi ? »
Elle ne supportait plus son prénom. Elle demanda à ses parents d’en changer. Ils furent horrifiés ; c’est le plus beau prénom qui soit.
Alors, elle entreprit de se transformer en fleur. Dans le jardin, elle se décorait de toutes sortes de pétales. Parfois, elle les collait sur ses vêtements. Un jour, elle se mit toute nue à l’abri des regards et se couvrit le corps de pétales et d’étamines. Elle se réjouissait en se chauffant tranquillement au soleil quand tous les insectes des alentours se précipitèrent sur elle en la traitant de voleuse et la piquèrent sur toutes les parties du corps comme si elle avait une nouvelle fois la varicelle.
La nuit suivante, elle fut réveillée par la douleur de ses piqures alors qu’elle était en plein rêve. Des fleurs immenses l’accueillaient, elle pouvait se couvrir d’étamines et s’enduire de pollen à tel point qu’elle ne sentait plus le poids de son corps ; elle était si légère qu’elle s’inclinait au gré du vent comme une vraie plante.
Sa décision était prise. Elle s’enfuirait pour trouver ce champ de fleurs fantastiques. Elle disparaitrait de la maison aussi longtemps qu’elle ne pourrait pas y revenir sous forme de fleur. Elle se mit à battre la campagne. Toutes les fleurs qu’elle rencontrait étaient trop petites. Elle arriva alors près d’un énorme tournesol mais lorsqu’elle essaya d’entrer dans son calice, elle lui écrasa les étamines ; il protesta en la projetant à l’extérieur d’un grand coup de tige.
Elle commençait à désespérer. Elle n’avait plus beaucoup de forces. Au loin, elle aperçut un immense champ de coquelicots. Le choix était illimité. L’un d’eux dépassait sa taille. Ce fut lui qui se pencha pour la toucher. Il l’attira entre ses pétales de soie. En quelques secondes elle s’endormit sous l’effet d’une substance mystérieuse produite par le coquelicot.
Quand elle se réveilla, elle ne vit aucune lumière ; elle pensait être entourée de rouge mais il n’y avait que du noir. Elle avait été déposée dans le pistil du coquelicot long comme une gorge profonde. Ca y est, elle était devenue fleur. Mais elle se demanda comment faire pour voir le monde comme une fleur ? Elle s’adressa au coquelicot pour qu’il la laisse regarder dehors. Mais celui-ci n’avait pas l’intention de la laisser remonter jusqu’aux pétales, et encore moins de la libérer. Il se vantait déjà d’être le plus grand de la vallée et maintenant, il pouvait aussi se vanter d’être le plus gros. C’était lui le roi des coquelicots.
Fleur se sentait descendre dangereusement dans le pistil sans pouvoir résister ; il y faisait une noirceur de charbon. Elle parvint à crier ; ses appels au secours résonnaient difficilement au-dehors et elle était à bout de souffle. Au bout d’un moment qui lui parut infini, elle entendit un bourdonnement au-dessus de sa tête. Les insectes qui l’avaient autrefois piquée dans son jardin s’efforçaient de la tirer par ses cheveux et par ses deux larges oreilles qui la maintenait encore en haut de la tige.
Après de gigantesques efforts des abeilles, des bourdons, des guêpes, et malgré la résistance du coquelicot qui n’arrêtait pas de s’agiter, le visage de Fleur émergea au-dessus du calice ; le regard encombré de pollen poudreux, elle put tout de même admirer l’immense nappe rouge de coquelicots qui s’étendait devant elle et s’imaginer qu’elle en était un minuscule fil. Elle resta ainsi jusqu’au soleil couchant.
Puis, le roi des coquelicots, redevenu alors plus modeste, ayant lui aussi réalisé son rêve, se courba délicatement pour que Fleur puisse se poser au sol et reprenne le chemin de sa maison. Elle prit bien garde de ne pas laisser tomber en route tout ce qui rappelait sa courte vie de coquelicot.
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