La petite entourloupe de Joséphine Couderchou

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Image de Automne 2018
Joséphine Couderchou était un brin de fille plutôt dégingandée, grande et au nez crochu, comme on en voit dans les foires de villages. Pourtant ne vous y trompez pas, elle résidait en ville, à Angoulême, dans une maison avec trois chambres. Elle y vivait seule mais disposait d’un grand dressing qui lui donnait l’impression d’héberger plusieurs amies. Les amies, elle en avait, ne vous inquiétez pas pour elle. A commencer par Marie-Jeanne, qu’elle connaissait depuis la maternelle, et qui l’invitait régulièrement à passer des soirées dans son duplex ou des week-end dans sa chaumière à la campagne, près de Confolens. Marie-Jeanne, mariée à Marc, avait une riche vie sociale et entendait bien que Joséphine goutât un jour à ces bons plaisirs.
Plusieurs fois par mois, Joséphine était donc attendue chez Marie-Jeanne et Marc, qui lui présentaient des célibataires, souvent dentistes ou radiologues, rarement les deux à la fois. Joséphine était aussi l’amie de Cassandra, rencontrée à un cours de yoga, une bourgeoise assez sympathique qui aimait recevoir mais ne supportait pas que ses convives fussent un nombre impair ; une histoire de table rectangulaire. Joséphine était donc régulièrement sollicitée pour jouer les bouche-trous. Elle ne s’en formalisait pas car les invités de Cassandra étaient souvent d’une compagnie fort agréable, en tous cas pour des intellectuels angoumoisins. Sans compter que Cassandra se servait chez le meilleur boucher de la ville (rue Pasteur, faut-il le préciser ?) et s’y connaissait en pâtisserie (son pithiviers à la crème de cacahuètes vous rendait boulimique).
Les soirs où elle n’était invitée ni chez Marie-Jeanne ni chez Cassandra, Joséphine devait bien s’occuper, si possible à autre chose que repasser les nombreuses tenues de son grand dressing. Heureusement, elle s’était trouvé une passion : les jeux de hasard. Elles savaient déjà les biens superbes qu’elle s’achèterait en cas de gains faramineux. Des propriétés luxueuses au bord du lac d’Annecy avaient sa préférence, Joséphine s’y rendrait en jet privé car cinq ou six heures d’autoroute, non merci.
Un samedi où Joséphine avait simplement prévu de mettre à jour son livre de comptes répertoriant ses gains et ses pertes, Cassandra l’appela fort inquiète, même si c’était totalement exagéré : ils allaient être cinq à table, c’était le drame, Joséphine devait absolument venir jouer les bouche-trous. La bonne amie accepta, et se retrouva chez Cassandra, assise en face d’un ancien conseiller départemental, chauve et membre d’un parti politique tout à fait ridicule. Pour compléter la fine équipe, Cassandra et son mari Hector avaient invité un couple mal assorti, Aude et Pierre, qui se présentèrent d’emblée à Joséphine comme étant des gens modernes et libérés, non sans lui faire conjointement un clin d’œil tout à fait explicite. Joséphine était ouverte aux nouvelles expériences, mais quand même peu habituées à elles ; la transpiration la gagnait. Aude et Pierre monopolisèrent l’attention de l’assistance pendant tout le repas, il faut dire que sans aucune gêne ces libertins révélèrent une situation peu commune : ils étaient l’un et l’autre maîtresse et amant d’une même femme mariée, dont ils ne révélèrent cependant pas l’identité.
Angoulême est une petite ville, et sans dire que ses habitants sont tous consanguins, on peut concéder que tout angoumoisin peut trouver dans son arbre généalogique un lointain aïeul s’avérant être le cousin du voisin d’en face. Dans le cas précis, Joséphine comprit au vu de certains détails que la femme mariée que se partageaient Aude et Pierre n’était autre que Marie-Jeanne. Ce n’était pas à proprement parler un choc, mais quand même une sacrée surprise, digne d’une émission de Jean-Pierre Foucault. Joséphine allait regarder son amie d’enfance autrement.
Une semaine plus tard, Marie-Jeanne invitait justement Joséphine à un barbecue amélioré, avec dans l’idée de la caser avec un pilote de chasse fraîchement divorcé. Ce soir-là, Marie-Jeanne en fit beaucoup, vantant à son amie les qualités athlétiques du pilote célibataire, avec des sous-entendus aussi gras que la ventrèche servie lors du repas. Un peu excédée par ces manœuvres grossières, Joséphine indiqua sans ménagement à Marie-Jeanne que puisqu’elle paraissait si intéressée, elle n’avait qu’à se proposer elle-même pour réchauffer le corps musclé du beau pilote. La fin de la soirée barbecue fut glaciale, ça tombait bien il faisait très chaud.
Le lendemain, Marie-Jeanne et Joséphine se téléphonèrent pour mettre les choses à plat et rafistoler leur amitié. La discussion s’avéra aigre et électrique. Marie-Jeanne évoqua le nez disgracieux de Joséphine qui, emportée dans son élan, finit par avouer à son amie qu’elle savait pour son amant Pierre, et qu’elle l’avait même déjà rencontré. Marie-Jeanne en resta muette, enfin pas longtemps car très vite elle supplia Joséphine de ne rien dire à Marc. Celle-ci accepta, car elle avait toujours eu beaucoup de sympathie pour l’époux de Marie-Jeanne. Elle décréta cependant qu’au vu de la situation, Marc méritait lui aussi de s’adonner aux plaisirs extra-conjugaux. Marie-Jeanne ne se vit pas contester le raisonnement. Il fut donc entendu que Joséphine présenterait à Marc une charmante jeune femme, dont elle venait justement de faire la connaissance.
Quelques jours plus tard, Joséphine organisait donc une tajine partie, où Marie-Jeanne et Marc furent invités, ainsi que la mystérieuse promise. Il s’agissait naturellement d’Aude, l’épouse de Pierre et amante de Marie-Jeanne. Cette dernière fut donc contrainte d’assister au rapprochement de son amante et de Marc, mais évidemment, elle ne pouvait rien dire...

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Joëlle Brethes · il y a
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