2
min

La petite Emilie

Image de Paulenta5

Paulenta5

28 lectures

5

Elle s'appelait Emilie, née dans un monde sauvage où les batailles faisaient ravages, son innocence était pris en otage par ces brutes sauvages qui semaient carnage dans tout le village. La petite Emilie allait en saut tenant son sceau vers le ruisseau, au moindre sursaut des branches que causait le vent, elle se cachait derrière un trousseau d'arbres qui semblaient l'épargner de l'assaut de ces lugubres ombres.
La vie ne lui avait fait de cadeaux, et c'est dès l'aurore que naissait son énergie. elle s'armait de houe et de son panier tissé en raphia pour se diriger vers les champs en chantant. La petite Emilie imbibait ses haillons de taches grotesques, elle dessinait les sillons dans la vallée humant la délicieuse odeur de la campagne. Jamais elle s'octroyait des pauses, elle gardait tout le temps sa position courbée happée par le travail. A l'approche du crépuscule, elle rassemblait les branches mortes des arbres pour en faire des fagots. La vie paisible qu'elle menait l'éloignait de tout regard envieux. D'une ténacité effroyable, elle s'évertuait ensuite aux taches ménagères avec un enthousiasme remarquable. Elle n'avait que pour compagnie son petit frère de quatre ans qu'elle couvait et chérissait, le reste de sa famille avait été décimée dans une embuscade nocturne qui lui avait valu cette solitude qu'elle traînait en elle. Son visage ne luisait jamais, c'était surement le souvenir atroce du décès des siens qui lui avait donné des rides à seulement dix-huit ans.
Sous sa hutte bricolée à la hâte, gisait une natte en raphia sur laquelle était étalé un pagne qu'elle jalousait car il lui avait été légué par sa maman. On remarquait aussi quelques calebasses ça et là, on voyait que la sobriété de cet habitat laissait définir la misère dans laquelle pataugeait cette petite dame. Tout au fond de la case se cachait un petit grenier improvisé dans lequel s'amassaient quelques kilos de mil, la vétusté de l'habitat ne la protégeait plus de la pluie. De l'intérieur on voyait des trous par lesquels laissait passer la lumière du jour, que de tristesse dans cette petite case qu'elle jalousait comme un œuf. Elle devenait inquiète à l'écoute du vent, car elle ne s'avait si celui-ci aura de la compassion pour la cachette qu'elle avait bâti de ses propres mains. Au moindre grondement de tonnerre elle plongeait sur son petit frère pour lui donner protection, c'était devenu la prunelle de ses yeux. Un enfant protégeant un autre enfant, comme la vie est cruelle!
Elle vivait dans un village où la peur décimait les habitants, ils vivaient sous la crainte d'une attaque, elle était présente car les échos des montagnes l'attestaient. Une rébellion s'était formée dans la vaste foret qui encerclait le petit village, ils ne s'avaient donc pas par où ces barbares allaient surgir. Il était donc interdit de se rendre seul au champs, chose qui déstabilisait la petite Emilie. Elle faisait remonter toutes les lugubres pensées en se demandant si elle et son petit frère seraient épargnés cette fois-ci. Elle ne fermait plus l’œil, son petit frère dans ses bras, elle le tenait contre sa poitrine, il criait, il avait faim. Le grenier se vidait et la famine s'installait, elle était contrainte de se rendre au champs pour assouvir la faim de son petit frère. Emilie s'était rendue avec crainte, son esprit était troublé par les humeurs funestes qui naissaient subitement sur le sentier qui menait jusqu'au champs. Elle tremblait, son regard affûté laissait dessiner son émoi, elle sentait une présence sinistre la lorgner. Elle avançait quand même, guettée par la faim, les larmes de son petit frère lui avaient convaincu de faire ce périple. De pas en pas elle avalait les derniers mètres, soudain un objet glaça son cou et une voix l'ordonna de s’arrêter. C'était un couteau rouillé, deux hommes se tinrent devant elle, épris de lâcheté il l’assomma d'une gifle qui résonna jusqu'aux alentours. Ils bandèrent ses yeux et s'enfoncèrent avec elle dans la foret.
Les heures se défilaient, la présence d'Emilie dans le village ne se résumait qu'à sa petite case devant laquelle jouait son petit frère. La nuit avait désormais corrompu le village, ils avaient alors compris qu'Emilie avait embrassé les bras du diable. Une vieille dame se précipita vers la case pour porter l'enfant qui ne faisait que crier le nom de sa sœur, elle ne répondait plus. Emilie, cette petite dame battante avait disparu, l'on ne sait si elle est encore parmi nous.

5

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Arlo
Arlo · il y a
Très joli texte ,émouvant qui nous raconte avec poésie la dureté d'une vie .Vous avez réalisé un beau et profond portrait de cette jeune fille . J'ai beaucoup aimé . Je vous invite ,si vous le souhaitez à découvrir A L'AIR DU TEMPS , mon poème en finale . Si vous aimez ,vous pouvez le soutenir en votant avant le 21 juin . Merci à vous .
·
Image de Lammari Hafida
Lammari Hafida · il y a
Tellement touchant,j'ai bien aimé +1 Je vous invite à lire et soutenir mon poème en finale http://short-edition.com/oeuvre/poetik/voyage-24 et merci!
·
Image de Paulenta5
Paulenta5 · il y a
merci, je vais aller y laisser un vote
·
Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Une tranche de vie bien émouvante et réaliste! Bravo! Mon vote!
Mon haïku, BAL POPULAIRE, est
en FINALE pour le Grand Prix Été 2016. Comme
il ne nous reste que 6 jours pour voter, je vous
invite à venir le lire et le soutenir si le cœur vous
en dit! Merci d’avance!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/bal-populaire

·
Image de Paulenta5
Paulenta5 · il y a
merci, j'ai déjà mis un vote sur "bal populaire", j'espère que mon vote vous portera chance.
·
Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Merci bien, Paulenta5!
·
Image de Lammari Hafida
Lammari Hafida · il y a
Une lecture captivante,bien mené et bien écrit,bravo! +1 Si le coeur vous en dit je vous invite à lire et soutenir mon poème en finale < Voyage > sur ma page et merci!
·
Image de Paulenta5
Paulenta5 · il y a
Merci beaucoup, je vais tout de suite laisser un vote à votre poème
·
Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
Merci d'avoir partagé ce texte touchant et réaliste. J'ai aimé aussi les premières lignes écrites comme des vers avec des rimes à l'intérieur des phrases. C'est un beau texte, tout simplement...
A mon tour, je vous invite à lire -et soutenir- mon poème-fable "le coq et l'oie" en finale. Il ne reste que 4 jours : Merci ! Marie.

·
Image de Paulenta5
Paulenta5 · il y a
Merci beaucoup pour le compliment, évidemment je vais vous soutenir à mon tour en laissant un vote à votre poème-fable.
·