La petite église et l’arc-en-ciel

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Peut-être un peu lunatique, sûrement un poil rêveuse. Je suis née tout près de l'Atlantique mais la vie m'a entraînée au cœur d'une bourgade languedocienne avec ses vignes et ses coteaux  [+]

Image de Été 2018
La petite église aux murs cramoisis se dressait fière, au loin. Je la devinais plus que je ne la voyais. Emprisonné dans un écrin de ronces alourdies par des brassées de mûres sauvages, le sentier se découpait dans la campagne tel un serpent ondulant. Sur ce chemin caillouteux truffé d’ornières, la Twingo avançait en zigzaguant pour éviter les trous de la chaussée déformée par le gel et les intempéries des hivers passés. En cette fin de mois d’août, une chaleur lourde s’abattait sur les champs environnants. L’été caniculaire avait desséché l’asphalte et les arbres étendaient leurs racines, tentacules souterraines, à la recherche d’une source nourricière.
L’autoradio émettait par bribes « Blue » d’Eiffel 65. Dans ma petite voiture aux phares ronds comme des yeux de personnages de manga, je chantais « I’m blue da be di da be da... ». Dans les près alentours, quelques blondes d’Aquitaine broutaient. Une douce odeur de champignon flottait dans l’air, des rosés certainement.
Surplombant les coteaux vallonnés, des zébrures d’un blanc éclatant, messagères de l’orage, vinrent bientôt troubler la quiétude du ciel. De sombres nuages anthracite se formèrent chassant peu à peu le soleil. Par la fenêtre ouverte, je respirais enfin la fraîcheur qui commençait à tempérer l’atmosphère étouffante.
Soudain, des gouttes de la taille d’un pois chiche s’écrasèrent sur le pare-brise sale de la voiture. Une bouillie jaunâtre, mélange de poussière sèche de Sirocco et de pluie, s’étala sur la vitre. J’actionnai les essuie-glaces usés. Un arc de cercle opaque se dessina ; réduisant ainsi mon champ de vision à néant. Je tentai le lave-glace, sans succès : plus de liquide dans le réservoir. Le pied sur le frein, je décidai alors de stopper la voiture au milieu de la petite route de campagne. La radio émit un grésillement haché avant de s’éteindre définitivement en un râle crépitant.
La pluie s’acharnait sur les vitres de la Twingo. Je me tassai sur mon siège et, coincée dans mon véhicule comme dans une lessiveuse sur programme intensif, je me résignai à attendre la fin de l’épisode pluvieux. Je fermai les yeux, estimant que c’était la meilleure solution anti panique. Je respirai profondément puis expirai lentement jusqu’à ce que le sang dans ma jugulaire retrouve un flux normal.
Quand j’ouvris les yeux, la buée avait envahi l’habitacle et le pare-brise de la petite Twingo. J’avais besoin d’air et comme je n’entendais plus la pluie frapper sur les vitres, je déverrouillai la portière. Un filet d’eau glissa sur ma cheville. Sur le chemin défoncé, les ornières s’étaient remplies. La terre dégageait l’odeur suave de la tourbe humide et les ronces croulaient encore plus sous le poids des baies gorgées d’eau.
Je sortis enfin de la voiture ; j’étais seule au milieu de la petite route et il faisait beau à présent. Le ciel avait retrouvé son éclat et les nuages se dissipaient peu à peu laissant derrière eux des traînées ouatées.
Dans ce paysage lavé, du pied d’un chêne vert, le prisme de la vie montait vers le firmament pour finir sa course dans le lac aux oiseaux. Ce spectre lumineux brillait dans l’onde calme, à peine troublée par la brise du soir. Au milieu de l’écharpe de Vénus, fière, se dressait la petite église rouge avec son toit noir et blanc et de sa porte entrouverte, sortait un halo poudré qui vint se fondre à mes pieds en une traînée bleutée.

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