La petite américaine

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J'ai toujours aimé lire. Je suis addict depuis l'âge de 7-8 ans... Puis, avec les années, j'ai découvert qu'écrire procurait aussi bien du bonheur. Oh je me sens bien modeste, n'ayant pas de don  [+]

Fin d’après-midi de cette belle journée de juin parisienne... Elle est sur son petit nuage et serre bien son billet d’avion pour New York, ce billet d’avion qu’elle espérait depuis tant d’années... et oui, le mari, les enfants à élever, la famille, l’argent destiné aux choses utiles...
La petite famille est là qui part avec elle, excepté le petit dernier (1m85...) qui travaille et préfère concocter son propre voyage avec les copains. Bref, il garde la maison.
Et oui, ma belle, tu vas t’envoler et traverser de nouveau l’atlantique, depuis 30 ans que tu attends cela !
La file avance doucement, le douanier qui rigole « vous allez voir, aucun rapport avec moi, ils plaisantent pas là-bas, vous penserez à moi ! ». Qu’est-ce qu’il a celui-là à nous fiche la trouille, comme si on partait pour le goulag ! Il a trop vu le film avec Florence Foresti « Hollywoo » !
Elle se concentre, essaie de retenir chaque moment de ce voyage qu’elle a déjà vécu trois fois par le passé. Pour cette quatrième traversée de l’atlantique, elle a davantage de rides évidemment, a pris 2 tailles depuis qu’elle a fabriqué ses 237 kilos d’enfants, mais revit de nouveau son rêve. Amusant comment les USA l’ont toujours attirée dès ses 10 ans... Et pourtant, qu’est-ce qu’elle a de plus, la première puissance du monde ? Hein ? la même chose que nous : ses problèmes de terrorisme, d’immigration, de chômage, de magouilles politiciennes, de couverture santé, d’ouragans, inondations, etc...
Non, c’est en elle, cet amour des Etats-Unis...On pourrait lui montrer les côtés les plus sombres du pays, elle ressentirait toujours cet élan vers l’autre côté de l’atlantique. Son oncle ne l’appelait-il pas d’ailleurs « la petite américaine » décelant une certaine ressemblance.
Son mari a voulu lui faire plaisir, malgré ses éternels « c’est des c... les Américains... ». Il ne peut s’empêcher de demander en passant les contrôles pourquoi nous, les Français, nous ne demandons pas d’Esta... Coup de coude pour le faire taire...
Elle avance dans la file pour embarquer... elle essaie de goûter chaque instant qui la rapprochera du sol américain mais bizarre, étant dans l’action, ne le déguste pas comme elle l’aurait pensé. Elle les conservera dans un coin de sa mémoire pour se les rappeler plus tard, quand elle sera rentrée au pays, quand elle sera seule.
Ca lui fait penser au deuil de son frère. Quand elle l’a vu, allongé sur la table au funérarium, elle était incapable de pleurer, exempte de toute émotion hormis de voir les autres pleurer et s’épancher sur son corps. Elle a même du s’en excuser auprès de son frère restant et de sa belle-sœur, veuve désormais. Bizarre, l’émotion vient après, quand on a le contact téléphonique dans le portable et qu’on sait qu’on ne l’appellera plus, qu’on n’entendra plus sa voix, qu’il ne pourra plus débattre d’un sujet, éclater de rire ou donner un simple conseil. Et en même temps, on le veut proche, on l’espère, on lui parle dans notre tête, et on imagine la réponse. Quand on a besoin de se garer, on invoque son aide et surprise, parfois, une voiture se dégage et laisse la place...
Et bien, les moments heureux, c’est souvent la même chose : on les reconnaît, on les goûte deux fois, une première fois quand on les vit, une deuxième fois quand on y repense et cette fois, on n’est pas limité par la trotteuse, on prend son temps pour les revivre.
Et les voici installés dans l’avion, les genoux collés au siège de devant.. les enfants la regardent, connaissant son cher souhait de revoir le ciel américain. Elle participera à toutes les étapes du vol, quitter les côtes françaises, survoler l’Irlande et suivre la longue courbe traversant l’Atlantique sur le moniteur en milieu de passage... Petite pensée malgré tout que si l’avion devait tomber maintenant, ce serait vraiment fichu pour la survie... Les poissons ne feraient qu’une bouchée de ce repas inespéré tombé du ciel...
Et enfin l’atterrissage... L’émotion la submerge. Une petite larme s’échappe...Il peut arriver n’importe quoi désormais, elle a touché le sol ! Ridicule me direz-vous... Il fait nuit, de nombreux projecteurs sur la piste nous montrent le trafic des voitures et des gros 4x4 œuvrant sans répit autour des avions au sol. Elle essaie d’identifier les véhicules et embrasse et fixe la scène d’un seul regard.
Les voilà à véhiculer à travers les couloirs et enfin récupérer les valises et passer les différents guichets. Elle repense à la réflexion de l’agent français et guette le degré d’amabilité des agents américains. Effectivement, rien de trop... Professionnels comme il n’est pas possible, mais pas désagréables non plus... et le mot de la fin rassurant : « Have a nice trip ! »
Les voilà sortant dans la nuit, à la recherche d’un taxi. Celui-ci ne sera pas bavard. Blasé par les touristes, il fait son job...
Elle parle, parle, parle de tout ce qu’elle voit au cours de la route jusqu’au Airbnb avec son mari et ses deux grands enfants. Tous parlent en même temps, s’amusent de tout (l’écran de GPS à l’arrière sous leurs yeux), critiquent tout (la lumière des rues qui se résume parfois à de petites ampoules individuelles sur chaque immeuble à l’approche de Brooklyn... Brooklyn, là encore, elle se répète le nom plusieurs fois comme si elle pensait « Eldorado », elle ne s’explique pas son amour du nom, alors qu’elle ne voit que rues sans charme, quasiment pas éclairées, rues où l’on pourrait facilement se faire égorger, mais elle se rassure en se répétant « non, il ne faut jamais généraliser, ce n’est pas que ça les USA... »
Son mari vivra également intensément le voyage, mais davantage en fin observateur critique, choqué par la laideur du métro et déçu par le manque de simples boulangeries.
Quand arrive le moment du retour sur Paris, elle est tellement crevée par ses kilomètres de marche à pied qu’elle dormira la plupart du temps, sereine, apaisée, pensant déjà aux 600 photos et 50 vidéos qu’elle dégustera tranquillement, n’importe où, n’importe quand, selon le besoin du moment... ,ne serait-ce que pour de nouveau entendre tinter les cloches de l’église de Brooklyn si proche, qui l’émerveillaient tant !
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