3
min

La petite américaine

Image de Lililala

Lililala

43 lectures

5

Fin d’après-midi de cette belle journée de juin parisienne... Elle est sur son petit nuage et serre bien son billet d’avion pour New York, ce billet d’avion qu’elle espérait depuis tant d’années... et oui, le mari, les enfants à élever, la famille, l’argent destiné aux choses utiles...
La petite famille est là qui part avec elle, excepté le petit dernier (1m85...) qui travaille et préfère concocter son propre voyage avec les copains. Bref, il garde la maison.
Et oui, ma belle, tu vas t’envoler et traverser de nouveau l’atlantique, depuis 30 ans que tu attends cela !
La file avance doucement, le douanier qui rigole « vous allez voir, aucun rapport avec moi, ils plaisantent pas là-bas, vous penserez à moi ! ». Qu’est-ce qu’il a celui-là à nous fiche la trouille, comme si on partait pour le goulag ! Il a trop vu le film avec Florence Foresti « Hollywoo » !
Elle se concentre, essaie de retenir chaque moment de ce voyage qu’elle a déjà vécu trois fois par le passé. Pour cette quatrième traversée de l’atlantique, elle a davantage de rides évidemment, a pris 2 tailles depuis qu’elle a fabriqué ses 237 kilos d’enfants, mais revit de nouveau son rêve. Amusant comment les USA l’ont toujours attirée dès ses 10 ans... Et pourtant, qu’est-ce qu’elle a de plus, la première puissance du monde ? Hein ? la même chose que nous : ses problèmes de terrorisme, d’immigration, de chômage, de magouilles politiciennes, de couverture santé, d’ouragans, inondations, etc...
Non, c’est en elle, cet amour des Etats-Unis...On pourrait lui montrer les côtés les plus sombres du pays, elle ressentirait toujours cet élan vers l’autre côté de l’atlantique. Son oncle ne l’appelait-il pas d’ailleurs « la petite américaine » décelant une certaine ressemblance.
Son mari a voulu lui faire plaisir, malgré ses éternels « c’est des c... les Américains... ». Il ne peut s’empêcher de demander en passant les contrôles pourquoi nous, les Français, nous ne demandons pas d’Esta... Coup de coude pour le faire taire...
Elle avance dans la file pour embarquer... elle essaie de goûter chaque instant qui la rapprochera du sol américain mais bizarre, étant dans l’action, ne le déguste pas comme elle l’aurait pensé. Elle les conservera dans un coin de sa mémoire pour se les rappeler plus tard, quand elle sera rentrée au pays, quand elle sera seule.
Ca lui fait penser au deuil de son frère. Quand elle l’a vu, allongé sur la table au funérarium, elle était incapable de pleurer, exempte de toute émotion hormis de voir les autres pleurer et s’épancher sur son corps. Elle a même du s’en excuser auprès de son frère restant et de sa belle-sœur, veuve désormais. Bizarre, l’émotion vient après, quand on a le contact téléphonique dans le portable et qu’on sait qu’on ne l’appellera plus, qu’on n’entendra plus sa voix, qu’il ne pourra plus débattre d’un sujet, éclater de rire ou donner un simple conseil. Et en même temps, on le veut proche, on l’espère, on lui parle dans notre tête, et on imagine la réponse. Quand on a besoin de se garer, on invoque son aide et surprise, parfois, une voiture se dégage et laisse la place...
Et bien, les moments heureux, c’est souvent la même chose : on les reconnaît, on les goûte deux fois, une première fois quand on les vit, une deuxième fois quand on y repense et cette fois, on n’est pas limité par la trotteuse, on prend son temps pour les revivre.
Et les voici installés dans l’avion, les genoux collés au siège de devant.. les enfants la regardent, connaissant son cher souhait de revoir le ciel américain. Elle participera à toutes les étapes du vol, quitter les côtes françaises, survoler l’Irlande et suivre la longue courbe traversant l’Atlantique sur le moniteur en milieu de passage... Petite pensée malgré tout que si l’avion devait tomber maintenant, ce serait vraiment fichu pour la survie... Les poissons ne feraient qu’une bouchée de ce repas inespéré tombé du ciel...
Et enfin l’atterrissage... L’émotion la submerge. Une petite larme s’échappe...Il peut arriver n’importe quoi désormais, elle a touché le sol ! Ridicule me direz-vous... Il fait nuit, de nombreux projecteurs sur la piste nous montrent le trafic des voitures et des gros 4x4 œuvrant sans répit autour des avions au sol. Elle essaie d’identifier les véhicules et embrasse et fixe la scène d’un seul regard.
Les voilà à véhiculer à travers les couloirs et enfin récupérer les valises et passer les différents guichets. Elle repense à la réflexion de l’agent français et guette le degré d’amabilité des agents américains. Effectivement, rien de trop... Professionnels comme il n’est pas possible, mais pas désagréables non plus... et le mot de la fin rassurant : « Have a nice trip ! »
Les voilà sortant dans la nuit, à la recherche d’un taxi. Celui-ci ne sera pas bavard. Blasé par les touristes, il fait son job...
Elle parle, parle, parle de tout ce qu’elle voit au cours de la route jusqu’au Airbnb avec son mari et ses deux grands enfants. Tous parlent en même temps, s’amusent de tout (l’écran de GPS à l’arrière sous leurs yeux), critiquent tout (la lumière des rues qui se résume parfois à de petites ampoules individuelles sur chaque immeuble à l’approche de Brooklyn... Brooklyn, là encore, elle se répète le nom plusieurs fois comme si elle pensait « Eldorado », elle ne s’explique pas son amour du nom, alors qu’elle ne voit que rues sans charme, quasiment pas éclairées, rues où l’on pourrait facilement se faire égorger, mais elle se rassure en se répétant « non, il ne faut jamais généraliser, ce n’est pas que ça les USA... »
Son mari vivra également intensément le voyage, mais davantage en fin observateur critique, choqué par la laideur du métro et déçu par le manque de simples boulangeries.
Quand arrive le moment du retour sur Paris, elle est tellement crevée par ses kilomètres de marche à pied qu’elle dormira la plupart du temps, sereine, apaisée, pensant déjà aux 600 photos et 50 vidéos qu’elle dégustera tranquillement, n’importe où, n’importe quand, selon le besoin du moment... ,ne serait-ce que pour de nouveau entendre tinter les cloches de l’église de Brooklyn si proche, qui l’émerveillaient tant !
5

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Jcjr
Jcjr · il y a
C'est à l'aéroport que commencent tous ces petits moments, si bien décrits,avant de retrouver un pays, dont on rêve depuis 30 ans. C'est un endroit magique. Mes voix et une invite à venir découvrir " le bilan " en finale.
·
Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
Très beau texte! J'aime beaucoup votre écriture et je suis passée par certaines étapes que vous avez passé... malheureusement!

Je vous invite également à soutenir ma peinture en finale: https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/dumbledores-tattoo-1

·
Image de Lililala
Lililala · il y a
Merci à vous. En me relisant, je remarque toutefois beaucoup de maladresses à l'écriture... ah quand la frénésie brutale d'écrire et la promptitude à le diffuser nuisent à la qualité du texte... Pas bon ça Lililala... A bientôt !
·
Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
Pas forcément car au final, on ressent davantages ce que vous avez ressentis et on s'identifie plus :)
·
Image de Tranquillou974
Tranquillou974 · il y a
Bonjour Lililala,
Très beau récit qui nous fait voyager géographiquement bien sûr, mais aussi et surtout - selon moi - dans l'intimité de votre mémoire. Le passage sur le deuil de votre frère m'a en l'occurrence particulièrement touchée.
Bien à vous et au plaisir,
Tranquillou974

·
Image de Lililala
Lililala · il y a
Merci beaucoup Tranquillou974 (voici un pseudo bien sympa et apaisant...). Très heureuse de vous avoir fait partager un des moments de ma vie... A bientôt
·
Image de Tranquillou974
Tranquillou974 · il y a
Ce fut un délicieux moment !
Je vais bien sûr me replonger dans votre univers...
Au plaisir et à très bientôt donc,
Tranquillou974 - qui aime son pseudo, mais dont l'univers n'est pas très apaisant pour le coup !
PS : Un petit détour vers "Meurtrie" et "Au suivant..." ? Simple invitation bien sûr...

·
Image de Caroli
Caroli · il y a
et oui, parfois, l'on est attiré par des lieux ou des goûts que l'on ne s'explique pas du tout, comme si on les connaissait
enfin perso, j'ai quand même ma petite explication... mais bon
très bien écrit, moi qui aime les voyages, j'étais quasi à la place de l'héroïne...
Ma nouvelle Mode manuel est en finale d'automne, si ça vous dit : http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/mode-manuel

·
Image de Lililala
Lililala · il y a
merci pour votre sympathique commentaire Caroli ! quant à la petite explication, faîtes m'en part par message ?... Je revote avec plaisir pour votre nouvelle "Mode manuel" que j'avais lue avec plaisir
·
Image de Patricia Burny-Deleau
Patricia Burny-Deleau · il y a
Un portrait tout en nuances.
·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur

TRÈS TRÈS COURTS

Le réveil vient de sonner. 6h du matin... Février... pleine nuit noire encore. Je me lève. Mon mari me suit de quelques secondes. Nous devons nous préparer pour partir au travail, chacun de notre ...