La perversité d'un rêveur

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Jury

Je ne comprends pas pourquoi j'écris, ni comment. C'est tout ce que je peux dire. À certains moments, un être que je ne connais pas prend possession de mon esprit et écrit des choses que je  [+]

Image de Hiver 2015
C'est Eudes qui m'avait averti : « Je crois bien que la mère d'Augustin en pince pour toi ». Au début je me demandais de quoi il voulait parler. Je ne l'avais même pas remarquée la mère d'Augustin... enfin si... disons que je l'avais vue – c'était difficile de faire autrement – quand elle klaxonnait comme une malade depuis son Alfa Roméo décapotable devant le lycée pour attirer l'attention de son fils, et de tout le monde, par la même occasion.
Mais moi je m'en fous de la mère d'Augustin, ce qui m'intéresse ce sont les mathématiques. J'y pense tout le temps et même sans arrêt. J'en rêve la nuit, et même dans la journée, ce qui n'est pas sans me poser de sérieux problèmes. Mais c'est surtout aux autres que ça en pose, comme à ma mère, quand elle me demande des trucs comme de penser à éteindre sous la cocotte. « Dis, Choupinet, tu veux bien arrêter la cuisson dans vingt minutes si je ne suis pas rentrée d'ici là ? »
Je m'en souviens, elle a pleuré ce jour-là devant les petits bouts de charbon dans notre assiette. Il paraît que c'était de la pintade et sa chiffonnade de chou avec sa garniture forestière. Je veux bien la croire.
Un peu plus tard, je l'ai entendue au téléphone qui disait à sa meilleure amie : « Il est tout le temps dans la lune, il rêve... Il n'y a que les mathématiques qui comptent. Un matin il est parti au lycée en chaussons... Les filles ? Mais, ma pauvre, tu plaisantes, il ne les voit même pas ! ».
Elle exagère quand même ! Les filles je les vois ! Surtout Marie-Sophie, elle est dans ma classe et on se dispute les meilleures notes tous les deux. Parfois, elle vient me voir, ou je vais chez elle, on s'enferme et on fait des exercices jusqu'à pas d'heure. Je l'adore. Un jour elle m'a dit que j'étais beau.
En rentrant, je me suis regardé dans le miroir de la salle de bains et j'ai dû en convenir : elle avait raison. Il va falloir que je fasse attention, elle est perspicace, elle est capable de me piquer la première place.
Mais revenons à la mère d'Augustin. Un jour elle a demandé à ma mère si je pouvais donner des cours de mathématiques à son fils. C'est vrai qu'il n'y pige rien le pauvre Augustin aux mathématiques. Moi ça me barbait, mais ma mère a insisté. Elle m'a dit que ça me ferait un peu d'argent de poche et que ça l'arrangerait bien parce qu'elle était plus que juste question finances et qu'elle ne pouvait pas m'en donner. « Mais pour quoi faire de l'argent de poche ? » je me disais, mais je n'ai pas voulu la contrarier déjà qu'elle l'était pas mal.
Le samedi je me suis donc présenté chez Augustin. C'est sa mère qui m'a ouvert la porte. D'habitude je ne fais pas trop attention à comment les femmes sont habillées mais là, j'ai été obligé parce qu'elle avait une espèce de robe rouge avec des rondelles en métal cousues dessus, ce qui faisait que ça brillait dans tous les sens et surtout quand elle bougeait.
Elle m'a fait entrer tout en m'expliquant qu'Augustin était chez le dentiste mais qu'il allait revenir d'une minute à l'autre. « Suivez-moi, m'a-t-elle dit, je vais vous montrer sa chambre. » Je l'ai suivie et j'ai failli avoir le mal de mer tant elle ondulait devant moi. J'ai pensé à une phrase d'Eudes à propos de certaines filles : « Tu as vu comme elle ondule du croupion ? ». Je lui répondais « Oui, oui » pour lui faire plaisir mais là, j'ai compris ce qu'il voulait dire.
La chambre d'Augustin m'a vraiment surpris. D'abord il n'y avait pas de bureau mais une coiffeuse, enfin je crois que c'est comme ça que ça s'appelle, et un grand lit avec une peau de bête dessus.
Mais je n'ai pas trop eu le temps de m'interroger parce que la mère d'Augustin a fait un malaise. Elle s'est affalée de tout son long sur la peau de bête et ce faisant, sa robe a craqué et ses seins sont sortis tout seuls. J'étais très ennuyé. Elle geignait et tendait les bras vers moi.
J'ai compris que c'était grave. Je lui ai mis une grande paire de claques pour qu'elle revienne à elle et j'ai appelé les pompiers.
Ce que je ne comprends pas c'est qu'elle me harcèle depuis. D'après Eudes, elle me trouve délicieusement pervers. Il a même ajouté : « J'avoue que tu as été génial sur ce coup-là, mais comment tu as deviné qu'elle était masochiste ? »
Ils sont tous fous ma parole.

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Coutumier du Fait · il y a
:-)))

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