La patate

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J'ai envie d'écrire depuis de nombreuses années sans jamais avoir vraiment eu l'audace de franchir le pas. Mon rêve le plus fou serait que le cinéma fasse vivre une de mes histoires  [+]

La patate venait de bouger. C’est vrai qu’elle avait une drôle de tête ce matin quand Milla l’avait jetée dans l’eau bouillante. Elle était énorme, c’était même la plus grosse qu’elle ait jamais vue. Elle l’avait prise à deux mains pour la porter. Mais à présent qu’elle était cuite, elle n’aurait pas dû bouger.
Milla regarda le féculent avec étonnement, il venait de se déplacer, en rampant comme un gros ver, faisant onduler son corps pataud.
La jeune fille s’assit un instant pour reprendre ses esprits, elle était victime d’une hallucination, forcément, sinon comment expliquer ce qu’elle venait de voir.
La patate émit un bruit sonore avant de lâcher sur la table de la cuisine un amas jaunâtre, qui d’après l’odeur et l’aspect, ressemblait à une fiente.
Non seulement elle bougeait mais en plus elle venait de déféquer le plus naturellement du monde devant ses yeux ébahis.
Et voilà qu’elle continuait son chemin, s’approchant dangereusement du bord de la table.
Elle se redressa, semblant réfléchir à ce qu’il y avait lieu de faire. Puis se laissa tomber lourdement, avec le bruit sourd d’une patate cuite qui tombe sur sol. Sans même reprendre ses esprits, elle continua son chemin, insensible à la douleur qu’aurait dû provoquer sa chute.
Il fallait absolument montrer la chose à quelqu’un, juste pour savoir si elle voyait vraiment ce qu’elle croyait voir. Mais avant, Milla devait empêcher la patate de se sauver. Elle n’avançait pas très vite et ne pourrait pas ouvrir la porte toute seule, mais quand même, elle se devait de l’attraper avant que le féculent ne se cache dans un recoin sombre de la maison.
La jeune fille chercha des yeux un objet qui conviendrait et se décida pour une énorme coupe à fruits qu’elle vida sur le buffet.
Milla hésita un instant avant de mettre son plan à exécution, la patate lui faisait peur, elle allait peut-être la mordre ou lui injecter un poison mortel qui la ferrait passer manu militari dans l’autre monde. Alors, faisant appel à tout son courage, elle déposa la coupe à fruits sur la patate, qui ne s’aperçut pas immédiatement du piège et continua son chemin avant de se heurter au récipient de verre qui lui servait de prison. Elle stoppa son mouvement et resta immobile quelques instants puis, reprenant ses ondulations elle amplifia la puissance de ses déplacements, faisant ainsi avancer avec elle la coupe à fruits.
Mais, cela ferait l’affaire pour le moment, la patate ne pourrait pas se cacher avec un récipient sur la tête, laissant tout le temps nécessaire à Milla pour aller chercher Liars.
Elle se précipita dans les escaliers en criant, appelant de toute la force de sa voix d’enfant, son grand frère, qui jouait à l’étage. Liars regarda sa sœur avec lassitude.
- Arrête de crier comme ça, tu vas alerter tout le quartier ! Que t’arrive-t-il encore ?
- Viens vite voir !
Elle saisit Liars par la main et lui fit dévaler les escaliers à sa suite.
- Doucement ! Qu’est-ce que tu veux me montrer ?
- Ça !
Et Milla pointa son doigt tremblant sur le sol de la cuisine, où une énorme patate cuite était prisonnière de la coupe à fruits.
Bien évidemment, le féculent ne bougeait plus.
- Tu as eu peur d’une patate ? interrogea le jeune garçon, avec un petit rire moqueur.
- Ce n’est pas ce que tu crois ! celle-ci vient de bouger. Regarde !
Avec une spatule en bois, la jeune fille poussa précautionneusement le féculent, qui ne remua pas d’un centimètre.
- Elle est peut-être en train de dormir ! proposa la fillette sans grande conviction.
- Oui ! ou elle est peut-être morte quand tu l’as faite cuire, ricana Liars en ramassant la « chose », qu’il posa avec une précaution exagérée dans un plat à tarte.

Maman rentra du travail, s’installa à table avec ses deux enfants, puis planta sa fourchette dans le flanc de la patate pour l’éplucher. Un liquide clair en sortit.
Elle découpa le féculent et en avala un morceau qu’elle mastiqua avec sa grosse bouche.

Milla en était sûre à présent, avant de descendre dans l’estomac de maman, la patate venait de lui faire un clin d’œil.
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