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La panne

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Charles.B

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Un voyant rouge s’allume et tout s’arrête... éjectée du vingt et unième siècle, livrée à la barbarie du froid et du noir sur les bords gelés d’une route de campagne hostile, loin de tout désert urbain.
Après l’arrêt brusque du moteur et le dernier hoquet du caisson de basse, plus rien... un long silence inconcevable.
Je suis restée là, interdite les mains sur le volant, prostrée, immobile comme si j’attendais un feu vert au carrefour. La température à chuté rapidement et une odeur de plastique brûlé et de mégot froid ont envahi l’habitacle, devenu comme l’intérieur glacé et puant d’un cadavre. Faire quelque chose.
Bouger. Ne pas s’engourdir !
Dehors, je me secoue, mes talons hauts claquent incongrus et secs sur le bitume. Les dernières maisons du dernier village croisé sont à des kilomètres. Un reste de lune palote déroule un fil de lumière ténue entre deux trouées de couche nuageuse . On y voit rien, et ce n’est sûrement pas cette pauvre loupiote blême qui viendra à bout de l’obscurité.
Je pars droit devant moi dans le noir.
Chaque pas sur cette route verglacée est une prise de risque. Une cheville foulée et je fini là. Faut pas se laisser tomber, ni laisser tomber la nuit, sinon c’est trop tard t’es engluée dedans et l’aube, même la plus grise et fanée qui soit, tarde à venir. La nuit on est pas assez de deux pour la remettre sur ses pattes et l'aider à décamper. Je suis seule, perdue, gelée et tremblante.
C’est foutu !
j’ai réussi à extraire mon portable du fatras de mon sac. À composer un numéro en tremblant. Il a affiché recherche en cours, suivi d’un pas de réseau. Merde c’est impossible ! pas de couverture dans ce patelin de plouc !? je maudissais encore la terre entière quand j’ai senti un goût de sel envahir ma bouche, une montée soudaine de larme incontrôlable et une envie pressante. J’ai relevé ma jupe courte et pissé sur le bas-côté, les talons enfoncés dans la terre la boue et le givre. Après tant d’émotions ça m’a fait un bien inouï d’avoir cédé à ce besoin naturel. J’eus brusquement la sensation de nager dans une eau tiède, bienfaisante, d’être enfin libérée de tout, comme en apesanteur. Une impression tellement incongrue dans ma situation que j’ai ouvert les yeux dans le noir, m’éveillant peu à peu avec le sentiment vague de savoir confusément dans quoi je baignais.

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Cajocle · il y a
Votre imagination me plait bien. Et votre style aussi.
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Keith Simmonds · il y a
Un texte qui me plait beaucoup! Bon style! Bravo! Merci de votre visite! Mon vote! Je vous
invite à mon bal populaire, merci! http://short-edition.com/oeuvre/poetik/bal-populaire

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Charles.B · il y a
Merci infiniment Joëlle.
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Joëlle Brethes · il y a
J'aime beaucoup votre style, et vos trois textes, variés dans leur thème et leur tonalité respective m'ont bien plu. Bravo !
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