La paix et la machine

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Vendredi 1 Juin 2018, 19 h26.

La mère d’Alex s’écria :

— Alex ! À table !

— Ouais, ouais, j’arrive…

Alex descendit, puis se mis à table. Sa mère reprit :

— Qu’est-­ce que tu faisais encore dans ta chambre ?

— Rien qui t’intéresse ! De toute façon, tu ne comprends pas ce que je fais.

— Dis-­moi, s’il te plaît, on n’arrive plus à communiquer en ce moment !

— J’essaye d’assembler des trucs et des bidules pour que le monde change autour de moi et que je puisse faire ce que je veux sans qu’on me dise quoi que ce soit.

— Tu sais, je ne suis pas si bête, je comprends ce que tu veux faire, mais tu ne pourras jamais contrôler les événements. Ce sont des choses qui dépendent de tout le monde, de leurs actions et de la réaction des gens qui nous entourent.

— Mouais… tu as peut-­être raison.

Le repas se termina et Alex remonta dans sa chambre, pensif. Il passa la nuit à réfléchir sur ce que lui avait dit sa mère.

« C’est vrai que je ne peux pas contrôler ce que va dire ma mère, ce que va faire le prof de techno mardi ou si le bus 48 n’aura pas un accident au moment où je le prendrai, se dit-­il, ou même modifier le temps qu’il fait dehors… C’est impossible pour l’Homme… Il faut donc que j’invente la première machine à modifier les apparences de la vie ! » se répéta-­t‑il en commençant à s’endormir. La nuit passa.

Samedi 2 Juin, 6 h37.

Bam ! Crack ! La mère d’Alex se réveilla en sursaut, en se demandant ce qu’il se passait dans la maison. Elle se précipita dans la chambre de son fils et le surpris agenouillé au sol, la lumière allumée, avec des morceaux de métal, une chambre à air, des gaines électriques, un soufflet à cheminée et plein d’autres sortes d’objets. Elle eut envie de savoir ce qu’il lui était passé par la tête et lui demanda :

— Qu’est-­ce que tu fais à cette heure-­là ?!

— Je bricole ma machine. Il faut que j’invente un truc…

— Tu aurais pu faire attention ! Je suis fatiguée. Je bosse dure toute la semaine !

Comme elle n’arrivait pas à se rendormir, elle descendit manger au bout de 15 minutes et l’appela :

— Tu viens manger Alex ?

— Oui j’arrive… dit-­il en bricolant quelque chose qui ne pouvait attendre.

Pour Alex, le repas était bouclé en moins de cinq minutes. Il retourna ensuite dans sa chambre pour continuer la première partie de son invention… Une pièce primordiale, car c’était l’armature en forme de buste sur lequel reposerait toute la machinerie électronique et mécanique pouvant ainsi modifier les apparences des événements de la vie et ce que disent les gens afin d’avoir une vie meilleure ainsi qu’une belle vie, une bonne fois pour toute. La journée passa.

Alex n’avait pas quitté sa chambre si ce n’est que pour aller manger. Il passa la moitié de la nuit à travailler sur son projet de grande ampleur. Ce projet pourrait changer le monde et la vie de beaucoup de gens. Le lendemain, à 10 h53, Alex avait assemblé le dernier morceau qui donnait au buste toute sa rigidité. Des composants d’alliage de métaux permettaient de réaliser le contour de la taille qui se fermait à l’aide d’une boucle de ceinture. Ce sont des plaques de 4 mm d’épaisseur parsemées de points de rouille auxquelles sont vissées des bretelles en cuir. Il avait utilisé du cuir de haute qualité, récupéré sur le blouson déchiré de son père pour rendre l’ensemble plus confortable à porter. Le tout pesait tout de même quelques kilogrammes ! Il le mit sur les épaules :

— Yeah ! Ça ne fait pas mal du tout malgré les 4,5 kg de métal ! Je vais maintenant pouvoir entamer la partie électronique ! Super !

Une batterie qui traînait dans le garage, quelques fils trouvés par-­ci par-­là, un ventilateur d’ordinateur 12V pour refroidir l’ensemble ainsi que quatre électrodes pour être connectés au corps de l’utilisateur. La batterie, fixée au dos avec des équerres métalliques. Les électrodes et le ventilateur étaient simplement tenus par leur fils, soudés à la batterie. Le tour était joué ! Dimanche 3 Juin, 21 h48, l’engin révolutionnaire était terminé.

Alex avait passé son weekend à travailler dessus, et en avait complètement oublié le contrôle sur les fonctions du second degré qui avait lieux le lendemain dès la première heure…

— Merde ! Contrôle de maths demain ! J’ai rien révisé ! se dit-­il. Ce n’est pas grave… On va y aller au talent ! Les autres le font bien, pourquoi pas moi ?

La nuit passa. Alex arriva au lycée après un trajet de bus qui lui parut très long. Il retrouva son ami Loïc et ils discutèrent du devoir prévu en maths. Mais la conversation en vint rapidement à la machine d’Alex, laissant les fonctions, et tout ce qui va avec, derrière eux, loin de leurs pensées. La classe entière s’était retrouvée devant le lycée, avant de se diriger vers la salle du contrôle. Le prof de maths arriva, visiblement de mauvaise humeur, avec un sourire sadique, semblable à celui du joker, mais sans le rouge à lèvres… Loïc s’écria d’un air moqueur :

— Alex ! J’ai pommé les jokers de mon jeu de cartes ! Tu penses que celui-­là fera l’affaire ?

Alex soupira légèrement et ne put réprimer un sourire. Il répondit :

— Tu peux essayer, mais je pense que tu as plus de chance de gagner sans tes jokers…

Les deux amis partirent dans un fou rire difficile à maîtriser. La classe entra en salle de cours puis commença le devoir. Alex ne pensa plus à son invention et se concentra sur ce contrôle en pensant à la future note… L’heure passa, ainsi que la journée. Alex se dirigea vers l’arrêt de bus, mais à peine arrivé, deux jeunes, légèrement plus âgés que lui, vinrent l’insulter sans raison et allèrent jusqu’à le racketter. En le tapant, ils empochèrent son téléphone, sa montre et sa chaîne, les principaux objets de valeur qu’il avait sur lui… Un peu défiguré, Alex prit le bus et rentra chez lui. En le voyant, sa mère paniqua et s’exclama :

— Mais qu’est-­ce qu’il t’est arrivé ?!

— Deux grosses racailles du bahut m’ont tiré mon téléphone, ma montre et ma chaîne… Ils m’ont frappé deux ou trois fois… Je ne sais plus trop !

— On va prévenir la police ! Ils ne peuvent pas s’en tirer comme ça… J’appelle le lycée demain pour les informer de l’incident ! Viens dans la salle de bain pour nettoyer les traces de sang.

— Oui, mais de toute façon, avec ma machine, je pourrais tout à fait voir les choses autrement !

— Comment ça ?

— Ben là, j’ai plus de téléphone, ni de montre et plus de chaîne non plus, alors ça m’énerve… Mais, avec la machine que je fabrique en ce moment, tout ce qui m’arrivera sera transformé en quelque chose de bien qui me procurera du bonheur dans toutes les situations ! Absolument toutes !

— Je vois… Assieds- toi ! Je suis désolée de briser tes rêves, mon fils, mais tu ne pourras pas fabriquer une machine qui transforme ce que tu vis. Disons plutôt que tout le monde la possède, mais personne ne la voit. Certaines personnes n’ont pas conscience de son existence et ne la connaîtrons malheureusement jamais. En fait, cette « machine » que tu veux créer, tu l’as déjà en toi. Il suffit de chercher au plus profond de toi et tu la trouveras. Tu le ressentiras sous la forme d’une paix profonde, d’un amour inconditionnel envers toutes choses. De la brindille d’herbe au coucher de soleil sur un lac japonais. Toutes les choses te paraîtront être un miracle offert par la nature ! Alors, ne perds pas ton temps avec les événements ! Utilise-­les plutôt pour chercher la paix au fond de toi afin de vivre la vie souhaitée.

Elle lui enlevait, en parlant ainsi, toutes les traces de sang avec une compresse.

La mère de Alex venait de lui révéler la machine biologique, celle qui lui permettrait de vivre en paix et dans un amour inconditionnel. Un amour que tout le monde peut apprendre à faire jaillir de soi en étant simplement là, ici et maintenant, connecté au présent, et accueillir tout ce qui vient sans aucune de résistance.

« La paix vient de l’intérieur. Ne la cherchez pas à l’extérieur » - Bouddha

 

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Jean Calbrix · il y a
Bonjour Mel !
Vous avez apporté votre soutien à mon sonnet "Spectacle nocturne" : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/spectacle-nocture
Il est maintenant en finale. Le soutiendrez-vous à nouveau ?
Bon week-end à vous.

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Fred Panassac · il y a
Une mention spéciale bien méritée, Mel, félicitations !
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Chantal Sourire · il y a
Bravo à vous !
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JACB · il y a
Vous n'y êtes pas "allé au talent" et ...c'est gagné! Bravo à vous !
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Keith Simmonds · il y a
Félicitations pour ces Mentions spéciales, Mel !
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Keith Simmonds · il y a
Une œuvre écrite avec beaucoup de passion, touchante et captivante ! Mes voix ! Une invitation à venir jouir du parfum et de la lumière de mon haïku, “Éclats de lumière”, qui est en Finale pour le Grand Prix Printemps 2019 ! Merci d’avance et bonne journée !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/eclats-de-lumiere

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Fred Panassac · il y a
Un texte très intéressant et prenant, qui passe par toutes les nuances de sentiments, de la violence à l’humour pour en arriver à une profonde sagesse et une chute empreinte de spiritualité qui m’a totalement surprise (dans le bon sens )
Le moment du contrôle de maths est une perle de drôlerie et ça sent le vécu ! Les relations entre la mère et le fils sont réalistes. Vraiment touchée par ce bon texte, je vous offre toutes mes voix ! J’espère qu’Alex arrivera à construire sa « machine », pétrie d’une autre vision du monde !
Quelques petites coquilles c’est vrai, dont une est amusante : le verbe qui signifie perdre en argot s’écrit « paumer » mais j’avoue que l’allusion à la pomme n’est pas mal non plus...

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Bozlich · il y a
Bonne chance avec cette histoire ! J'ai voté. Mon histoire "L'étrange histoire de Frank et son ami monsieur Stims" est aussi en finale. https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/l-etrange-histoire-de-frank-et-son-ami-monsieur-stims
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JACB · il y a
Très joli texte qui ne manque pas de sagesse. J'adore l'expression "y aller au talent"pour les maths mais peut-être peut-on aussi l'employer pour tirer le positif des aléas...'(il y a des petites coquilles mais on vous les pardonne volontiers) Bonne chance Mel.
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Mel · il y a
Merci, pour être honnête, c'est la première histoire que j'écris, et je l'ai seulement faite pour le concours (pour faire passer un massage, qu'elle aie un prix ou non...ça me passe au-dessus ^^)
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Pherton Casimir · il y a
Toutes mes 5 voix. Je vous invite à lire et à supporter mon texte en final du prix Viva Da Vinci (pas dans la même catégorie) https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-beaute-dun-reve
Merci !