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La nouvelle terre

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Après des millions d’années, lorsque la terre sera sur le point de s’éteindre, les quelques hommes survivants se demanderont sans doute ce qui s’était passé cette année-là.

Notre mémoire conservée sur des archives numériques, nos bâtiments, nos œuvres d’art, nos livres, nos sculptures, notre musique, nos instruments, nos bibliothèques se trouvèrent enfouis à des kilomètres de profondeur, lorsque la terre s’était ouverte en de longues et larges fractures sur toute la surface de l’écorce terrestre.

Impossible de rechercher quoi que ce soit, toute l’archéologie était rendue impossible et donc inutile.

La transmission ne se faisait plus qu’oralement, comme au tout début du peuplement de la terre.

Le miracle, c’est que ceux qui étaient encore vivants, ne savaient pas que d’autres survivants comme eux, essayaient de transmettre leurs connaissances, leurs aptitudes à survivre, ils vivaient à des distances rendues impossible à franchir, les moyens modernes de transport, n’ayant pu être conservés et entretenus. Les animaux eux-mêmes étaient redevenus sauvages.

Les hommes et les femmes qui étaient en mission sur la station spatiale internationale, cette année-là, avaient vu, impuissants, la terre subir des tremblements de terre à répétition, et des tsunamis. Ils épuisaient leurs dernières ressources. Plus aucune communication n’était possible avec la terre, les satellites étant tombés en panne les uns après les autres.

La station spatiale continuait de tourner en orbite, ils savaient ce qui se passerait lorsqu’ils n’auraient plus de carburant. Ils devaient absolument trouver une solution pour revenir sur terre, avec la capsule, rechercher un endroit où ils pourraient amerrir ou atterrir, ils avaient peu de temps devant eux pour décider de leur trajectoire et surtout choisir les trois astronautes qui pourraient rentrer.

Ils ne savaient pas si des hommes pourraient les récupérer une fois arrivés. Le soir, ils voyaient des feux s’allumer un peu partout. Comment auraient-ils pu savoir que le désastre survenu avait opéré une sélection dramatique ?

Des millions et des millions d’hommes étaient morts, ensevelis au plus profond de la terre ou noyés dans les océans.
Le monde n’était pas redevenu un chaos, comme à l’origine, mais les pays avaient changé de contours, les continents grâce à la tectonique des plaques, s’étaient rapprochés.

Les différentes saisons suivant les latitudes et les longitudes étaient bouleversés. Le climat, après un réchauffement climatique intense, se refroidissait progressivement, car le soleil perdait de son intensité, lui aussi commençait à mourir.

Les survivants cachés au plus profond de grottes immenses ne cherchaient même plus à savoir si ailleurs il y avait d’autres hommes ailleurs sur la planète.

Chacun s’ingéniait à cultiver ce qu’il pouvait, à ramasser des insectes qui eux n’avaient pas été victimes du désastre. Au contraire, ils pullulaient. Les insectes fournissaient des protéines en quantité suffisante.

La vie continuait malgré tout. Quelques couples avaient donné naissance à des enfants, que leurs mères nourrissaient le plus longtemps possible pour leur permettre de grandir et ainsi de survivre.

Ils se rappelaient le passé, l’ère de leur hégémonie sur la terre, mais aussi loin qu’ils remontaient dans le temps, ils n’arrivaient pas à raconter à leurs enfants des histoires où il n’y avait pas de guerres, de conflits, et pourtant, les habitants de la terre étaient arrivés à un très haut degré de progrès scientifique, progrès qui maintenant ne leur servirait plus à rien, puisque tout était réduit à néant. Il ne restait que la mémoire fragile de quelques survivants.

Ils savaient que quelque part dans le ciel, il y avait des hommes et des femmes qui étaient dans la station spatiale internationale, qu’ils étaient condamnés à mourir s’ils ne trouvaient pas une solution pour revenir sur terre. Même si la possibilité de les revoir était infime, ils n’arrivaient pas à abandonner l’espoir de les retrouver. 

A la veillée, ils racontaient à leurs enfants, l’histoire de ces hommes et de ces femmes qui volaient en orbite autour de la terre, comment ils désiraient partager leurs connaissances, parler de la vie dans l’ancien monde et des possibilités qu’ils auraient, tous ensembles, de créer avec eux ce monde nouveau.

Ainsi tous les soirs, dans le monde entier, des milliers et des milliers de survivants allumaient des feux pour les passagers de la station spatiale et scrutaient le ciel, en espérant les voir rentrer et créer avec eux la “nouvelle terre” en s’inspirant de cet ancien adage 
« Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ».

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Philippe Barbier · il y a
Une belle page de science fiction, avec un côté angoissant de véracité....
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Anne Marie Menras · il y a
Merci Philippe Barbier. Est-ce que je devrais accentuer ce côté angoissant ? je me pose la question. Voir notre échange ci-dessous avec Brocéliande.
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Brocéliande · il y a
C'est un texte fort et beau, grave d'idées réelles et de projections vers Ailleurs ...ça me parle moins parce que même si j'aime les mots, votre écriture, votre style élégant et simple de cette belle élégance, je sens moins d'émotions ...voilà Anne Marie ..mais je suis trop rêveuse quand on aborde des sujets de ce genre et je sais très mal en parler ...en tout cas, j'ai voyagé dans votre univers et je reviendrai lire ce que je n'ai pas lu ..c'est un joli voyage ..Merci beaucoup !
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Anne Marie Menras · il y a
Je sais que ce texte manque d'émotion, je vais le revoir, il faut qu'il mûrisse. Je prendrais le temps qu'il faut. Merci Brocéliande d'avoir apprécié mon univers. Je relirais vos textes en prenant le temps également. Il y a des mots que l'on a besoin de lire, de relire plusieurs fois pour s'en imprégner.
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Brocéliande · il y a
Oui, vous avez raison mais je suis contente de vous avoir découvert, j'aime votre monde et votre façon de poser les choses, les mots, la vie ..sur une ligne, sur dix, sur un mot ...après il m'arrive aussi de reprendre un texte sur lequel je ne "sens" pas tout ..et parfois un petit Rien change tout...
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Anne Marie Menras · il y a
C'est tout à fait ça, le petit rien, qui change tout. Il va sûrement surgir de nulle part, au moment où j'y penserais le moins...
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Brocéliande · il y a
J'en suis sûre Anne Marie ..et ce sera alors tout simple !
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