La mousse au chocolat

il y a
2 min
2
lectures
0
Son coin pour cuisiner est petit, même s’il s’ouvre sur le salon, ou le soleil illumine la grande pièce. Dans cet appartement, les meubles imposants des maisons de campagne semblent ne pas avoir assez de place. Tout ce qui ne s’achète plus est bien là, tout a suivi les années, et chaque chose raconte un bout de vie. C’est normal qu’à son âge tout ça prenne de la place.
Un petit coin de cuisine optimisé ou tout ce qui d’antan prenait de la place doit y rentrer. Le mini four électrique est logé entre l’évier en inox et les plaques électriques. L’argenterie côtoie le plastique et forment un joyeux mélange.
Des œufs sont posés sur le plan de travail. Ils attendent, ils ne doivent pas être trop froids pour se laisser dompter et monter en neige.
C’est l’heure de s’y atteler, de bonne heure le matin, pour qu’elle ait le temps de prendre, mais pas trop tôt non plus, car la mousse au chocolat doit être du jour.
C’est sa spécialité. Mamie met son tablier au dessus de sa robe fleurie.
Son regard se régale déjà, de ce délicieux dessert et du plaisir qu’il apportera à ceux qu’elle aime.
Elle sort tous les ingrédients, les prépare un à un. Dans l’ordre. Un doigt sous le robinet pour évaluer la température de l’eau, accueillie dans la grande casserole.
Elle casse le chocolat dans un saladier en verre prêt à prendre son bain, marie. Des gros, des plus petits morceaux et toutes les miettes sont prêts à se transformer en liquide savoureux. Mais avant le bain, Mamie s’occupe des 4 gros œufs : séparer le blanc par un geste lent et machinal. L’épreuve de fond commence, le fouet en main, le saladier tenu fortement. Le clac clac bat la mesure, en rythme pendant de longues minutes. Une pause. Calmer le bras qui se raidit. Et reprendre, jusqu’à atteindre la fermeté souhaitée. Le liquide blanc et visqueux laisse place à la douceur ferme de la neige.
Elle lève la tête, et paraît sortir d’une méditation. Le gaz s’allume, et elle ne cessera de faire tourner la cuillère en bois que quand le chocolat sera lui aussi parfait.
Elle respire. L’étape suivante est plus facile, les jaunes vont rejoindre le chocolat fondu, délicatement mais vivement. Surtout, ils ne doivent pas avoir le temps de chauffer. Et enfin, il est temps de mélanger l’ensemble. Elle s’applique à ce moment crucial, surtout ne pas faire retomber la neige en liant l’ensemble. Et pour ça, elle ne se précipite pas. Cuillère par cuillère, le mélange prend vie. Un pas en arrière. Le petit espace est en désordre, sali de chocolat. Elle ouvre le frigo qui enfin va travailler pour elle. Attendre que le froid saisisse le tout. Le sourire sur les lèvres, elle sait qu’elle est réussie, qu’elle a réussi, comme d’habitude.
Goûter le fond de la casserole. Aujourd’hui, c’est elle qui le « racle ». Elle a l’air de voler cette petite gourmandise, de braver un interdit.
Tout remettre en ordre dans le petit coin. Finir le travail. Rien n’y paraît plus de ce moment de plaisir. Viendra le moment de sortir la mousse du frigo, d’entendre les « aaahh » enjoués de ceux pour qui elle l’a faite. Et d’écouter enfin le silence de la gourmandise.
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,