La mort de mon jumeau

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Retraité de l'enseignement je m'adonne à l'improvisation dans l'écriture avec un style humoristique afin que mes amies et lecteurs puissent oublier les aléas de la vie  [+]

Je sais que je vais mourir. Mon assassin se trouve près de moi. J'entends ses pas, je sens sa respiration. Il ne me reste que quelques instants à vivre. Pourquoi moi? Mon jumeau semble inconscient de ce qui m'arrive. Une vraie poire. Dans un roman policier, on viendrait me sauver. Est-ce vrai que pendant la dernière minute de notre vie on la revoit en entier ?
Mon frère et moi sommes nés en même temps. Nous sommes des jumeaux malgré quelques différences notables. Il y a trente ans nous sommes apparus sur cette Terre grâce à une mère porteuse. Mauvais présage? Elle n'était qu'adolescente. À partir de presque rien nous avons pris quelques années à nous développer, toujours côte à côte, mon frère et moi. Notre croissance a souvent été asymétrique. Nous aurions aimé vivre dans un camp de nudistes, mais très rapidement, on nous a emprisonnés dans des vêtements étouffants qui nous ont empêchés de nous apprécier pleinement, en nous isolant. Au fur et à mesure que nous grandissions, on devait nous recouvrir de vêtements plus amples. Dès notre naissance, on a fait l'objet de curiosité et d'envie. Les hommes, et parfois des femmes, venaient voir ma mère et désiraient nous cajoler et nous embrasser. Aucune jalousie, mon frère et moi recevions les mêmes attentions. Mais attention, il y avait souvent de la tension quand on nous exposait aux yeux des autres, comme si nous étions des curiosités.
Évidemment, ma mère nous considérait comme les plus beaux, à notre naissance. Mais, en prenant de l'âge, elle a commencé à avoir des doutes. En nous comparant à ceux de ses amies, elle trouvait que nous ne grandissions pas assez rapidement. On a eu peur qu'elle nous laisse tomber. Mais il n'en fut rien. À maturité, nous sommes devenus un objet de fierté, auréolés comme des attraits à ne pas manquer. Notre mère a tout fait pour nous mettre en valeur. Surtout moi, vu que mon frère tardait à se développer. Je voyais bien qu'il n'était pas à ma hauteur. Il ne savait pas non plus quel sens donner à sa vie, pointant plus à gauche que moi. Je sentais que, parfois, il cherchait à s'éloigner de moi. Mais il ne m'a jamais abandonné.
Malheureusement, malgré que je sois, à mon avis, plus joli que mon frère, la nature ne m'a pas gâté. La maladie ne m'a pas lâché alors que mon frère demeurait en santé. Lui, il a un corps sain. Pas moi. Depuis quelques mois, j'ai dû visiter une clinique où on m'a ausculté sous toutes les coutures. On a dû croire que j'avais trop de graisse, puisqu'on m'en a enlevé un peu. Et mon frère qui se réjouissait d'être plus petit que moi auparavant se désolait de me voir atrophié. Ma mère était triste de voir mon état de santé. Pendant plusieurs mois, elle a essayé tous les traitements qu'on lui suggérait. Elle s'arrachait les cheveux pour trouver une solution à mon problème. Puis, à bout de ressources, elle m'a conseillé d'avoir recours à l'aide médicale à mourir. On en a parlé à un médecin qui, après avoir analysé ma situation, a confirmé que j'y avais droit. Mon frère ne voulait pas que je le quitte, trouvant injuste qu'il demeure seul. Il savait bien que sans moi, il perdrait tout attrait. Et puis il n'avait jamais connu la solitude de toute son existence.
Voilà pourquoi, ce matin, je me retrouve dans ce lit d'hôpital pour vivre mes derniers instants. Tout est silencieux. Mon frère est près de moi, mais il se cache pour ne pas voir mon départ. Je pense voir déjà la vive lumière du tunnel... non, c'est l'éclairage au-dessus de mon lit. Le meurtrier s'approche, scalpel dans la main droite. Il me prend de sa main gauche et d'un geste rapide il rend mon frère, fils unique. Je n'existe plus. On m'a sacrifié afin que mon frère et ma mère vivent. Je suis parti, emportant avec moi la tumeur cancéreuse en mon sein.
C'est ainsi que le sein gauche de mon amie a perdu son jumeau suite à une mastectomie.
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