La mort aux rats tue aussi les chats

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Épicurienne, décalée, flexible, manuelle, cérébrale, cuisinière, divergente, maman, couturière, déjantée, différente, et me voilà auteure! Je me lance dans l’écriture suite à des défis  [+]

Image de Hiver 2019

La nuit est sombre au cœur de la forêt.
Le loup, la mère-grand, le petit chaperon rouge, boucle d’or et Sherkan dorment sur leurs 10 oreilles. L’un croque bien de temps en temps le mollet de la grand-mère pour se donner une contenance mais trouve à sa convenance le tapis qui lui est réservé devant la cheminée. L’ogre végétarien menace de temps en temps le Petit Poucet pour le garder en forme ; Hanzel et Gretel se disputent la maison en pain d’épices ; Grincheux refuse de travailler pendant que Simplet embrasse même les bousiers.
Animosités et amitiés cohabitent bon an, mal an.
Un faon a pour meilleur copain un lapin, un âne couche avec un dragon, une sorcière vend des pommes pleines de pesticides, que d’ailleurs plus personne n’achète depuis que Pocahontas a ouvert une épicerie bio dans la clairière. Un chien et un renard se sont pris d’amitié, une souris est amoureuse d’une femme de ménage qui se laisse habiller par des oiseaux, un phacochère pète, des chats chantent du jazz pour plaire à des souris qui voyagent en albatros.
La nuit est calme au cœur de la forêt, troublée simplement par les ronflements de la Belle aux Bois dormants.
Non loin de là, dans le Village des Rentiers, qui doit son nom à la bonne fortune des habitants qui vivent des royalties que leur rapporte chaque personnage de conte qui vit dans la forêt, un jeune homme harangue les foules. Pas un prince charmant, non, plutôt voûté, trop grand pour sa porte.
« C’est assez ! » dit la Baleine, surnom dont l’ont qualifié ses camarades de promo le jour où il a définitivement pris la grosse tête. « Nos enfants, enfin... surtout les vôtres. » Oui il vous faut dire que comme Jean-Claude, il ne peut pas tout miser sur son physique et pour l’instant il n’a rien trouvé d’autre.
« Vos enfants vivent dans la peur ! Ces ogres, sorcières, et autres créatures maléfiques n’ont que trop duré. Il est grand temps d’en finir. Je connais un ami chimiste à Mamelin, joueur de flûte à ses heures, qui pourrait nous proposer une solution. Mort à ces rats ! »
Baptiste, le chimiste travaille depuis des jours et des nuits à une arme redoutable ! Il a enduit d’une préparation rouge des centaines de grains de blé, à la main, à l’aide de la marmotte qui a, pour l’occasion, délaissé son papier d’alu. Ces grains ainsi peinturlurés ont l’incroyable pouvoir de tuer les rats, souris, mulots, lapins, hamsters et autre gerbilles.
Leur plan machiavélique suit la logique des écosystèmes les plus complexes. Le rat mange du grain, le renard mange le rat, le tigre mange le renard, le vautour mange les charognes, les princesses en haillons mangent les vautours au court-bouillon et les ogres finissent les restes, en bout de chaîne. Les rongeurs d’un côté de la chaîne alimentaire, disparaissant, c’est toute la chaîne qui disparaît. De fait, toutes les créatures de la forêt disparaissent dans des bruits d’estomacs affamés assourdissants, et laissent les enfants et les habitants du village des Rentiers, bien en paix.
En quelques semaines, fini les ogres verts, les princesses à cheveux longs, les loups, les orignals et les phacochères. Rayés de la carte !
Et ce qui est apparu au début comme quelque peu étrange, se révèle être une conséquence désastreuse de cet horrible génocide. Des enfants en pleurs au moment d’aller au lit, devenant inconsolables...
Un à un les personnages des livres d’histoire avaient disparu. Les petits d’abord, un peu en arrière-plan. Fini les souris, les loirs, les rats, les lapins qui couraient pour meubler l’histoire.
Puis les personnages secondaires, si bien que l’histoire n’avait plus ni queue ni tête. Fini les renards, les tigres, panthères et autres serpents. Et même les héros disparurent... Fini les loups, les grands-mères et les petits chaperons rouge. DI-SPA-RUS !
Des pages vides, dans une campagne au début verdoyante et qui peu à peu se flétrit... En quelques semaines, il ne reste sur ces pages que quelques arbres sans feuille, des maisons délaissées qui tombent en ruine et des champs à l’abandon. Dans les rues, les prairies, les greniers, pas un chat !
Moralité, la mort aux rats tue aussi les chats !
A se tirer une balle dans le pied, on tue aussi la poule aux d’or, les haricots magiques et les bottes de 7 lieues.

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