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La mort

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Jmnt

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La première confrontation à la mort, que j’ai pu expérimenter, c’est à l’âge de 11 ans
qu’elle s’est déroulée, à Bobo-Dioulasso chez mes grand parents.
Tout prés de la concession familiale, un marigot, petit bras de fleuve, mêlant sable et
latérite, serpentait.
Lors des journées sahéliennes à plus d’une quarantaine de degrés à l’ombre, ces eaux
étaient le lieu des jeux aquatiques des enfants du quartier.
Un jour, par une chaleur étouffante de l’après midi , une clameur retentit, jusqu’aux murs
de notre concession. Les cris provenaient du marigot, nous courûmes à toutes enjambées,
et là une foule d’une centaine de personnes, observait un homme drapé uniquement d’un
slip en tissu pagne plongeant et replongeant dans ce ruisseau, d’à peine trois à quatre
mètres de large mais d’une profondeur insoupçonnée. Dans ces eaux opaques il tâtonnait,
palpait, foulait, les rives, le sol, avec ses mains et ses pieds.
De temps à autre, son corps tout entier disparaissait totalement sous les flots, suscitant
émoi dans la foule, puis réapparaissait au bout de dix à quinze secondes, le visage
couvert d’alluvions argileuses. Durant une vingtaine de minutes, l’homme d’un trentaine
d’années à l’aspect malingre arpentait le marigot, et à la suite d’une ultime immersion, il
nous infligea, à tous un spectacle saisissant.
Tout à coup, surgit un corps recroquevillé, comme un foetus, blanchi par les eaux, la tête,
le tronc, les membres tournés vers le ciel, telle une offrande. Les bras du plongeur, le
visage encore immergé, soulevaient hors de l’eau, ce cadavre d’enfant par la nuque et le
bassin, tel un trophée.
Un cri d’horreur parcourait les lèvres de tous les badauds présents, tant la scène était
soudaine.
L’émoi passé, la culture africaine qui intègre avec harmonie vie et mort, prit rapidement le
dessus.
Les commentaires allaient bon train, chacun essayant de conjuguer à sa façon, la brutalité
du moment, un joyeux brouhaha commençait à s’amplifier, entrecoupé des pleurs
déchirants d’une mère à l’agonie.
«Ce marigot chaque année, il prend un enfant, jamais un enfant du quartier, tout le monde
le sait» me dit une des mes tante.
Tout à ma logique je lui réponds
«Comment se fait -il que le sachant , les parents des autres quartiers n’interdisent pas
l’accès à ce marigot ?»
Je me rendais compte, que mon raisonnement, avait bien triste figure face à la coutume,
le mystère, la fatalité, tout concourait à ce que cet évènement fasse partie intégrante de
l’ordre général de choses.
Ce corps brisant, les eaux troubles, ruina mes nuits pendant près d’un mois.
Un sentiment ambigu m’envahissait, l’effroi et aussi la fierté d’avoir vu, supporté, et vaincu
la vison de la mort.
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