La mission

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Je suis une grande lectrice depuis l'adolescence grâce au réalisme de l'oeuvre d'Émile Zola. Passionnée par les romans historiques et notamment la Renaissance italienne je m'adonne volontiers  [+]

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Quand elle franchit la porte de mon bureau ce vendredi matin, mon visage s’illumine. Même quand elle ferme la porte, je ne suis pas étonnée. Après tout, c’est le réflexe de chaque personne qui ne veut pas que ses paroles sortent de cette pièce. Mais que peut-elle avoir à me dire de si confidentiel alors que nous venons de passer cinq jours ensemble à Londres pour le jour de l’An ? Son air grave inhabituel m’inquiète un peu.

D’un ton calme, elle m’annonce qu’elle a un cancer du sein, que le diagnostic a été confirmé avant Noël par des analyses et divers examens, qu’elle n’a rien dit pour ne pas gâcher notre séjour. Je ne sais pas quoi dire. De toute façon, je ne sais même pas comment réagir. J’ai les larmes aux yeux. Je m’efforce de ne pas les laisser couler, d’être forte. Elle me demande de garder cette nouvelle pour moi, sachant que ma position m’oblige à en informer le directeur. Elle s’en charge, j’en suis soulagée. Je la serre dans mes bras en lui rappelant qu’elle peut compter sur moi. Mais ça, elle le sait déjà.

Le jour d'après, je bénis la calendrier d’être samedi, de ne pas avoir à me rendre au travail, d’être autorisée à rester seule. Faute d’ingurgiter un frugal petit déjeuner, mes pensées se noient dans mes souvenirs. Comme ce dimanche en début d’année quand elle m’a confiée avoir des écoulements de sang au sein gauche, accompagnés parfois de fortes douleurs. Et ces week-ends durant lesquels elle dormait comme une marmotte depuis déjà plusieurs semaines alors qu’elle était insomniaque depuis des années. Cette même fatigue intense pendant qu’on était à Londres, qui l’empêchait difficilement de suivre le rythme imposé par le groupe, qu’elle expliquait par une baisse de régime en saison hivernale.

Comment n’ai-je rien remarqué ? Vais-je réussir à donner le change quand mes collègues, qui connaissent les liens intimes qui nous unissent, me demanderont de ses nouvelles ? Comment a-t-elle pu garder ce lourd secret même quelques jours ? Je suis honteuse qu’elle ait dû supporter cette épreuve supplémentaire. Aurai-je été capable d’en faire autant ? Même s’il ne s’agit pas de moi, je ne peux m‘empêcher d’imaginer être à sa place. Mais je ne le suis pas. Sur le coup, je m’en veux de penser à ma petite personne. Mais il faut bien que je me l’avoue, cette nouvelle va changer ma propre vie. Moi qui pensais être proche d’elle, suffisamment pour la connaitre mieux que les autres. Apparemment, pas si bien que ça.

Je dois savoir ce qui l’attend pour l’accompagner au mieux. Articles médicaux, blogs, forums de discussions, tout y passe. A la fin de la journée, j’ai la tête farcie. De mots barbares tels que chimio, radiothérapie, ablation. Mais aussi de conseils de spécialistes qui insistent sur le rôle de l’entourage et l’importance de conserver un bon moral. Et surtout de témoignages relatant les violentes réactions au traitement, le choix de la perruque, la perte de goût, les maux d’un corps meurtri par des substances agressives, une peau devenue sensible aux rayons du soleil. Pourquoi n’ai-je pas insisté davantage pour qu’elle aille consulter plus tôt ? Rien ne sert de refaire le passé. Ce n’est pas d’une amie déprimée dont elle aura besoin dans les mois à venir.
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