La Mission

il y a
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Adorant l'écriture, J'aimerai publier des nouvelles qui me correspondent et qui je l'espère plairont aux lecteurs. J'aime parfois la simplicité d'une histoire courte qui en dit long. Parfois  [+]

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Il y a encore quelques mois, j'étais en costard cravate, à la tête d'une équipe de vingt personnes, respecté et ayant une capacité de travail énorme, j'atteignais mes objectifs financiers et mes projets étaient tous approuvés par mon équipe et mes supérieurs, mes revenus confortables me permettaient des folies.

Jusqu'à la chute de boîte l'explosion de la sphère financière de ses limites, de rendement et de profit. Mon univers s'était écroulé, une vague de tristesse et de vide me sauta à la gorge, plus d'objectifs, plus de collègues, de passions, d'adrénaline, de pression. La dépression guettait, les médicaments étaient ma nourriture, l'alcool, mon sauveur, et le sommeil mon remède mélancolique.

Et une nuit, une nuit magique et inconsciente, je me suis souvenu d'un projet fou : détruire une forêt ; déplacer un peuple et leurs racines, leurs dieux pour y construire une usine de produits naturels bio, mon idée géniale rentable et dans l'air du temps, avait été salué par la Direction. Un budget énorme alloué. La forêt Amazonienne, l'Argentine, l'aventure.

Nous étions arrivés là-bas pour la mission, en chemises, avec portables, plans, et calculatrices, tableaux Excel dans tous les sens, les indicateurs en vert. Tout ceci en pleine jungle, entre deux cahutes de bois et les yeux pétrifiés des indiens Guaranis peuplades amérindiennes qui habitaient les lieux avant la christianisation des Jésuites Européens.

Amauris, le jeune chef du village, mince, ténébreux et bien habillé, ne comprenait pas, pourquoi il fallait tout détruire, car, ici, dans la forêt, tout était naturel. Nous avions une conception bien différente, de l'économie locale.

J'avais vu Amauris maugréer quelque chose entre ses dents, je sus ensuite qu'il avait fait appel aux forces de la nature : Tupá Il s'agit du dieu suprême de toute création. Quelques minutes plus tard, le ciel était devenu bleu émeraude, un orage titanesque s'était abattu sur nous, vent et pluie, une déferlante humide nous fit quitter les lieux en vitesse. Les Guaranis eux, étaient protégés, semble-t-il par une force invisible.

J'ai vu Tupá cette nuit-là dans sa lueur bleue, entourée de fleurs et de branchages colorés. Je suivais un chemin tortueux dans la jungle, des yeux semblaient m'observer dans la nuit indigo. Une silhouette vaporeuse m'attendait au bout du chemin assise en tailleur, transparente et omnisciente. D'un coup, une sorte de tentacule végétal sortit de son corps et rentra mentalement dans mon esprit d'occidental capitaliste, et je vis un futur proche : bulldozers rasant la forêt, les enfants pleurants et apeurés et Amauris au regard de cristal triste. J'étais plus sur la bonne route.

Le lendemain, la pire gueule de bois de ma vie, nausée et vomissements pendant trois jours. Tupà m'avait possédé. Je devenais végétatif, animal de ville apeuré, déprimé de consommations excessives, amaigri par la croissance de cette civilisation.

Tupà précipita ma déchéance dans les chutes d'Iguassu. Ma véritable nature était là-bas dans les bras de la divinité, offerte en sacrifice, pour sauver les derniers sourires des enfants d'Amauris.

Aujourd,hui dans la forêt tropicale, je connaissais le chemin. Pas besoin de GPS : j'étais le chemin, j'étais les arbres, j'étais Guarani.
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Patrick Gibon · il y a
bien vu, du costard cracra vas au Foz d'Iguacu que je connais bien!
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Flor Ever · il y a
Ton rêve est si réel malheureusement. Le profit un jour, le profit toujours... Jusqu'au fond.
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Cali Mero · il y a
J'aime plus que tout cette histoire. Une belle fin pour celui qui voulait détruire la forêt en Amazonie. Tupà le Dieu suprême de toute création à tôt fait de le remettre dans le droit chemin....il est le chemin, il se fond dans la forêt. Désolée pour le retard et bonne chance (j'ai écrit sur l'Amazonie, hors compétition)
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Christopher Olivier · il y a
Bonjour merci de votre lecture à bientôt pour de nouvelles aventures
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Arsene Eloga · il y a
Très agréable
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Richard de la Silve · il y a
L a réalité de la nature humaine et naturelle est toujours là. Votre nouvelle nous le rappelle.
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Mica Deau · il y a
Argumentation intéressante, bonne chance !
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Utilisateur désactivé · il y a
Un sujet toujours d'actualité..
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Zou zou · il y a
La Nature plus forte que le béton....
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Carmen Nyx · il y a
Un texte à la fois beau et triste, mais malheureusement bien trop actuel.
Bravo

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Christopher Olivier · il y a
Merci de votre retour oui effectivement je pense que l'Homme doit rester à sa place pour profiter des bienfaits de la nature
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Vivi pioupiou · il y a
une bien belle idée !