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Cevrine L

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Comme tous les matins au réveil, je me lève pour aller soulager ma vessie. Dans les toilettes, stupeur, j’aperçois une forme oblongue, dure et peu élégante à la place de mon sexe délicat. Je vérifie à nouveau, et je constate que je possède des attributs masculins à faire pâlir de jalousie la plupart de mes amants. Je suis tentée d’uriner debout mais ma curiosité me pousse plutôt à me précipiter devant le miroir de la salle de bain. Je me déshabille et me rends à l’évidence : j’étais elle, je suis il. Je m’étonne de ma pilosité, moi qui d’ordinaire fais la chasse aux poils. D’abord décontenancée, je me mets à accepter la situation comme si je participais à une découverte scientifique de la plus grande importance.

Je vais enfin pouvoir vivre des expériences inédites. Je commence par aller dans mon bureau et je colle mon visage devant l’ordinateur à la recherche d’images pornographiques pour connaître le phénomène de l’érection. A peine ai-je vu deux ou trois paires de fesses que l’étranger de mon entrejambe se durcit et se lève, provocant un désir frénétique que je m’empresse de soulager d’une main vigoureuse.
Pour un premier essai, mon éjaculation est forcément rapide et j’avoue éprouver un certain plaisir à l’exercice.

Je poursuis mes investigations dans un bar où je teste ma résistance à l’alcool. D’ordinaire, quand je suis Elle, deux verres suffisent à me faire tourner la tête et je m’arrête avant de perdre mes inhibitions et donc mon honneur. Là, je commande un verre, puis deux, puis trois... La bouteille entière passe avant que je me mette à proférer quelques insanités mais comme je suis un homme, personne ne dit que je suis vulgaire. J’arrive même à faire sourire quelques compagnons buveurs qui sont enchantés de compter un membre de plus à leur actif. J’accoste une fille esseulée pour éprouver mes capacités à draguer et je me débrouille bien. Ma vie d’avant sert ma cause, au lieu d’accoster la jeune femme par un « t’as de beaux yeux » ringard, je lui parle du dernier article de Marie-Claire sur l’enfer des femmes congolaises. Ça marche du tonnerre et je m’en vais, fier(e) de ma perspicacité.
Après ces expériences fructueuses, je rentre chez moi faire un peu de ménage. Bizarrement, je me rends compte que je ne sais plus tenir un balai et une serpillière et je ne sais pas si cette inaptitude est liée à ma légère ivresse ou à mes chromosomes XY. La testostérone rendrait-elle un peu idiot ?

Je n’insiste pas et je commence à établir une liste de toutes les choses positives liées à ma transformation :
Réaliser des économies de coiffeurs, cosmétiques et de lingerie
M’abstenir des corvées ménagères
Etre de bonne humeur chaque jour du mois grâce à l’absence de menstruations
Porter des pantalons blancs quand je veux, aller à la piscine, me passer de Spasfon (toujours pour les mêmes raisons hormonales)
Ne plus faire de régime spécial bikini avant l’été

Ma liste est longue (plus de deux pages), pourtant je finis par regretter ma condition féminine, la connaissance de la grossesse et de l’enfantement, la possibilité de pleurer sans se cacher, la sensibilité... Et j’ai encore davantage envie de me battre pour la condition des femmes qui n’ont pas eu la même chance que moi dans la vie.
Surtout, je réalise que Lui sans Elle et Elle sans Lui, c’est un peu triste. Le bonheur réside dans la complémentarité et la différenciation sexuelle.
Alors là, je me mets à transpirer et, dans un cri, je me réveille de ce rêve étrange. Mon homme dort tranquillement. Je me lève discrètement afin de vérifier que je suis bien Elle. J’ai des seins, des hanches, une épilation impeccable, les cheveux dans le dos, un QI de 140, deux enfants.
Assise sur le siège des toilettes, je me mets à pleurer de soulagement, d'être Moi tout simplement.

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Fred Panassac · il y a
Bien des vérités "mine de rien" exprimées avec humour et une salutaire ironie. J'ai souri et apprécié le clin d'œil ainsi que le titre très bien trouvé. + 1

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