La merveilleuse histoire d'Eulalie Bertet

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Aquaboniste non résigné, indocile heureux, j'aime écrire de courtes histoires, parfois imaginaires, souvent vécues  [+]

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Au 19e siècle, en 1870, il y avait à Nice une jeune et jolie personne prénommée Eulalie.
Eulalie, un bien joli prénom, n’est-ce pas ?
La jeune Eulalie vivait avec ses parents, Jeanne et Mathurin Bertet, dans le vallon de Magnan. Ils avaient là un petit champ où, grâce à une source, ils cultivaient des œillets.
C’est ainsi que la belle Eulalie était devenue fleuriste. Elle vendait ses œillets dans le Vieux Nice et sur ce bord de mer qu’on appelait depuis peu « la promenade des Anglais ».

Il y avait aussi à Nice en ce temps-là un jeune artiste, un sculpteur qui s’appelait Auguste Bartholdi. La sculpture était toute sa vie, sa passion absolue, mais la vie d’artiste est souvent ingrate, et notre jeune sculpteur tirait en quelque sorte le diable par la queue... comme on dit.
C’est en achetant un petit bouquet d’œillets à Eulalie que le jeune homme eut le coup de foudre. Elle était si belle et si gracieuse avec sa jupe et son châle brodés, portant à son bras un panier de fleurs fraîchement cueillies !

Le jeune artiste ne manquait pas de charme, lui non plus, et quelques bouquets d’œillets plus tard, nos deux tourtereaux étaient devenus éperdument amoureux...
Pas question cependant pour Auguste d’aller chez monsieur et madame Bertet pour demander la main de leur fille. Eulalie n’avait que vingt ans et cette honorable famille d’horticulteurs n’aurait certainement pas voulu d’un gendre qui se disait « artiste »... Un saltimbanque, en quelque sorte !

C’est à travers leurs rencontres secrètes dans la mansarde qui servait d’atelier au jeune sculpteur que tout naturellement Auguste vit en elle un parfait modèle pour son art... En quelques séances de pose de sa muse, il façonna dans l’argile une petite statue où la belle Eulalie apparaissait sous la forme d’une allégorie féminine et fière, drapée à l’antique et brandissant un flambeau comme pour éclairer le monde.

Dans le même temps, la France (c’était alors la Troisième République) avait décidé de s’associer officiellement en 1876 à la célébration du centième anniversaire de l’indépendance des États-Unis d’Amérique.
La nation américaine avait conquis son indépendance cent ans plus tôt, le 4 juillet 1776, à l’issue d’une guerre contre le royaume de Grande-Bretagne. Et la France, comme chacun sait, avait été d’une aide précieuse dans cette guerre. Des liens étroits s’étaient créés entre les deux pays.

Alors, pour le centenaire de l’indépendance américaine, la France avait décidé d’offrir aux États-Unis une statue monumentale évoquant cet événement.
Le gouvernement de la Troisième République avait ouvert un concours afin de choisir un modèle de statue, et bien sûr une somme importante était promise au sculpteur dont l’œuvre serait choisie par le jury de la prestigieuse Académie des Arts et Lettres.

La nouvelle étant parvenue à Nice (ville française depuis 1860), Auguste Bartholdi décida de concourir avec la statue qu’il venait de réaliser sur le modèle de sa muse. Il s’inscrivit officiellement avec un projet reprenant tout simplement le nom de son amoureuse « Statue d’Eulalie Bertet ».

La suite, vous l’avez devinée : le jury fut séduit par la beauté et la puissance symbolique qui se dégageaient de l’œuvre. Auguste Bartholdi remporta le concours, et la République finança la réalisation d’une statue monumentale sur le modèle de son œuvre : une statue de quatre-vingt-dix mètres de haut et d’un poids de deux cents tonnes, faite de multiples éléments assemblés sur une armature d’acier conçue par Gustave Eiffel.

La gigantesque statue fut érigée sur un îlot situé à l’entrée du port de New York, à l’embouchure de l’Hudson. Elle fut inaugurée officiellement le 28 octobre 1886 par le président des États-Unis, Stephen Cleveland, en présence de Jules Grévy, président de la République française.

La statue d’Eulalie Bertet reste aujourd’hui un des plus célèbres monuments du monde, mais peu de gens connaissent la véritable origine de son nom. Cette statue monumentale a été la première vision des États-Unis pour des millions d’immigrants, au bout de leur longue traversée de l’Atlantique. Elle est visitée de nos jours par des millions de touristes.
Peut-être y êtes-vous allé ?

Amis niçois et niçoises, amis touristes, en vous baladant sur la promenade des Anglais, vous avez sans doute remarqué sur le quai des États-Unis, une reproduction en miniature de la célèbre statue new-yorkaise.
La prochaine fois que vous y passerez, vous ne la verrez certainement pas du même œil. Je suis sûr que vous aurez une pensée pour Eulalie Bertet, la jeune marchande d’œillets que rien ne destinait, a priori, à éclairer le monde !
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Felix Culpa · il y a
Je suis Niçois, j'apprécie votre histoire et je m'abonne à votre page !
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Ombrage lafanelle · il y a
J'ai beaucoup aimé votre texte, qui aurait pu être vrai :)
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Mapie Soller · il y a
Bien imaginé!
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Michel Soller · il y a
Comme déjà dit sur Facebook Nice, une bien belle histoire nicoise de quoi oublier un instant tout ce qui ne va pas et rêver ! Merci
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VERONIK DAN · il y a
Une bien belle histoire imaginaire mais qui parait tellement vraie. Un récit tellement bien ficelé qu'on pourrait y croire. Bravo !
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Mome de Meuse · il y a
Quand la statue de la liberté se pare des charmes d'une jolie fleuriste, ça fait une très belle histoire à laquelle on a envie de croire. J'ai vraiment beaucoup aimé.
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Christian Gilabert · il y a
Merci Mome, c'est sympa.
J'ai beaucoup aimé votre texte "Diagnostic salvateur". Bravo 👏

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Norsk · il y a
Très bien imaginé ! On y croit puisque c'est tout à fait plausible (surtout quand on ne connaît rien à la vie de Bartholdi ! ;-)). Et ça a plus de panache, pour représenter la ville, qu'une gigantesque part de socca ! :-)
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Jeanne en B · il y a
:-) une sympathique fantaisie, bonne journée
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Flore A. · il y a
Un TTC bien construit, une histoire intéressante et méconnue pour moi, et j'habite pas très loin de Nice pourtant...
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Christian Gilabert · il y a
Merci Flore d'avoir apprécié, c'est très sympa. Ce n'est pas pas vraiment étonnant que vous ne connaissiez pas cette histoire, car elle est juste issue de mon imagination. La statue d'Eulalie Bertet 🙋‍♀️... et la statue de la Liberté 🗽 : je me suis amusé à l'écrire en jouant de cette homophonie. 😉
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Flore A. · il y a
Je me suis faite avoir...C'était plausible...Mais il y a tant de belles choses à Nice....
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Hypatia de Salem · il y a
Quand l'Histoire et le réel rencontrent l'imaginaire et la sensibilité. Un récit très agréable ! 🙂

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