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La mère et l'enfant

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Nana

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L’enfant regardait la mer.
Il ignorait ce qu’il aimait le plus chez elle. Le son apaisant du tumulte de ses vagues, ou l’image pure et envoûtante de l’étendue de ses eaux.
Elle était d’une rare beauté, sa mer.
Elle l’avait enfanté un matin d’hiver et depuis ce jour, elle avait pris soin de l’enfant. Elle l’avait enveloppé de ses doux remous, lui avait appris à nager au milieu d’un océan de tendresse et d’amour. Elle lui pardonnait ses fautes, maintenant sans cesse son cap.
L’enfant était heureux. Libre.
Pourtant un jour, la mer prise dans un flot de larmes, incapable de tenir front à l’orage qui menaçait, laissa l’enfant sur la plage. Car la mer et le ciel étaient intimement liés. S’il décidait de lancer ses foudres, alors la mer jetait violemment ses eaux glaciales sur le monde. Quiconque s’aventurait sur elle était âprement repoussé, bousculé, refoulé. Ses flots jaillissaient des profondeurs pour heurter tout obstacle se trouvant sur leur route.
En ce jour de trouble, la mer s’était rappelé que l’enfant n’était pas seulement le sien mais aussi celui de la Terre. Pour ne pas l’engloutir dans la tourmente, elle avait donc confié l’enfant au monde.
L’enfant apprit alors de lui. Sans être sûr de s’y plaire, il avançait en lui vaillamment, persuadé qu’il trouverait sa place. Pour autant, il aimait retourner voir la mer qu’il chérissait plus que tout.
Convaincu qu’elle l’avait simplement laissé vivre sa vie, il y revenait parfois pour lui parler, parfois pour l’entendre, et parfois seulement pour la voir. Se sentir bien, entouré de ce qu’il connaissait, rassuré par sa simple présence. Mais la mer, bien que l’aimant du plus loin de ses profondeurs abyssales, savait que l’enfant ne faisait pas partie de son univers. Il avait choisi même de s’en écarter. Quand il avait décidé de vivre sur la Terre, il avait pensé qu’elle le garderait contre elle malgré tout. Qu’elle s’aurait l’accueillir dans ses eaux chaudes lorsqu'il en aurait besoin, sans qu’il n’ait à la supplier.
Mais la mer ne l’entendait plus. Elle était devenue sourde à ses appels, le vent perçant refoulant l’écho incessant de sa petite voix. L’enfant était toujours le fruit de ses entrailles marines, mais il n’était plus enfant maintenant. Il devait comprendre que la vie était faite d’aléas. Que parfois, on se retrouve seul et que malgré la douleur, il faut continuer d’avancer.
La femme regardait la mer. Cette mer si belle dans son infinité. Libre et prisonnière. Mère de sagesse et pourtant si capricieuse. Aimante mais dure. Dure de tristesse, de doute et d’incompréhension.
La femme savait maintenant que la mer avait été et serait à jamais sa mère. Mais qu’il ne fallait plus à présent trop attendre d’elle. Lorsque la femme avait quitté son emprise délicieuse, elle avait renoncé à une vie à ses côtés. Inévitablement seule face à son destin, elle prendrait le meilleur et délaisserait la tempête. Elle irait sans elle découvrir ce qu’il reste d’inconnu. Le chant lointain de l’océan dans le cœur.
Mais elle continuerait de venir admirer les vagues ondoyantes, inspirées par la douce brise de l’été. Parce que malgré le mur d’eau qui s’acharnait à les séparer, elle apprendrait à ne jamais le laisser la dépasser.
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Nana · il y a
Merci je suis très touchée. J'irai avec plaisir lire la métamorphose de la petite chenille.
A très bientôt et bonne chance pour la finale !

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Keith Simmonds · il y a
Bravo pour ce récit étonnant, mystérieux et profond et émouvant ! Mon vote !
Merci de venir contempler la métamorphose de ma “Petite chenille”
qui est en Finale pour le Prix Printemps 2017 !

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Nana · il y a
Merci beaucoup :)
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SakimaRomane · il y a
C'est très singulier et profond...J'aime :)
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Nana · il y a
Sourisha,
Merci pour ton commentaire qui me touche profondément. Je ne sais que dire de plus.. Je n'avais pas prévu que ce texte soit lu par d'autre, mais soit ! Puisque la destinataire l'a voulu et qu'il plait à d'autres je m'en réjouis.

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Nana · il y a
Ma Félice,
Que dire après de si beaux mots... Je t'aime moi aussi. Tellement fort. Et quelle mission d'être ton inspiration ! Je ne suis pas sûre d'être à la hauteur pour cette tâche difficile mais cela me remplie de fierté. Tu es dans mes pensées et je suis tout près de toi.

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Félice · il y a
Comme d'habitude une super histoire avec beaucoup d'imagination beaucoup d'inspiration je t'aime tu es mon inspiration gros bisous ta soeur qui t'aime
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Sourisha Nô · il y a
ce texte hors du temps et des diktats narratifs est plein et de profondeur, de spontanéité et de simplicité, denrées de plus en plus rares, il diffuse une force d'amour, une puissance aimante, qui défie le temps et les évènements pour poser un toit sécurisant sur le monde, un ventre marin pour se reposer. Ma petite chamane, ton amour est précieux entre tous..
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Nana · il y a
Je t'aime aussi ma si jolie maman. Et pour la vie !
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Moko · il y a
Merci ma beauté. Je suis touchée, mais pas coulée. plein de bizzzz
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Moko · il y a
Je me suis abonnée. C'est trop chouette que nous soyons réunies ici. Merci ma beauté, mon enfant, ma parure. Ce texte me touche évidemment, profondément. Je t'aime infiniment... Ta maman.
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