La Mer a ses histoires

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J'adore la poésie, j'en écris un peu et j'en lis beaucoup. J'ai déjà publié un recueil et je publie régulièrement dans la revue "L'Albatros" de "l'Académie de la Poésie Française". Et puis  [+]

J’adore les arts, particulièrement la peinture. Les tableaux des peintres me parlent, tous, à différents degrés, les uns plus que les autres. Ils nourrissent mon âme, ils m’inspirent. Hélas, je ne saurai jamais tenir correctement un pinceau et ce n’est pas faute d’avoir essayé ! Je m’en rappelle douloureusement, c’était lamentable, un désastre...un sacrilège ! Je m’en veux encore d’avoir voulu me lancer dans un domaine où je n’avais aucun talent. J’y ai renoncé la mort dans l’âme. Enfin, chacun a son violon d’Ingres où il excelle, moi c’est la poésie et, sans fausse modestie, je suis assez bon. Je ne peux me comparer à un Charles Baudelaire ou un Victor Hugo mais je me défends assez bien à ce qu’il paraît et je ne suis qu’à mes débuts ! Parmi mes sources d’inspiration il y a la peinture, les tableaux des grands maîtres me fascinent.
En ce moment je suis au Louvre... Enfin !
J’ai rêvé et espéré tant de fois d’avoir l’occasion de visiter ce musée extraordinaire.
J’ai quitté mon chez moi contraint, contraint par la misère. Je ne pouvais plus supporter la vie dans mon village natal où tout le monde connaît tout le monde, un village de la côte méditerranéenne sud où le seul moyen honnête de subsistance est la pêche, une pêche artisanale qui souffre des moyens les plus élémentaires pour se développer. Père était un de ces pêcheurs, il trimait contre vents et marées pour des clopinettes avant d’être emporté par la mer, surpris avec ses compagnons, par une grosse tempête. Seul le cadavre de Ba Driss qui fut rejeté par les eaux sur la plage bien des jours plus tard. Au cours de ces événements j’étais en terminale lettres modernes. La mort de mon père m’a affecté durement. Perdre un être cher et hériter de ses responsabilités n’est pas une tâche facile pour un jeune lycéen. Par conséquent j’ai redoublé d’efforts pour avoir mon bac, la solution, le sésame qui ouvre bien des horizons. Hélas, il n’a rien ouvert ! Les études supérieures coûtent cher, beaucoup trop cher pour des gens comme nous. De femme au foyer, du temps de mon père, maman est devenue travailleuse occasionnelle et les occasions ici sont rares. Faire le ménage de temps à autre ou nettoyer le poisson sur la jetée ne nourrit pas une famille de cinq personnes, mes deux sœurs moins âgées que moi et mon petit frère de deux ans. J’ai essayé de contribuer au revenu familial sans beaucoup de succès. Les Raïs déclinaient ma demande avec un sourire amusé en voyant ma carrure de freluquet lorsque je leur demandais de prendre la mer avec eux. Il faut avouer que je n’ai pas le physique de l’emploi ! Que faire dans une localité diminuée de tout ? Rien ! Alors j’aidais ma mère à s’occuper des enfants. Je faisais l’homme au foyer et ça ne me convenait pas. Une telle aide ne rapportait pas d’argent et cela me pesait. Deux années d’un total ennui jusqu’à la rupture... et la folle idée de traverser la Méditerranée en clandestin s’est imposée à moi ! Elle s’est insinuée telle un poison mortel et a fait son chemin ne me laissant aucune autre possibilité de sortir de l’enfer où je me débattais. J’ai alors contacté Simo, un passeur qui était redevable à mon père pour lui avoir sauvé la vie un jour. La mer a ses histoires... Il n’a pas dit non. Partir à l’aventure ainsi, fût une décision difficile mais nécessaire pour mon équilibre et l’espoir d’un meilleur avenir. Il le fallait, surtout depuis que j’ai commencé à soupçonner ma mère de faire des passes de temps à autre pour joindre les deux bouts. Elle se montrait discrète mais il y a des indices qui ne trompent pas. Je la savais assez intelligente pour éviter d’être découverte par les gens du village car ils seront sans pitié pour nous s’ils savaient. Je pense qu’elle se prostituait avec les étrangers de passage. Je n’arrivais pas à supporter cet état des choses ! Cela me minait de l’intérieur.
Et me voici à bon port, à Paris, au Louvre, debout devant « Le Radeau de la Méduse », subjugué par ce magnifique tableau. Je ne me lasserai jamais de le contempler. C’est saisissant de réalité. L’émotion qui me prend devant cette scène est indescriptible. Je me sens comme projeté dans une réalité alternative, comme faisant partie intégrante de ce drame, ballotté par les vagues comme ces naufragés espérant une aide improbable, m’accrochant aux cordages, éclaboussé par les eaux déchaînés d’une mer en colère...
Et je me réveille ! La réalité m’a rattrapé ! J’ai dû m’assoupir un moment. J’étais tellement fatigué ! Voila trois jours que nous errons au milieu de la mer, une tempête subite nous avait surpris et détourné de notre route. Nous nous sommes égarés.
Nous sommes perdus...
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Blackmamba Delabas · il y a
Beau texte!
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A. Sgann · il y a
Merci Blackmamba Delabas !
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M. Iraje · il y a
C'est pas l'homme qui prend la mer, c'est ♫♪♪♫♪ Ta Ta Tan ... !
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Ginette Flora Amouma · il y a
Un hommage à ces hommes partis avec des rêves et qui découvrent une dure réalité.
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A. Sgann · il y a
Et mortelle parfois !
Merci Ginette Flora Amouma.

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Flore Anna · il y a
Entre rêve et réalité, un hommage aussi aux naufragés, partis pour une vie un peu plus douce...
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A. Sgann · il y a
Merci Flore A.
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Flore Anna · il y a
Merci à toi d'être venu me lire. Bonne soirée.
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Joël Riou · il y a
Un beau récit sur la quête d'un avenir meilleur, et ses aléas. En référence au Radeau de la Méduse, je vous invite, si ce n'est déjà fait, à lire mon poème " Le Radeau", que l'on peut consulter sur mon site.
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A. Sgann · il y a
Je l'ai déjà lu et apprécié, Merci Joël Riou !
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Vrac · il y a
Réels ou imaginaires, j'aime cet itinéraire et cette méditation, et oui, la rencontre avec le Radeau de la Méduse est saisissante
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A. Sgann · il y a
Merci Vrac !
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Marie Lacroix-Pesce · il y a
Un hommage à tous ces naufragés de la mer...
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A. Sgann · il y a
Merci Marie Lacroix-Pesce !
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Eva Dayer · il y a
Et des radeaux de la Méduse, il y en a beaucoup ...
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A. Sgann · il y a
Merci Eva Dayer !