La mer

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Il y a la mer, tumultueuse, calme à de rares moments, la mer qui se présente à nous comme l’ultime solution, un onguent capable de soigner les blessures les plus profondes. Elle est là, et nous la voyons, la mer dans son aspect le plus pur, les vagues déferlant sur le sable, prêtes à dévorer ce dernier de ses dents salées. Il y a les enfants qui jouent avec un cerf-volant rouge sang, des éclats de rires qui résonnent contre les rochers, le soleil qui mord les peaux nues. Tout est paisible, calme.
Là-bas, à quelques pas de moi, un homme peint. Il peint le bonheur et les sourires, les femmes et leurs grands chapeaux de paille, et puis un homme qui tient la main d’un autre homme, une femme qui n’en a pas l’air. Il peint tout ce qui ne se dit pas, qui ne peut ni s’écrire ni se conter, des choses terrées tout au fond de nous. Il suffirait d’un trait au fusain sur une toile vierge pour tout raconter, pour raconter la Vie, pour raconter le Monde et les enfants qui dorment.
Un dessin, pour nous raconter :

Grand-mère aimait se lever aux aurores, quand le soleil commençait à peine à s’extirper de sa douce nuit bleue. Alors, elle lavait, repassait, nettoyait. L’appartement était toujours impeccable, laissant croire qu’il n’y avait aucun signe de vie. La pendule battait la mesure, accrochée sur le mur près de la petite cuisine. Grand-mère aimait cuisiner. Elle passait de longues heures à s’affairer de ses petites mains ridées sur une pâte blanche, un rouleau de pâtisserie, une corbeille à fruits. Elle voulait absolument qu’on goûte tout, qu’on croque, qu’on laisse un bonbon dans notre bouche pour que le goût sucré frotte nos papilles. Elle disait souvent « avant, je n’avais pas tout ça. » Grand-mère vivait en Algérie pendant la seconde guerre mondiale, son papa et sa maman, nous ne les avons jamais connus, mais son mari devait être un brave homme. Il y a un son diplôme du meilleur travailleur posé sur une étagère, dans le salon. Souvent grand-mère passe un coup de chiffon dessus, et se remet au travail. Papa m’a dit que son papa à lui était très courageux, mais qu’un cancer l’avait emporté comme la mer ravale ses larmes salées après s’être posée sur le sable. Je me suis dis, papi était un marin.
Et la mer, une tombe.
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