La machine distributrice d'histoires

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Je suis une taiseuse, donc j'écris  [+]

Il était une fois un français excentrique qui avait créé une machine capable de distribuer des histoires dans des endroits inattendus. Et ce distributeur avait le pouvoir d’apparaître et de disparaître sans qu’aucune explication scientifique puisse éclairer ce phénomène.
Il faut préciser que cet inventeur excentrique avait gagné le concours Lépine en 2025, et que, depuis, des distributeurs d’histoires fleurissaient peu à peu sur le territoire français.
Par cet heureux hasard, le fils d’une star de la chanson, en fit la découverte, sur le parterre d’un concert intimiste, corona virus oblige.
Comment se présentait la fameuse machine ? Elle ressemblait à un I phone, avec écouteurs et micro en synthèse intégrés. Le distributeur d’histoires pouvait également identifier toute présence vivante en la comptabilisant à l’aide d’un capteur. De la machine pouvait émaner des odeurs et de la luminescence. Ce gadget révolutionnaire était doté d’une imprimante intégrée, d’où sortait un petit rouleau d’histoire que l’on arrachait comme un ticket de carte bancaire. Et enfin, on le lisait !
Un dernier détail sur ce distributeur,pourvu d’un écouteur :
Il avait la capacité d’entendre toute réflexion non dite et seulement pensée.
Le premier qui fit donc l’acquisition du distributeur, un jeune homme, fils de star, appuya sur le bouton « on », car il avait entendu parler de la machine, mais aucun papier ne sortit.
Après quelques grésillements, la machine émit un gaz malodorant. Les personnes s’écartèrent du jeune homme, qui, honteux, traversa le hall d’entrée, poussa la porte et se retrouva dans la rue, machine en main.
A ce moment-là, un papier sortit du distributeur, il l’arracha et lut :
« C’était un très vieil homme, fatigué. Il avait été beaucoup salué et honoré durant sa vie. Vieillard fortuné, il lui manquait l’essentiel : un ami sincère. »
Le jeune homme trouva la machine" has been". Déçu de son acquisition, il jeta le distributeur dans le caniveau. A cet instant, un feu d’artifice, étonnant de couleurs et de lumières, surgit du distributeur.
C’en était assez pour attirer un modeste passant, Tylian, qui crut bon de s’approcher du fils de la star :
« Vous ne devriez pas  vous séparer d’une telle machine, je vous ai vu la jeter. Elle vaut de l’or. » conseilla Tylian.
Il ajouta même , plus bas :

« Ne soyez pas si dur avec vous-même. Ne jetez pas ce qui s’offre à vous. Reconsidérez ce que vous possédez de vraiment important. »
Tylian leva les yeux vers le fils de la star et lui adressa son plus beau sourire. Alors le propriétaire de la machine sentit mille parcelles de son coeur se réchauffer. Et tandis qu’il goûtait ce nouveau bonheur, la machine distributeur, à ses pieds, disparut.


Un autre distributeur d’histoires poussa comme un champignon dans la main d’un paysan. Celui-ci sursauta et la posa sur une pierre sèche. Le matin, il labourait les champs. L’après-midi, il faisait paître son troupeau de brebis, en berger. L’homme avait entendu parler de ce distributeur magique à la radio. Mais ce paysan, Yann, n’aimait pas lire. Au moment de partir , il plaça le distributeur dans sa poche, et appuya sans s’en rendre compte sur « on ». La machine écouta et analysa les bêlements et aboiements des animaux. Puis un papier sortit qui l’obligea à retirer le distributeur de sa poche.Il arracha le papier et le lut.
«  Il était une fois un elfe végan, doux et délicat, qui veillait sur la planète, pour un plus bel avenir. Il vivait entouré d’animaux ailés, et aucun d’eux n’étaient sous les ordres de l’elfe. »
C’est alors que le paysan Yann entendit des bruits semblables à ceux des bêlements et aboiements, mais émis par la machine. Aussitôt, chiens et troupeau s’enfuirent en tout sens.
Yann maudit la machine :
«  La connaissance et la lecture n’amènent que des ennuis » grommela t’il.
Il rentra seul, en soupirant et jeta le distributeur en l’air.
La machine retomba au sol et les animaux réapparurent. Les chiens lui faisaient fête. Les brebis l’encerclaient.
Yann, époustouflé, se promit de devenir végan et de ne plus commander ses chiens.


Enfin, sur le chemin de Compostelle, une vieille dame marchait, quand elle aperçut la couleur grise vernie du distributeur, sur un buisson.Elle le prit machinalement et retourna à ses pensée, en appuyant sur le«  on » du distributeur, par hasard.
La vieille dame ruminait son malheur. Elle ne pouvait pas se pardonner d’avoir abandonné sa fille à la naissance. Mais ce bébé était né d’un viol. Comment aurait t-elle pu aimé cet enfant ?

Elle avançait un pied devant l’autre, des heures durant, tenant le distributeur d’une main, et de l’autre, le bâton.
Elle ne savait pas que le distributeur enregistrait ce qu’elle pensait. Un instant, elle bascula dans le creux du chemin et le distributeur sortit un rouleau de papier. Elle l’arracha et déchiffra, avec des yeux interdits :
« il faut se réjouir de ses actes, surtout ceux dont on n’est pas fier. Il font partie de notre humanité. »
Le papier s’envola et un autre sortit de la machine :
« Un Seigneur avait laissé partir sa Dame. Cette dernière découvrit ailleurs le grand amour. Ceux qui nous aiment vraiment ne nous abandonnent jamais. »
Tous ces mots ébranlèrent la vieille dame. Ses yeux s’embrouillèrent. Des larmes, elle versa, et s’en inonda le visage.
Elle serra fort dans ses mains le distributeur. Il lui sembla qu’elle touchait de la soie. Le distributeur, doux, léger, brillait de mille feux.
Elle soupira, inspira profondément et décida :
« J’ai bien fait de laisser ma fille à l’orphelinat. Une famille pleine d’amour l’a choyée, élevée, et lui a donné tout le bonheur possible, ce qu’elle méritait. »
Aussitôt, elle reprit son bâton et sa marche. Et le distributeur ne disparut pas.
Elle se promit de le donner au prochain nécessiteux rencontré.
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