1
min

4 lectures

0

Ce matin, nous sommes quatre dans le bus. C’est peu et beaucoup à la fois. Le problème, c’est qu’en face ils sont quatre aussi. S’ils n’étaient que trois, nous serions en nombre suffisant. Tandis que là il y a égalité. Cette situation ne me plaît pas. Je voudrais que nous puissions asseoir notre domination et montrer jour après jour que ce bus est notre territoire, et que nous ne le partagerons pas. Hors de question de les laisser s’installer. Nous avons vécu des dizaines, voire des centaines d’années avant qu’ils ne débarquent. Ils doivent comprendre que le monde existait avant eux et existera après eux. Certes, c’est valable pour nous aussi, mais ce n’est pas pareil.

Hier nous étions sept et ils n’étaient que trois. Je sentais de la crainte dans leur regard. Ils savent que les choses sont plus compliquées qu’avant. Bien sûr, c’était facile au début, quand nous leur avons laissé un peu de place. Nous étions trop confiants. Nous leurs avons ouvert les portes de nos bus, les avons laissés s’installer tranquillement, sans nous douter qu’ils tenteraient de nous voler notre territoire.

Ils représentaient l’avenir, disait-on. Ils ont débarqué sans crier gare, avec leurs lumières et leurs couleurs bariolées. Ils ont rapidement occupé tout l’espace, nous forçant à nous cacher pour survivre. Nous étions devenus des marginaux. Heureusement, avec le temps les gens sont revenus à la raison et nous ont de nouveau accordé leur confiance. L’effet de mode était passé. Nous avons pu revenir et reprendre la place que nous méritions.

Et nous revoilà, menaçants, à surveiller leurs faits et gestes. Et moi, tous les jours, je comptabilise les forces en présence. Je tiens à ce que nous gardions le contrôle. Nous, les livres, n’accepterons pas d’être remplacés par les smartphones dans les transports en commun. Nous n’abandonnerons pas la lutte.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,