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La lumière dans les ténèbres

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Khloé

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La marée humaine remonte lentement, grouillante, grondant, parlant, criant. La foule bouge, comme dans une chorégraphie, une mécanique bien huilée. Et moi, engrenage rouillé, trop abîmé, je me tiens au milieu. Et la marée humaine m’évite, comme une rivière contourne un rocher.

Je le regarde s’éloigner, je ne vois bientôt plus que sa tête, il m’a laissée, sans un regard en arrière, il a choisi la facilité, il a décidé de marcher avec le courant. Une larme perle, je la laisse tomber, puis se briser en milliers d’éclats sur l’asphalte brûlant, piétiné par tant de chaussures. Et en même temps que cette larme se brise quelque chose en moi.

J’ai enfin ouvert les yeux. Et quand vous connaissez la vérité, ils vous impossible de l’ignorer. Je me tourne, à contre-courant. Tout le monde se dirige vers l’entrée de la base. On nous a dit qu’on nous offrirait protection contre l’invasion. Mais je ne vendrais pas ma liberté pour des mensonges rassurants.

Je marche, d’abord avec hésitation, puis plus assurée. Je marche dans l’autre sens, je m’éloigne, je sens que la foule est moins dense, j’arrive au bout de cette interminable masse déshumanisée. Je retrouve la mer, je retrouve le vent et le sable, je m’écarte, encore et encore. On a voulu me bander les yeux, me plonger dans les ténèbres, mais je suis les ténèbres. Je suis la tempête qui hurle, qui ravage et s’élève contre toutes les dominations et toutes les barrières. Je suis l’esprit du désert insoumis, je suis le vent qui chante la liberté et tous les horizons.

Bientôt je cours, me pieds nus foulent le sable, le soleil me brûle la peau. Je sens l’océan, furieux, rassurant, l’odeur du sel. L’âme de la mer m’envoûte, me rend ivre. La liberté me grise. Et je sais que je ne reviendrais jamais, que je ne suivrais plus jamais cette route où toute la foule se presse, incapable de trouver le chemin hors de la caverne. Incapable de trouver la force d’être un individu.

Car nous cherchons tous une lumière dans les ténèbres. Et ce soir, j’ai enfin compris que cette lumière, c’était nous-mêmes.

PRIX

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Fred Panassac · il y a
De belles métaphores pour illustrer la difficulté du choix d’aller à contre-courant.
Petites coquilles orthographiques. Écrivez plutôt « je ne reviendrAI jamais, je ne suivrAI jamais »

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Khloé · il y a
Merci mes doutes sur cette forme sont levés ^^
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Reunan · il y a
Incapable de trouver la force d'être un individu, vous avez mis le doigt( sur une des clef du monde moderne, beau récit, beau texte, à diffuser largement.
+ 5 voix pour le plaisir de vous lire,et mon bateau du concours de printemps vous attend : http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/mon-bateau-1

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Amélie · il y a
Super beau texte ! Une vraie ode à la liberté, un contraste saisissant entre le personnage et la foule ! J'aime beaucoup beaucoup :-)
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Khloé · il y a
Oh mercii Amélie ;-)
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Star seeker · il y a
Je suis amoureuse de ce texte comme je suis amoureuse de toi ma femme <3 tellement beau
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Khloé · il y a
Ooh mercii <3 Mais le tien est encore mieux ^^
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Star seeker · il y a
Mais non !!
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